Indemnisation des victimes de violences, Abdourahamane Sano émet des réserves

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SANOH_Abdouramane_01Le président de la Plate-forme nationale des Citoyens Unis pour le Développement (PCUD), Abdourahamane Sano émet des réserves sur certains points de l'accord paraphé la semaine dernière par les acteurs politiques, au terme d'un dialogue qui s'est déroulé au palais du peuple. Dans cet entretien accordé à notre reporter, Abdourahamane Sano déplore surtout que certaines victimes n'aient pas été prises en compte dans le cadre des indemnisations prévues par ces accords.


Le Démocrate : des observateurs sont montés au créneau pour dénoncer la signature des accords politiques inter guinéens. Vous, en tant que membre de la société civile, quelle est votre perception de la chose ?

Abdourahamane Sano : d'abord il faut voir les deux dimensions de l'acte qui a été posé. La première dimension c'est le dialogue. Nous soutenons, tout ce qui peut amener à la compréhension entre les acteurs politiques de ce pays dans le cadre d'un dialogue. La PCUD encourage vivement cela et nous espérons que cela soit consolidé davantage pour qu'on puisse avoir un climat politique apaisé. La deuxième dimension, c'est le contenu, il y a des points dans le contenu de l'accord que nous ne partageons pas et qui nous préoccupe beaucoup.


À quoi faites-vous référence ?

Premièrement le mode de choix des autorités à l'échelle des quartiers et des districts. Nous pensons que c'est un déni de la démocratie. Cette façon de faire ne favorise pas l'encrage de la démocratie dans notre pays. L'accord à ce point est défaillant et nous pensons qu'il faut nécessairement remettre cela en cause pour qu'on puisse effectivement comme le prévoit la loi, faire des élections démocratiques au niveau des quartiers et districts. Que le citoyen soit libre de choisir qui le gouverne au niveau des quartiers et districts. Ce n'est pas arrangeant non plus pour les partis politiques. Parce qu'on risque d'avoir de copinage.


Vous soulignez que ce n'est pas arrangeant pour les partis politiques, mais ce sont pourtant des acteurs politiques qui ont ficelé ces accords ?

Oui mais c'est comme ça qu'ils nous ont dotés d'une Commission électorale nationale indépendante qui a été source de crise. C'est comme cela qu'ils nous ont dotés d'autres organisations qui ont été à la base de bon nombre de crises. Nous pensons que ce n'est pas une bonne chose et donc c'est une fuite en avant. Il faut qu'on aille au respect de nos lois, d'autant plus que la loi prévoyant les élections au niveau local a été votée par eux, quand ils étaient représentés au sein du Conseil national de la transition. La troisième chose qui nous préoccupe un peu par rapport à ces élections, c'est le cycle électoral que l'accord validé. C'est-à-dire que la mauvaise gouvernance politique, nous a imposés un cycle d'élections où, sur un mandat de 5 ans, nous avons 3 élections. Financièrement la Guinée n'a pas les moyens de financer 3 élections sur 5. Autre chose, c'est que ça nous fait des sources de troubles avec des risques de paralysie de l'économie. Et donc, le climat des affaires est chaque fois perturbé; des risques également de la cohésion sociale et aussi l'instabilité des institutions nationales. Nous pensons qu'à partir du moment où la tendance de ce cadre de dialogue, nous laissait croire que pratiquement toutes les parties étaient prêtes à des concessions, il fallait donc faire en sorte qu'on puisse profiter de cette occasion, qui est une opportunité immense de cohésion, pour trouver un calendrier qui soit un calendrier assez réaliste,dynamique qui favorise notre concentration désormais sur les questions de développement économique et sociale. Malheureusement ce n'est pas le cas, et donc nous nous retrouvons avec trois élections, ce qui n'est pas du tout arrangeant pour le pays. La dernière chose que je voudrais souligner, ce sont les indemnisations qui sont prévues. Nous soutenons cette initiative d'indemniser toutes les victimes de manifestations. Mais nous n'approuvons pas que le principe d'indemnisation soit limité à une période. Parce que c'est amené la République à de l'injustice entre les citoyens d'une même nation. Or, l'injustice n'a jamais garanti la sécurité. L'injustice est d'ailleurs source d'insécurité. Aussi longtemps qu'on sera incapable de garantir la justice par le respect des lois, aussi longtemps que nous serons incapables de garantir la sécurité et donc la stabilité dans notre pays, nous estimons que cela est ahurissant, préoccupant que ce soit des gens qui ont la responsabilité de la gestion du pays ou qui aspirent à avoir la responsabilité de la gestion du pays qui se retrouvent et qui posent des actes aussi injustes. Nous estimons vraiment que ces accords doivent être revus, non pas pour remettre en cause le principe d'indemnisation, parce que nous le soutenons. Mais de ne négliger aucune victime des manifestations qu'on a connues dans ce pays. Parce que l'État n'a pas le droit de privilégier le guinéen contre le guinéen.


