Imprimer

Pourquoi Cellou n’a pas été installé au pouvoir en 2010 ? ‒ 1ère partie : Dictature et pouvoir ethnique

Baldé Kandia-Haïdara  Vendredi, 06 Avril 2012 14:08

Facebook

 

Les lecteurs remarqueront que je pose la question de la non-installation de Cellou au pouvoir et non de son élection car je n’ai aucun doute qu’il a été effectivement élu au suffrage universel en Guinée en mai 2010. Si ce n’est la subtilisation des procès-verbaux de Ratoma par le sinistre Lounsény Camara et les manipulations des résultats de Matoto par le non moins sinistre Fantamady Condé, les ONG les plus sérieuses ont calculé que Cellou passait dès le premier tour avec environ 53% des votes exprimés. L’ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique a demandé en vain que la CENI publie tous les résultats détaillés par bureau de vote ; rien n’en a été. Si le gagnant n’a pas pu prendre le poste, c’est parce que certaines forces centrifuges se sont coalisées pour l’en empêcher. Elles ont pour nom : l’armée à travers Konaté, les principaux partis politiques de l’Arc-en-ciel et les soi-disant sages de certaines de nos communautés nationales. Mais comment cela a-t-il été possible ? C’est parce que la Guinée depuis plus de 50 ans n’a jamais connu la véritable démocratie. Elle a plutôt vécu sous la férule d’un Etat centralisé et coercitif au service d’une ethnie ; les autres se contentant d’être à ses côtés et de récolter des retombées en attendant de meilleurs jours. Disons-le franchement, le pouvoir a servi à une ethnie soit pour dominer les autres ethnies, soit pour se protéger, soit pour se venger, ou tous les trois à la fois. A ce stade de mon raisonnement, je lance une pierre dans le jardin de mon frère Faya Millimouno qui nous dit de ne pas imputer à une ethnie les fautes d’un dirigeant politique. Je suis d’accord fondamentalement avec lui à la seule condition que ledit dirigeant politique ne se mette pas au service de sa seule ethnie, c'est-à-dire qu’il soit vraiment un démocrate ; ce qui a manqué à notre pays jusqu’à maintenant.

La première illustration de ce que j’affirme est fournie par le régime concentrationnaire de Sékou-Staline Touré tout au long des 26 premières années de notre accession à la souveraineté internationale. C’est lui qui a donné le mauvais exemple, mis la Guinée sur de mauvais rails et montré que la vie du Guinéen n’était rien. Même si l’on reconnait que son régime a fait des ravages dans toutes les ethnies, il était tout de même mieux d’être mandingue que peuhl, soussou ou autre sous son règne. Toutes les forces de sécurité étaient dominées par ses parents ou des ressortissants de sa région ; l’extermination des Guinéens appelés par lui ennemis ou anti-guinéens était coordonnée par son propre neveu. Dans l’administration en général, économique et financière en particulier, les postes clés étaient occupés par des gens de sa région ou de sa famille. Opposé à la libre entreprise, il a laissé tout de même certains Malinkés s’enrichir (cas de la Somidrat) et d’autres vivre aisément grâce au système de rationnement discriminatoire que permettaient les bons d’achat. Les Peuhls ont-ils plus souffert que les autres dans ces pogromes staliniens ? La loi du nombre a-t-elle joué en notre défaveur ? Dans tous les cas, l’histoire retiendra que ce régime a fait disparaître à jamais les meilleurs fils de la Communauté à laquelle il a finalement craché sa haine en public en lui déclarant la guerre en juillet 1976.

Puis vint le régime du CMRN de Lansana Conté qui a fait une belle œuvre en lançant dès les premières heures le mot d’ordre : pas de vengeance, le CMRN calmera toutes les haines. Bien entendu, le CMRN n’a rien réglé à travers la justice, mais les Mandingues vivant en dehors de leur région d’origine ont eu la vie sauve puisque les risques de vengeance contre eux étaient extrêmement élevés surtout après que la TV nationale eut montré certaines horreurs du sinistre Camp Boiro. Cependant, Diarra Traoré, par son coup d’état avorté, engendrera le fameux WO FATTARA qui a montré aux Mandingues les prémisses de ce qu’ils auraient vécu en avril ’84 si les victimes, c'est-à-dire les autres Guinéens, s’étaient vengés des méfaits du régime sanguinaire de Sékou. Ce soir de juillet ’84, les commerçants malinkés, pour échapper au pillage de leurs boutiques, inscrivaient des noms de Peulhs sur leurs portes ! Quelle ironie du sort !

