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Mohamed Lamine Kaba, président du parti FIDEL : « la gouvernance Alpha est une calamité…»

Amadou Sadjo Diallo  Jeudi, 01 Septembre 2016 07:54

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Mohamed Lamine Kaba, président du part FIDEL a fini par claquer la porte du Front patriotique, mouvement créé par Paul Moussa Diawara, et dont il était le vice-président. Dans cet entretien qu'il a accordé à notre reporter, ce transfuge du RPG justifie son départ, après la polémique qui a éclaté sur les objectifs du Front. Il profite de l'occasion pour tancer la gouvernance actuelle, marquée selon lui par une corruption à outrance des mœurs au niveau de la gestion de la chose publique. Pour Mohamed Lamine Kaba, la seule alternative aujourd'hui pour sortir la Guinée du bourbier, serait la démission du président Alpha Condé.


Le Démocrate : vous venez de démissionner du Front Patriotique, une alliance de parti politique créée à peine, dont vous étiez le vice-président. Quelles en sont les raisons ?

Mohamed Lamine Kaba : je voudrais d'abord vous dire pourquoi nous avons mis en place cette plate-forme. Si nous sommes tous conscients que le rôle commun à tous les partis politiques, c'est la sensibilisation, l'éducation et la formation politique de tous les militants, que vous soyez partis de la mouvance ou de l'opposition. Alors imaginez que dans une salle de formation politique, vous ayez des militants du RPG Arc-en-ciel assis aux côtés des militants de l'UFDG, de l'UFR, du PEDN, du parti FIDEL, du BL, finalement en les instruisant, en leur donnant des formations, comme quoi, la manifestation constitutionnelle est légale, la contre-manifestation est illégale, anti constitutionnelle, et donc réprimée par la loi. Que caillasser ou brûler des véhicules des innocents ou barrer la route ou empêcher des innocents d'aller au travail, c'est aussi mettre le pays en retard. Et si tout cela est vrai, je crois que ça peut avoir un effet positif sur la formation civique, sur la citoyenneté, mais aussi être un facteur de réconciliation. En fait c'est une plate-forme de concertation permanente que nous avons voulu mettre en place en vue de permettre l'opposition et la mouvance de cohabiter, de discuter et de se connaître, afin d'anticiper sur les crises, voilà l'objectif de notre alliance. Nous avons dit que c'est une structure aussi qui peut appréciée les actions du président de la République. Voir si elles sont bonnes, positivement, si elles sont mauvaises, et faire des propositions. Alors en tant que vice-président élu et chargé de communication, j'ai fait le tour de certains médias, finalement ça a été beaucoup apprécié par des gens. Quand je suis passé à Espace FM, j'ai dit que dans cette plate-forme de concertation permanente entre les partis politiques, moi je me reconnais de l'opposition. Quand cela a été dit, immédiatement, il y a eu une forte pression sur mes anciens alliés comme quoi, on ne peut pas être de la mouvance et avoir dans ses rangs ceux de l'opposition. Si c'est le cas, qu'ils n'accepteraient pas. Donc cette pression a fait que nos amis, mes anciens alliés ont totalement désorienté les objectifs de notre organisation pour en faire un instrument exclusivement acquis pour la cause de la mouvance. Nous qui ne nous reconnaissons pas dans cette cause, que nous considérons comme étant une cause perdue, nous avons présenté notre démission au collège des leaders, en vue de nous permettre d'avoir notre liberté politique. Parce qu'être à la mouvance, c'est aussi cautionner les forfaitures que nous avons toujours dénoncées. Ce n'est pas normal. C'est la raison de notre démission. Nous avons totalement été incompris. Et nous croyons que nous avons fait un bon choix qui a été apprécié, non seulement instruit par les militants et toute personne qui exprime du respect pour moi. Le parti FIDEL se battra pour avoir une structure qui regroupera ceux de la mouvance et de l'opposition en vue de se concerter. L'humanité a connu des personnes qui ont été contrariées, incomprises. Il y a 2 personnages au monde à cause de l'incompréhension entre eux, et leurs communautés ils ont été chassés et pourchassés par leurs communautés. Ce sont Mahomet et Jésus Christ. Mais aujourd'hui la quasi-totalité des croyants de la planète tirent leur foi d'eux. Donc nous pensons que nous serons compris. Et à juste titre, Victor Hugo disait « grand homme, voulez-vous avoir raison demain, mourrez aujourd'hui ». Ça veut dire tout simplement que les grands Hommes sont toujours incompris, et le parti FIDEL et ses militants sont de ceux-là.


