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Critique du pouvoir et pouvoir critique

Boubacar Doumba Diallo  Mardi, 15 Mai 2012 16:48

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DIALLO_Boubacar_Doumba_01Des pouvoirs issus de la période précoloniale aux dictatures post coloniales en passant par la domination coloniale, nos sociétés n’ont presque toujours connu que des régimes despotiques. L’allégorie coranique où Satan postule sa supériorité sur Adam et se pose en rival de Dieu est le point de départ de toutes les aliénations humaines basées sur les rapports de forces et le machiavélisme et loin de toute éthique. Selon le Coran, le pouvoir entendu comme un rapport inégalitaire assurant à certains la possibilité d’exercer une domination sur leurs semblables n’est pas une donnée naturelle. Il ne découle pas de la véritable nature humaine ou de sa « fitra » primordiale voulue par Dieu. Bien au contraire, il a surgi chez Adam notre père, le premier homme de l’oubli de sa nature profonde faite de bonté et liberté innées et régie par le Tawhid ou le principe de la non-contradiction. Cette omission est liée elle-même au renoncement au pacte primordial qui lie chaque être humain à son créateur et unique Maître : Dieu. Ce faisant l’homme adopte le dualisme opposé au Tawhid, un système de pensée et de domination comme but ultime de son action. Au lieu de la soumission inconditionnelle à Dieu à l’image du Prophète Ibrahim, l’homme s’oppose et s’éloigne de Dieu par la recherche du pouvoir absolu et de domination sur autrui. La recherche et l’exercice du pouvoir dans des prétentions pharaoniques ont amené l’homme à ignorer superbement et à bafouer les droits de ses semblables et en premier lieu, le droit inaliénable de tout être humain de participer d’une manière consciente et libre à la direction de la société et à la direction de sa propre personne. Le but de cet article est la démythification du pouvoir en indiquant comment l’assujettissement à diverses formes de « religions » érigées en absolus a été le moyen de mystification et de soumission des masses autant dans les Etats de l’antiquité que dans les Etats modernes. Pour éviter toute vaine polémique, le seul exemple qui sera brièvement analysé sera celui de Pharaon que l’on retrouve évoqué dans le Coran et la Bible. Nous laissons ainsi à chaque lecteur le soin de tirer ses propres conclusions selon le cas spécifique qu’il vit et selon sa propre sensibilité ou sa conscience. Nous allons donc sans plus tarder aborder l’exemple de Pharaon qui se prenait pour un dieu.


L’exemple de Pharaon divinisé

Le processus de divinisation de Pharaon et sa tyrannie sont évoqués de façon saisissante dans le Coran :

« Pharaon, altier sur terre, fit de ses habitants des partis, déshéritant une fraction d’entre eux ;il en égorgeait les fils n’épargnant que les femmes. Il était donc des corrupteurs »Coran Sourate 28, versets 3 et 4.

Dans un tel contexte, les rapports dominants-dominés révèlent la réalité de la division des sociétés en classes souvent antagonistes. Afin que ces rapports inégalitaires entre différents peuples se consolident, les privilégiés des peuples dominés doivent s’intégrer à la classe supérieure du peuple dominant. Lénine a magistralement démontré comment à la fin du 19e siècle, dans son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, comment la grande bourgeoisie avait réussi à corrompre la couche supérieure de la classe ouvrière. De même l’administration coloniale s’est appuyée sur la chefferie traditionnelle. Mieux, c’est le même phénomène qui est à la base du néocolonialisme et des réseaux françafricains, je ne puis m’empêcher de sortir du cadre pharaonique. Mais revenons à nos moutons. Qâroun est le type même de l’élément de la couche supérieure du peuple dominé intégrée à la classe pharaonique.

« Qaroun faisait partie du peuple de Moïse. Il se conduisit en despote envers eux » Coran sourate 28, verset 76

En vue d’établir ces rapports dominants-dominés, le parti de Pharaon monopolisa tous les pouvoirs et Pharaon lui-même, en tant que détenteur du pouvoir suprême se proclama dieu. C’est ainsi que le Coran expose les bases du pouvoir, symbole de toutes les dictatures.


Base sociale du pouvoir pharaonique

Pharaon et son entourage tissèrent une véritable toile d’araignée afin de contrôler toute la société. Les systèmes totalitaires modernes n’ont rien inventé, de Staline à Hitler… sans oublier leurs copies africaines. L’entourage de Pharaon lui-même participait au système oppressif.


