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Quel Secteur privé pour la Guinée ? (4e partie)

Mamadou Cissé  Samedi, 02 Juillet 2011 21:25

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CISSE_Mamadou_01Après avoir les 3 premières parties de cette série, nous soumettons cette 4 e partie qui traite de la dynamique de changement à mettre en œuvre au niveau du secteur privé pour que celui-ci joue enfin sa partition dans le décollage économique du pays. Comme dans d’autres secteurs, le chantier parait énorme et herculéen. On peut entre autre penser aux aspects ci-après :

  1. Créer des entreprises pérennes : notre propos consiste à inciter certains membres de ce secteur à évoluer vers des structures officielles qui ont de grandes opportunités de développement. Le GOHA fait un travail remarquable dans ce sens qu’il faudra renforcer. Aussi, les opportunités de partenariat et d’association sont à explorer. Exemple : Qu’est-ce qui empêche 20 grands cambistes de s’associer en SARL et de mieux exercer leurs activités en se diversifiant à long terme vers les services bancaires ? Il en est de même de propriétaires de gros camions de transport, surtout que les Maliens pourraient s’intéresser au port de Conakry. En fait, beaucoup ont peur de créer des sociétés (à cause des taxes et impôts mais aussi pour des raisons culturelles) sans mettre en balance ce qu’ils perdent comme opportunités en restant dans l’informel. C’est comme la question de la qualité dans les entreprises (ceux qui n’y souscrivent pas croient faire de l’économie alors que les ratés ou les rebuts leur coûtent certainement plus chers).
  2. Restructuration des structures faitières : le secteur privé national doit faire de la restructuration des structures faitières (CCIAG, Patronat, …) une priorité. On peut commencer par réorganiser les filières en Fédérations Professionnelles (Tourisme & hôtellerie, Commerce, Industrie, Artisanat, BTP, Mines, Banques et assurances, Enseignement privé, …) ; puis, par élection, mettre en place une Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Artisanat et un patronat autonomes et dynamiques. La crise Ivoirienne nous a montré l’importance d’un secteur privé organisé. Certes, la chute de Gbagbo est due à une volonté internationale de ne pas cautionner son hold-up et à la ténacité de ses adversaires (Ouattara et Soro notamment), mais cette chute aurait pris encore plus de temps si la Chambre de Commerce et la Confédération générale des entrepreneurs avaient joué le jeu de Gbagbo. Ces 2 instances ayant fait l’état des lieux de la crise postélectorale avaient décidé de faire leurs déclarations fiscales tout en gelant les paiements jusqu’au dénouement final. Malgré des menaces sur Jean Louis BILLON (Chambre de commerce), les structures privées ont tenu bon et ont privé le camp Gbagbo de la manne financière qui aurait pu lui permettre de tenir longtemps. C’est de cela qu’on a besoin en Guinée et non d’un secteur privé appendice du pouvoir. L’impératif de réorganisation à l’interne du secteur privé Guinéen est pressant et les opérateurs en seront les premiers bénéficiaires (formations et opportunités d’affaires en Afrique et dans le monde). Mieux organisés, ils peuvent par exemple proposer au Président la liste des entrepreneurs devant accompagner ce dernier en déplacement officiel ; ce qui serait mieux que le choix par coloration politique ou par copinage qui se fait actuellement. Ils pourront aussi mieux négocier avec les syndicats dans le cadre des conventions collectives, discuter avec l’Etat (par exemple sur l’opportunité ou pas de certains jours fériés, la réduction du taux d’imposition BIC, …). La création du MEDEG (Mouvement des Entreprises de Guinée) par des entreprises proches du pouvoir actuel est un mauvais signe d’autonomie et d’unité au sein du secteur privé. Les entrepreneurs ne doivent pas se prêter à ce jeu dangereux car en succombant au désir immédiat d’obtenir des contrats, ils se lient les pieds à long terme. Oui à la pluralité de patronats mais non à l’inféodation du patronat au régime comme par le passé.
  3. Voir au-delà du commerce : la diversification du secteur privé Guinéen pourrait être une opportunité pour les opérateurs économiques. Beaucoup de secteurs économiques peuvent déjà être à la portée des opérateurs Guinéens. Comment peut-on comprendre que les opérateurs Guinéens ne soient nullement intéressés par la reprise des Hôtels dans notre pays. Avant le décret de reprise de l’Hôtel Camayenne, il se murmurait déjà qu’un groupe Malien était en bonne position pour reprendre l’un de nos fleurons hôteliers (Camayenne ou Indépendance). Que pensent nos opérateurs économiques et des partisans de la souveraineté économique de cette offensive Malienne vers le pays en friche que représente la Guinée ? La Justice Guinéenne décourage-t-elle les nationaux pendant qu’elle exerce un attrait sur les étrangers ? Le ballet de voyages des investisseurs que connait la Guinée depuis le début de l’année n’encourage toujours pas le privé national à s’occuper l’hôtellerie, secteur pourtant promis à un bel avenir (Actuellement, la capacité hôtelière de N’Zérékoré est souvent dépassée par la demande à cause du regain de l’activité minière). La micro-finance, le transport, l’informatique et le TIC, l’agro-business et le green business constituent d’autres pistes à explorer pour les investisseurs nationaux.
  4. S’intéresser aux filières agro-industriels : les filières café& cacao, ananas, arachide, anacarde, coton, laiterie& fromages, huiles de palme,… sont entre autres secteurs porteurs à saisir. Avec un appui des services publics et une meilleure organisation des opérateurs économiques, des structures pérennes dans ces différents domaines permettront de valoriser le potentiel dont regorge le pays. Dans le même sens, des partenariats avec les instituts de recherche et de formation pourraient favoriser la transformation locale (mais, igname, patate, fabrication du miel…) et créer des marchés au-delà de la Guinée. Alors que des unités de jus de fruit florissent au Burkina, au Mali et au Sénégal, la Guinée se contente de fournir ces 2 derniers pays en matières premières de qualité (mangues et oranges que les camions transportent entre Koundara et Diaoubé ou entre Siguiri et Bamako). Au milieu des années 2000, Lansana Conté au soir de son règne, ne demandait-il pas aux opérateurs économiques, pourquoi ces derniers ne feraient pas une usine de tomate en Guinée ?
  5. Viser le marché sous-régional : La longue crise ivoirienne aurait pu profiter aux Guinéens si notre secteur privé avait eu l’ambition de se développer au niveau sous-régional, notamment dans l’espace Mano River dont les 2 autres pays sortaient de la Guerre. Ce qui aurait pu faire plaisir aux Guinéens, c’était de voir les entreprises de droit Guinéen décrocher des marchés en Guinée Bissau, au Libéria et en Sierra Leone. TANE, GUICOPRES, GUITER, BADAM, CEG (Eau minérale), TOPAZ … ont-elles sous-estimé leurs possibilités de réussite dans ces pays ? Certes certains cabinets dans le domaine du conseil, de l’ingénierie et du Management réussissent à obtenir des contrats dans plusieurs pays africains mais l’impact aurait été autre avec les sociétés du BTP ou du secteur manufacturier. De toutes les façons, la reprise en Cote d’Ivoire et l’intérêt d’hégémonie économique de ce pays et de ses opérateurs économiques pourraient bien sortir les nôtres de leur torpeur, ne serait-ce que par réaction d’orgueil.
  6. D’autres activités à ne pas négliger :

Cette liste est loin d’être exhaustive, les critiques et amendements permettront de la compléter.


Mamadou Cissé


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