On vous soupçonne d'avoir perçu de l'argent pour rejoindre le Front Patriotique. Qu'en est-il réellement ?

Je voudrais savoir quelle est la source de cette information. C'est facile de créer des mots comme ça. Ce n'est pas la première fois. Souvenez-vous, on m'avait dit quand la COEP est partie voir le président Alpha, on a dit qu'on vous a donné 500 millions de GNF. Mais aujourd'hui la réalité est claire, si cela était vrai, je devrais cesser de communiquer, de m'attaquer au président de la République, et faire en sorte qu'on puisse continuer à chanter ses louanges comme les autres le font. Finalement tout le monde s'est rendu compte que ce qui a été dit est faux. C'est ma première fois d'entendre ça, c'est vous qui me l'apprenez, je voudrais vraiment savoir la source. Si c'est le cas, je voudrais qu'on brandisse à la place publique la somme que j'ai reçue. À supposer que cela soit vrai, ça veut dire que le parti FIDEL est incorruptible. Je suis heureux, si c'est vrai qu'on m'a donné de l'argent, et que j'ai refusé de partir avec eux. Ça ne peut être que de la gloire. C'est un fait d'arme particulièrement glorieux que vous voulez affecter à ma modeste personne, et je m'en réjouis. Si cela est vrai. Mais je sais que c'est faux, ce sont des commentaires subjectifs volontairement ourdis, pour nuire à une personnalité qui est en train de se faire du chemin, de conquérir les cœurs de ses compatriotes. Mais je crois que ça c'est l'arme des faibles. Je suis vacciné contre ça. On me l’a fait comme je l'ai rappelé, et je suis resté intact. Les épreuves qui n'arrivent pas à vous briser, vous fortifient. Donc le parti devient beaucoup plus fort qu'il ne l'a été par le passé.


Quel regard portez-vous à cette invitation adressée au chef de file de l'opposition et au représentant de la mouvance par le président de la République pour des audiences à son palais ?

Je crois que c'est une chose qu'il faut saluer. Lorsque 2 personnalités du pays, qui ont beaucoup plus d'audience au sein de la population veulent se rencontrer, échanger, se donner la main, je crois que ça doit être applaudi par tous les Guinéens. Mais par contre, ce dont nous doutons, c'est la sincérité de la part de l'exécutif. La sincérité du président Alpha. Car à chaque fois qu'il rencontre un leader, c'était une occasion de calomnier les leaders qui n'étaient pas présents. C'est de dire « le problème entre toi et moi, c'est parce que tu es avec des gens qui veulent ma mort ». C'est ce qu'il a fait avec tous les leaders. Mais ce sont ces leaders qui se concertent, qui discutent, qui échangent entre eux, et qui sont parvenus à faire une conclusion que le président Alpha se joue d'eux. Donc c'est la réalité. Ça me rappelle un peu cette phrase de Napoléon Bonaparte qui, lorsqu'on lui a demandé comment voyez-vous ces hommes et ces femmes qui vous ont accompagné pour conquérir ce grand territoire, il a dit qu'aux yeux des fondateurs des grands empires, les hommes ne sont pas des hommes, mais plutôt ce sont des instruments. Donc le président Alpha s'inscrit effectivement dans cette philosophie. C'est un utilisateur, voire un fin « manipulateur ». C'est une personne qui veut utiliser tout le monde pour parvenir à ses fins. Pour répondre, nous souhaitons qu'il soit sincère. On se rappellera qu'il a initié une rencontre entre la mouvance et l'opposition. Quand il a rencontré Nantou Cherif, la coordonnatrice du RPG entre temps, il a rencontré le président Dalein. À qui il a dit « bon Dalein je vous écoute ». Alors que c'est lui qui a invité, c'est lui qui devrait dire pourquoi il l'a invité. Ce qui est paradoxal dans tout ça, à chaque fois qu'on parle de dialogue, on associe la mouvance, je ne sais pas pourquoi. C'est ce que nous n'avons jamais compris. La mouvance qui ne dit rien consent. La mouvance ne s'est jamais plainte, qu'il y a ça ou ça. Celle qui se plaint c'est l'opposition. Donc c'est l'opposition qui devrait être écoutée.