La CENI aussi est concernée par lesdits accords politiques. Votre point de vue là-dessus ?

Ecoutez, la PCUD à toujours soutenu qu'il y ait une CENI débarrassée de conflit. Nous avons déjà testé une CENI au sein de laquelle les partis politiques sont représentés, ça a été une structure de crises. Elle n'a pas pu fonctionner parce que les gens n'ont jamais été d'accord, parce que tout simplement le législateur n'a pas suffisamment réfléchi sur la pertinence de certaines dispositions. Et il s'est simplement limité à penser qu'il suffisait à ces derniers de prêter serment pour qu'on se dédouble. Or, il n'y a pas de dédoublement possible dans ce genre de situation. Les représentants de la CENI sont proposés par des structures.

Forcément ils ont une obligation à rendre compte à ces structures-là, indépendamment du fait qu'il y a le serment prêté. Donc ça a été source de crise. Ni les représentants de la société civile, ni les représentants des partis politiques n'ont pu travailler de manière à réer une sérénité au sein de la CENI. Donc que la structure soit reformée, c'est dans l'ordre de la logique, c'est tout à fait normal. Mais maintenant comment ? C'est ce que nous avons toujours proposé compte tenu du fait qu'il y a déjà un déficit de confiance entre les acteurs politiques. Or, ce sont les acteurs politiques qui compétissent sur le plan politique. Alors, on a estimé qu'il faut mettre une instance supérieure qui est impliquée dans le processus de gouvernance sans être partie prenante dans l'opération de gestion des élections. Mais au moins pour que les uns et les autres soient informés, qu'il y ait un comité léger comme ça, dans lequel les partis politiques peuvent éventuellement être représentés. L'idéal aurait été d'avoir des gens intègres, patriotes qui assument la responsabilité de leur fonction et qui comprennent que la responsabilité de l'administration des élections est aussi une responsabilité qui garantisse la paix. Partant qu'ils soient suffisamment capables d'assumer et de résister aux pressions et aux chantages. Très malheureusement, on est toujours dépendant de quelque chose. J'estime que cette réforme n'a abouti qu'à jouer à la malice. Si c'est cela, on va encore voir une autre expérience mais qui n'aboutera pas. Tant qu'il y a la ruse et tant qu'on n'aura pas d'hommes et de femmes capables d'assumer la responsabilité dans l'intérêt des populations, mais pas dans l'intérêt des gouvernants ou ceux qui aspirent gouverner. On n'aura pas une CENI qui nous garantisse les élections transparentes en Guinée.


M. Sano, on voit que vous avez émis beaucoup de réserves sur les accords politiques signés. Mais il se trouve que certains membres de la société civile ont pris part au dialogue politique. Comme s'ils avaient cautionné la chose. Qu'en pensez-vous ?

Mais adressez-vous dans ce cas à ceux qui ont pris part à ce dialogue politique. La PCUD n'était pas représentée. On ne peut pas parler de la société civile en Guinée, sans parler en tout premier lieu de la PCUD. Maintenant si les gens estiment que la société civile n'a rien fait, adressez-vous à ces gens qui ont pris part au dialogue politique.


Propos recueillis par Richard Tamone

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+4 #1 Abraham Bantignel 23-10-2016 06:04

Deux remarques:
1- Tout le monde répète que la loi électorale organique(code)est violée alors qu'il n'y a pas eu d'élection encore. Comment peut-on violer une loi sans avoir agit encore? Cette loi, la loi électorale va être amendée, remplacée par une autre selon leur accord. Étant une loi organique, si les 2/3 des Députés l'approuve et que la Cour constitutionnelle la trouve conforme a la constitution, on votera sous cette nouvelle loi. Où est alors la violation? Ne pas aimer cela, oui! C'est légitime et normal.
2- Certaines organisations et citoyens sont vraiment des opportunistes "infâmes"! Ils n'ont rien dit, ni manifesté pour quoi que ce soit toutes ces années; et ils attendent que des partis politiques fassent leur "travail" et obtiennent un accord d'indemnisation pour des victimes collatérales innocentes des manifestations politiques pour tenter de faire de la récupération et s'incruster dans d'éventuelles réparations. Pourquoi ils ne se sont pas manifestés avant?
Il faut qu'en Guinée, les gens arrêtent ces calculs machiavélique opportunistes motivés par l’appât du gain ou politiques !
Ils n'ont qu'a entreprendre leur propres négociations avec le gouvernement eux-aussi !
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