Après avoir évincé de potentiels adversaires et s’être confortablement installé dans le fauteuil présidentiel, Conté a lui aussi commencé la promotion de son ethnie, les Soussous, qu’il considérait avoir pris du retard par rapport aux autres. Dans le commerce notamment, cette politique a engendré d’importantes ardoises à la charge de l’Etat par Sip Kénendé et les Mountaga Touré. Il s’agit-là de plusieurs dizaines de milliards de FG des années ’80 jamais remboursés par ces personnes physiques et morales Ce sont donc tous les Guinéens qui ont supporté cela dans leur budget. N’est pas homme d’affaires qui l’on veut qui soit ! La communauté mandingue a frémi elle aussi après cette fameuse nuit du 04 juillet ’85 qui a vu l’élimination physique de plusieurs dizaines d’officiers et civils mandingues dont Facinet Touré avait déjà ordonné l’arrestation depuis Lomé où il avait accompagné Conté au moment où Diarra ratait son coup. Le PUP, parti présidentiel de l’époque, a ouvertement incité nos frères de la zone forestière à organiser des pogromes contre les Mandingues sous le prétexte que : « ne laissez pas des étrangers vous commander chez vous ». C’était une invitation claire à l’ethnocentrisme et à ses incalculables conséquences néfastes. Lors de l’insurrection de janvier-février 2007, c’est Fodé Bangoura qui était pratiquement aux commandes du pays. Rappelons-nous qu’il avait déjà chassé Cellou de la Primature et Conté était déjà affaibli par la maladie. Lui aussi expliquera un jour à la CPI comment il a fait, avec Ousmane Conté, pour amener des mercenaires de Guinée-Bissau pour massacrer des dizaines de Guinéens au niveau du Pont du 8 novembre. Là déjà, comme ce sera le cas en septembre 2009, les Peulhs étaient à l’avant-garde de la lutte et ont donc perdu beaucoup des leurs. Dans la lutte syndicale qui a atteint son paroxysme ce jour-là, pendant que Hadja Rabiatou se battait sincèrement pour la démocratie, Sangaré et Fofana, dans les coulisses, préparaient la promotion d’un des leurs en faisant adopter un portrait robot qui était l’image même de leur candidat à la Primature. Toujours l’ethnie qui est mise en avant. L’histoire se répéta encore une fois : Les fous et les sous se sont battus, les malins ont gagné.

La transition militaire 2008-2010, bien que courte, n’en a pas moins été violente et ethniquement orientée. Il sera impossible à Dadis et à ses compagnons de démontrer qu’ils n’ont pas prémédité le massacre au stade en visant particulièrement les Peuhls puisqu’on lui a fait croire que c’étaient eux qui l’empêchaient d’être « élu selon son plan ». Ces mêmes personnes auront du mal à expliquer à quoi allait servir ces miliciens en formation à l’époque à Kaléya. Quant à Konaté, son rôle apparaît de plus en plus clair avec les révélations actuelles. Il a clairement favorisé Alpha Condé proche de lui ethniquement, a mis à la disposition de ce dernier la force publique (la FOSSEPEL) pour massacrer les partisans de Cellou, à telle enseigne que les Peulhs l’appelaient finalement forces d’ensevelissement des Peulhs. Konaté a aussi permis à Alpha de faire rentrer d’anciens rebelles et des Donzos armés à Conakry. La collusion était évidente et nous souhaitons que Dadis continue à faire des révélations.

Ce n’est donc pas une grande surprise de voir le Grimpeur burkinabé, président du RPG, s’attaquer aux Peulhs dès les premiers jours de son installation au pouvoir. Après avoir insufflé aux gens tout sauf un Peulh au deuxième tour des présidentielles, il devient tout de suite le plus ethnocentriste des dirigeants que la Guinée ait connus. Certains actes qu’il pose montrent clairement qu’il n’est pas guinéen. Il s’emploie à éliminer les Peulhs des forces de défense et de sécurité, de l’administration publique et est en train de détruire leurs patrimoines dans le secteur privé par différentes méthodes dont la dissuasion des étrangers de faire affaire avec des gens de notre communauté. Que les autres ne soient pas dupes. Leur tour viendra et les exemples de Galapalye et de Saoro en Forêt ne sont que des prémisses.

J’ai tenté de vous rappeler comment le pouvoir a été exercé en Guinée depuis 50 ans et il apparaît clairement que la communauté peuhle en a été le plus souvent victime. Les autres ont-ils eu peur que les Peuhls ne se vengent ? C’est mal connaître leur culture. En tout cas, eux n’ont fait du tort à aucune autre communauté.

Dans la deuxième partie, je tenterai de donner une solution pour que la démocratie s’installe de manière pérenne dans notre patrie : LA GUINEE.


Baldé Kandia-Haïdara

AArticle_logo1_0 

Facebook