Il n'y a pas de problème entre la mouvance et l'opposition, à ma connaissance. Mais il y a un problème entre l'opposition qui est une partie de la classe politique et l'exécutif. Donc il faut appeler autour de la table ceux qui se plaignent, ceux qui ont des problèmes.

Mais ceux qui n'ont pas de problème, vous les appelez juste pour créer un contrepoids en vue de prendre le contre-pied des propositions des plaignants. Je pense que ce n'est pas sincère. Ce n'est pas une bonne procédure pour parvenir à un dénouement heureux des crises. Je pense que la présence de la mouvance dans cette rencontre n'a pas de sens. Parce que la mouvance n'a pas de problème. C'est la rencontre avec l'opposition que je trouve salutaire, mais la mouvance ce n'est qu'une comédie sincèrement.


L'opposition républicaine a organisé le 16 Août dernier une manifestation qui s'est soldée par un mort. Quels sont vos sentiments ?

Il faut hautement apprécier la démarche de cette manifestation pacifique qui a eu lieu. Parce qu'il y a eu manifestation. Il n'y a pas eu de dégât, de jet de pierres, ça a été une manifestation civilisée. Par contre, à la dernière minute, ce sont des hommes en uniforme qui se retirent des rangs pour tirer sur des personnes qui n'étaient mêmes pas sur les chaussées, mais plutôt dans un immeuble. Je crois que cela est déplorable, cela prouve à suffisance que la réforme de l'armée qu'on a brandit n'est pas effective. Donc nous avons regretté la mort de ce jeune. À l'occasion nous présentons les condoléances les plus attristées à la famille éplorée. Mais aussi nous demandons de mettre en place une commission d'enquête, en vue de traduire en justice les responsables de cette barbarie.


Quelle lecture faites-vous de la gouvernance actuelle du pays ?

C'est clair, la mauvaise performance de la gestion du président Alpha est constatée à tous les niveaux. Le taux de croissance qui était à 4% avant son arrivée aux affaires est aujourd'hui à – 1,5%. Le Guinéen ordinaire ne peut ne peut pas comprendre ce chiffre. L'inflation galopante, il peut ne pas comprendre tout cela, mais en réalité, il suffit seulement de se promener aujourd'hui, vous verrez que toutes les routes du pays sont défoncées partout.

Le Fonds d'entretien routier (FER) est en train de ramasser des pierres en pleine ville de Conakry, pour aller les mettre dans les trous, et gâter les pneus des gens. Je crois que c'est catastrophique. Alors que sur les carburants qui sont vendus, un pourcentage est affecté au Fonds d'entretien routier qui est incapable de remplir sa mission. C'est calamiteux.

Lorsque vous prenez sur le plan social, si les Guinéens étaient divisés avant le président Alpha, aujourd'hui on est subdivisé. Le communautarisme est devenu un instrument de gouvernance du président Alpha. Sur le plan politique, depuis qu'il est venu au pouvoir, il n'y a que des manifestations, et à chaque manifestation, ce sont des dizaines de morts qu'on enregistre. Aujourd'hui, on est dans l'ordre de plus de 72 Guinéens tués à l'issue de ces manifestations de rue. Parce qu'ils ont dit non à un pouvoir abominable. Je pense que cela est regrettable. Ce n'est pas cette lutte que nous avions menée au sein du RPG. La lutte que nous avions menée, c'était de faire justice pour les victimes, c'était de donner la prospérité économique dans ce pays, la justice sociale, l'épanouissement culturel et la liberté politique. Mais ce sont des contre-valeurs que nous sommes en train d'enregistrer chaque jour que Dieu fait. La gouvernance du président Alpha est déplorable. Il est important aujourd'hui que le président Alpha démissionne pour permettre aux Guinéens de choisir un homme qui est capable de relever le défi auquel nous sommes confrontés.


Quelle a été la suite après vos révélations sur la société malienne « Togouna agro-industrie », par rapport à ce scandale lié à la commercialisation de l'engrais ?