Base économique du pouvoir pharaonique

Moïse dit :

« Ô notre Maître ! Tu as donné à Pharaon et à sa cohorte de Grands un décorum, oui, et aussi des biens dans la vie présente…. » Coran sourate10 verset 38

Pharaon et son entourage corrompaient les hommes par la richesse dont ils disposaient. Tous les régimes totalitaires ou tyranniques se sont toujours maintenus par la force et par l’or (Général Lansana Conté et son armée… à une échelle plus réduite).


Base politique du pouvoir pharaonique

L’instauration d’un pouvoir absolu ne peut se réaliser que par l’accaparement de la direction, de la justice, de l’autorité et des moyens idéologiques de manipulation, tels que la propagande, n’est ce pas Dr Goebbels ? Au fur et à mesure qu’un pouvoir devient absolu, il accentue cette tendance à la monopolisation. Par ailleurs, il est voué à vivre dans le conflit, dans la mesure où pour posséder, il faut déposséder et spolier les autres. Très facile à illustrer notamment dans les diverses péripéties de l’histoire guinéenne… C’est ainsi que le pouvoir pharaonique est amené à consolider de plus en plus ses moyens de contrôle et de contrainte : la bureaucratie et l’armée notamment

« T’est-il parvenu le récit des armées – Pharaon et les Thamoud ? » Coran sourate 85 verset 17

L’histoire de l’armée et de la bureaucratie de Pharaon, dont Hâmân fut le symbole, est la trame même de la divinisation pharaonique :

« Pharaon et ses armées furent emplis de superbe sur terre grâce à la méconnaissance de la vérité ; ils pensèrent qu’ils ne seraient point vers Nous ramenés. » Sourate 28, verset 39


Base culturelle du pouvoir pharaonique

La concentration et l’accumulation du pouvoir entre les mains d’un seul individu impliquent une « morale », un ensemble de mœurs et de croyances qui soutiennent et légitiment le culte du pouvoir. Voici une liste non exhaustive des caractéristiques culturelles des sociétés où le pouvoir est divinisé : une « certaine science », « une certaine religion », la magie, la divination, la croyance au « Destin » et à l’astrologie. Ce sont des instruments dont disposent les pouvoirs pour mystifier le peuple. Grâce à de tels outils et à des méthodes basées sur la ruse, le mensonge et la démagogie, le pouvoir aliène ses sujets.


Peut-on gouverner autrement ? Ou l’équilibre nul des forces ?

Après avoir effectué une critique brève du pouvoir pharaonique, symbole de toutes les dictatures passées, présentes et à venir, rappelons que le Coran ne témoigne d’aucune sympathie pour les puissants et les puissances de ce monde : il indique que les privilégiés et les dominants ont toujours été les plus hostiles aux messages transmis par les prophètes. Il précise qu’un sort calamiteux est réservé, dans ce monde et dans l’autre, aux tyrans ainsi qu’aux hommes soumis, car oppression et soumission contredisent le principe coranique de Justice. Dans l’avenir, le Coran prédit que le pouvoir ‒ conçu comme l’usurpation par certains du droit universel de tout homme à l’exercice en pleine et entière de la responsabilité ‒ est voué à disparaître pour laisser la place à d’autres formes de rapports entre les hommes, plus conformes au principe du Tawhid. Rejetant la domination de l’homme sur l’homme, le Coran, sans pour autant prôner l’anarchie conduisant à l’opposé des prescriptions du Tawhid, laisse entrevoir en remplacement des régimes totalitaires et des prétendues démocraties « délégatives » (donc restrictives) à l’occidentale, une démocratie participative d’entraide mutuelle qui permet un contrôle élargi des gouvernés sur les gouvernants. C’est ainsi que la dimension éthique prime sur toute autre en politique car ici « la fin ne justifie jamais les moyens ». La force des idéaux humanistes ne réside-t-elle pas dans la capacité à proposer une esquisse de solution, aussi lointaine puisse-t-elle apparaitre dans l’éclairage des réalités présentes, aux problèmes cruciaux de la violence, du pouvoir et du développement harmonieux de l’humanité ?

Was salam !


Diallo Boubacar Doumba


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