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L’air du temps : Le gaz détonnant d’Alpha Condé !
Thierno Fodé Sow Lundi, 04 Juillet 2011 21:33
“En politique, rien n'arrive par accident. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié de cette façon.” C’est comme si Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), 32e président américain avait inspiré ‒ plus d’un demi-siècle après ‒ Alpha Condé lorsque celui-ci avait déclaré à Dixinn, au soir même de son élection, que : « Aujourd’hui, c’est nous qui nommons les préfets, les sous-préfets, c’est nous qui gouvernons la Guinée. S’ils (NDLR, Dalein et ses affidés) disent qu’ils vont venir me battre, c’est ce qui signifie qu’ils sont fous. Laissez-les!»
Le prix de l’agacement
Poursuivant son lyrisme pimpant en présence d’une population sans cesse abusée, le président guinéen ajoute : « Nous avons gagné la présidentielle, mais ce n’est pas fini. Il nous faudra gagner les législatives, gagner les communales, gagner les communautaires. Ceux qui nous menacent sont des fous. Ils avaient tout l’argent de la Guinée, ils n’ont pas pu nous battre. Aujourd’hui, c’est nous qui prenons les décrets. » Ces seuls extraits en disent long sur l’impasse que traversent aujourd’hui des Guinéens épris de paix mais surtout soif de démocratie véritable. En planifiant le sacre partout, quel que soit le prix, Alpha Condé oublie qu’il incarne le symbole du père de toute la nation guinéenne. C’est pourquoi, six mois après, l’homme a imperturbablement épousé toute la teneur de ce discours aux allures de mépris et de vengeance. En lieu et place de ce discours plutôt diviseur, Alpha Condé devrait plaider pour une administration plus éthique, pour une Guinée réunifiée, réconciliée, etc., débarrassée de tout clivage et sauvage adversité. Mais visiblement, cet Alpha-là ne semble pas réussir à rassembler et à fédérer les compétences pour le bien du pays.
C’est ainsi, agacé par certains leaders politiques, alors en course à la présidentielle et très surpris des travaux herculéens qui l’attendent avec des concitoyens devenus de plus en plus impatients et exigeants, le président Condé, invariablement tourmenté, entretient tous les jours un gaz détonnant. Cette rigidité manifeste infeste du coup l’atmosphère politique et favorise on ne peut mieux, le retour aux vieux démons. Des démons à l’origine desquels des Guinéens se sont entredéchirés avant d’être claustrés à la méfiance. Et comme si cela ne suffisait pas, la divergence de vues qui caractérise depuis peu l’organisation des législatives et des communales, vient alourdir l’atmosphère politique. Les acteurs de ce cirque ridicule: les leaders politiques dits de l’aile dure de l’opposition et le gouvernement à travers Alpha Condé.
Au mépris des lois
" Moi, Alpha Condé, Président de la République élu conformément aux lois, je jure devant le Peuple de Guinée et sur mon honneur de respecter et de faire respecter scrupuleusement les dispositions de la Constitution, des lois et des décisions de justice, de défendre les Institutions constitutionnelles, l'intégrité du territoire et l'indépendance nationale. En cas de parjure que je subisse les rigueurs de la loi." Extrait consacré de la nouvelle Constitution guinéenne dans son article 35. En relisant ce serment, l’on est bien confus. A la limite, écœuré. En effet, à cause du non-respect scrupuleux des « dispositions de la Constitution, des lois… », Alpha Condé, le « haineux et arrogant » et Cellou Dalein Diallo « le garçon poli et courtois » s’étripent par rapport au fichier électoral.