Vous savez notre parti a innové la démarche politique dans ce pays. Nous, nous sommes un parti politique d'investigation. Nous investiguons, et nous étalons sur la place publique les carences de la gouvernance. Je crois que la meilleure façon de dénoncer le pouvoir, dire le président Alpha n'est pas bon, ça peut être un problème personnel. Mais lorsque vous étalez les hommes auxquels il a porté confiance, vous étalez leurs faiblesses et lui-même en place, ses lacunes, ça peut être objectif. Nous avons eu à faire par exemple au niveau de la télécommunication, il n'y a pas eu de suite. Ces gens qui se font appeler procureurs, je ne sais pas pourquoi ils ne font pas l'auto saisine de tout ça, avec des preuves que nous avons étalées à la place publique. Nous avons fait des révélations au niveau des travaux publics, nous en avons fait au niveau de l'EDG, au niveau du ministère des Mines, au niveau de l'Agriculture, ainsi de suite. Nous continuons de faire la même chose. Mais il n'y a pas d'effets, il n'y a pas de suivi. L'impunité est totale sous la gouvernance d'Alpha. Lui-même parfois il dénonce. La plus récente des dénonciations est celle qui a eu lieu à l'approche des examens. Et qui disait comme quoi, Ibrahima Kourouma serait associé à une tentative de détournement de plus de 60 milliards, je crois. C'était un vendredi qu'il a dénoncé ça, et le samedi il tenait la main de celui-là à son siège. On se souviendra encore lorsqu'il a effectué un voyage au Congo, quand il est revenu, il brandissait plus haut « qu'il va falloir qu'on m'explique à l'EDG, il y a eu une surfacturation de 22 milliards en 52 jours ». Mais il n'y a pas eu de suite. Et la personne accusée c'est cette société UMS qui appartient à un libanais, mais avec qui aujourd'hui, il tourne partout. Encore il a dit à l'EDG « qu'il y a eu plus de 300 millions de dollars us d'investis, qu'il n'y a pas eu de résultat ». Mais ceux qui l'ont fait sont où ?

L'affaire des 13 milliards de GNF, le seul signataire c'est Monsieur Nabé (gouverneur de la BCRG). Avec la gouvernance Alpha, franchement l'impunité est totale. Les valeurs pour lesquelles on s'est battu, sont foulées au pied. C'est pourquoi nous l'avons quitté. Il y a des personnes ici qui peuvent bénéficier de la présomption d'innocence, qui ont mal géré le pays. Ça a été fait par des hommes et des femmes qui sont aujourd'hui majoritairement dans l'opposition et au pouvoir. Il y a par contre des personnes qui ne bénéficient pas de la présomption d'innocence, c'est le cas de Oyé Guilavogui, actuel ministre des Transports, qui traqué pour une affaire de détournement dans un projet agricole. Il faut traduit en justice, puis radié de la Fonction publique. Aujourd'hui il est ministre d'État depuis l'arrivée du président Alpha. C'est le cas de Nabé que je viens de citer. Sous Dadis, il a reconnu les faits. Il a été condamné à rembourser l'argent. C'est à lui aujourd'hui qu'est confié notre trésor public, il est le gouverneur de la Banque centrale. C'est le cas d'Oumar Dico, qui sous Conté, au niveau de la Direction des impôts, a été accusé d'avoir détourné 274 milliards de GNF. Celui-là qui a été aussi radié de la fonction publique pour ça, après avoir été même condamné, est aujourd'hui le secrétaire général du ministère de l'Économie et des finances. La gouvernance Alpha, encore une fois, est une calamité, qui est en train de nuire à toutes les valeurs pour lesquelles, on s'est battu.


Le parti FIDEL va-t-il participer aux prochaines élections communales et communautaires ?

Tout à fait. Le parti FIDEL qui est un parti politique aujourd'hui compétitif, est en train de dresser ses listes au niveau des différentes circonscriptions électorales, en vue de nous permettre de nous organiser, de compétir et d'élire nos conseils communaux pour être associés à la gouvernance locale. Parce que lorsqu'on est à la gouvernance locale, ça nous permet d'être imprégnés de la préoccupation sociétale. L'objectif étant la lutte que nous sommes en train de mener, et je sais que les Guinéens comprendront notre message de clarté et de transparence.


Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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