Le candidat malheureux de la dernière présidentielle rumine certes toujours puisque ne parvenant pas à digérer convenablement sa rocambolesque et soudaine défaite. Mais cela ne justifie point le tripotage de ce qui régit la République : la Constitution. Défendant donc désormais celle-là bec et ongles, à tort ou à raison, Dalein Diallo s’oppose ‒ au nom du respect des articles 2 et 19 du code électoral et de l’article 132 de la Constitution ‒, entre autres à la volonté de ‘’l’opposant historique’’ devenu chef de l’Etat, de faire un nouveau recensement en vue de disposer d’un nouveau fichier électoral. Il ne doit à priori y avoir d’agacements chez un homme qui a lutté, des décennies durant pour l’instauration d’une démocratie vraie, d’une justice indépendante, etc. Car après tout, « En cas de parjure que je subisse les rigueurs de la loi. »
Seulement, le moins que l’on puisse dire entre les deux acteurs de la dernière présidentielle, c’est que les esprits s’échauffent, des flèches lancées par médias interposés, … à tel point qu’on ne cesse de menacer de descendre dans la rue, souvent synonyme chez nous de bain de sang. Le bras de fer qui profite de plus en plus au pouvoir en place est en même temps et de loin suivi par des confrères burkinabés. Extrait : « Le chef de l’Etat ne fait pas mystère de ses intentions : le fichier comporte des anomalies dont la correction passe par un nouveau recensement du corps électoral. A ce niveau, on a du mal à suivre le professeur de droit. Le fichier en question n’a pas encore une année d’existence et n’a donc pas pris des rides au point qu’il faille le substituer à un autre. Tout ce qu’il demande, c’est juste une réactualisation consistant d’une part à y faire entrer les jeunes qui n’avaient pas l’âge requis pour voter (18 ans) au moment de sa confection et d’autre part, à l’expurger des morts et éventuellement de tous ceux qui ont perdu leurs droits civiques. Pour cela, on n’a pas besoin de tout chambouler. La révision partielle qu’il faut faire ici permet de gagner en temps et en ressources financières. »
La crainte d’un hold-up électoral
Les relents d’un hold-up électoral habitent Cellou Dalein Diallo, presque dépité. Souvent pris comme l’homme à abattre, il égratigne de passage son bourreau du second tour de la présidentielle : « Si Alpha Condé estime que ce fichier n’est pas à même de conduire à une élection crédible et valable, alors il faut qu’il renonce à sa fonction. A ce moment-là, on reprend le recensement et la présidentielle. Je pense qu’il faut qu’on respecte d’abord la Constitution. La réorganisation des élections, de tout le processus, incombe à la Ceni. Mais la tendance aujourd’hui du gouvernement d’Alpha Condé, c’est de se substituer à la Céni et d’organiser encore un hold-up électoral. » Celui à qui ce message a été envoyé n’a pas encore répondu. Mais il agit en tentant de tordre le cou à un fichier sur la base duquel il a été élu, arguant que 134 partis sur 143 agréés sont favorables à la démarche et mieux, que de nombreuses irrégularités ont été décelées dans le fichier…
Mais en réalité, pourquoi autant d’acharnement, alors qu’on peut s’occuper à d’autres choses, notamment, remobiliser les Guinéens et les faire contribuer au changement, tant ambitionné mais sans jamais enregistrer encore la moindre sensation qui satisfasse par exemple le panier de la ménagère ? Que cherche Alpha Condé dans son gaz détonnant pouvant emporter tous les acquis démocratiques si chèrement engrangés, parfois au prix du sang et des dégâts matériels importants ? A quoi servirait réellement une épreuve de force à cause d’un fichier électoral non encore caduc ? Toutes ces interrogations restent sans réponse, si chacun n’y va pas de son commentaire.
Les effluves du chaos ?
De toute évidence, certains acteurs politiques de l’opposition ne rêvent point et ils sont prêts à en découdre: « Il y a un risque d’y avoir une situation explosive. » A ces acteurs-là, le ministre Alhassane Condé du MATAP qui dit ne pas se soucier outre mesure, répond, ignorant complètement l’article 10 de la Constitution consacrant les manifestations pacifiques : « Dans toute chose, l’État est le plus fort. Quiconque descendra dans la rue, verra l’État devant lui. Et les gens qui vont descendre dans les rues seront conduits directement devant l’autorité compétente. Aucun leader politique ne pourra empêcher ce recensement. »
Aujourd’hui donc, plus qu’hier, nous vivons dans un pays maculé et dangereux. Pourtant, nous pensons comme Katherine Graham, éditeur du Washington Post que la démocratie prospère quand le gouvernement peut prendre des actions légitimes. Mais ceci est une autre histoire. Car, le bras de fer qui est engagé entre pouvoir et opposition ne semble point augurer des lendemains meilleurs : les effluves du chaos guettent les Guinéens, alors qu’Alpha Condé et ses faiseurs de rois devaient, loin de toute arrogance, autocratie ou mépris, s’inspirer de cet enseignement de Charles de Gaulle (1890-1970), Général et Président Français, « Pour pouvoir devenir le maître, le politicien se fait passer pour le servant. » Ne serait-ce qu’au nom de l’amour de la patrie et de ses concitoyens.
Le Pr, on en conviendra, n’en sortira que grandi. Puisqu’après tout, « Il ne suffit pas, selon Georges Pompidou, Homme d’État français (1911-1974), d’être un grand homme, il faut l’être au bon moment. » Alpha Condé ne doit pas oublier son discours d’investiture dont ce seul extrait lui suffirait pour battre en retraite. Pour peu qu’il veuille « sortir la Guinée de la grande pauvreté et du sous-développement, ensuite de l’engager sur le chemin de la croissance économique et du progrès social, afin qu’elle rejoigne le peloton des pays émergents. » Pour y arriver, notait Alpha Condé, « Les Guinéens doivent se donner la main pour assurer la grande marche de notre peuple vers la réalisation d’un destin commun. (…) J’essayerai à mon petit niveau de devenir le Nelson Mandela de la Guinée qui va unir les fils de la Guinée. »
A chaque acteur de la vie politique de jouer alors sa partition pour sauver la Guinée d’un septembre sanglant. Certainement, un de trop !
TFS
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