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Guinée : l'impasse du passé et la grande arnaque
Dr. Abdoul Baldé Mercredi, 29 Juin 2016 20:20
Écrire ou parler de la Guinée est une éternelle répétition parce que tout en Guinée est un éternel recommencement, les mêmes causes produisant les mêmes effets toujours plus dévastateurs. La Guinée, de l'indépendance à ce jour, est confrontée à des crises sociopolitiques récurrentes. Les déprédations commises par le sanguinaire Sékou Touré ont été amplifiées par la cupidité et l’ignorance de ses différents successeurs.
Deux problématiques majeures se posent encore à notre pays, celle de son État d’une part, et celle de « Leadership » d’autre part.
La question de l'État
Né de la greffe de l'État colonial sur un « nouveau pays souverain », l'État guinéen a longtemps été qualifié de patrimonial. Les élites indépendantistes (la génération de Sékou Touré), installées aux commandes du pays créèrent et généralisèrent un « État » fondamentalement criminel, au service exclusif d’un clan, celui de Sékou Touré et de ses amis. La politique du ventre faite de corruption, de clientélisme, de népotisme et surtout de violences sanguinaires ininterrompues, sera l’outil principal d’exercice du pouvoir Pdgiste.
L'État guinéen au sens d’une institution qui protège ses ressortissants a toujours été inexistant. C'est un « État » formel, juridiquement reconnu sur le plan international et qui reçoit les crédits de donateurs intéressés. Des crédits qui en définitive sont, soit recyclés par la clique au pouvoir pour son enrichissement personnel, soit affectés à l'acquisition des outils de répression abondamment utilisés contre les paisibles populations.
La conséquence de cette situation déplorable est que le Guinéen moyen, dans la recherche commune d'une amélioration des dures conditions de vie imposées par le clan politico-mafieux, trouve une solution en se servant de son lieu de travail et provoque ainsi involontairement la ruine de la Nation.
L'effondrement de l'État et ses conséquences
Un des problèmes majeurs actuels auquel est confrontée la Guinée est l'effondrement intégral de son État. Une chute inévitable qui entraîne une perte fondamentale de sa capacité institutionnelle. Il n'est pas exagéré d'affirmer que depuis 1958, les tenants du pouvoir ont toujours considéré l’État comme leur propriété privée et confondu la démocratie avec l’exercice du pouvoir rien que par eux. Un tel système corrompu, qui rejette les principes de transparence et de responsabilité ne respecte généralement pas les droits de l’homme.
À ce jour, tout dissentiment politique est sanctionné par la prison, la torture et la mort. Ceux qui possèdent une autorité, une puissance administrative se laissent aller à en profiter pour « investir d’abord pour eux-mêmes ». C'est une tare qui ralentit tout développement. Un peu de sens civique éviterait la juxtaposition d'une classe de super-privilégiés et d'une nuée de « super-pauvres ». Ce qui prouve que c'est effectivement la relation à l'État qui, au premier chef confère aux acteurs la capacité de s'enrichir et de dominer le champ social.
Il est opportun de mettre l’accent sur l’évolution dramatique de l'État guinéen. La première phase fût la création de l'État policier du PDG, la deuxième celle de l'État sauvage du CMRN et son PUP, et la troisième l'État brigand du pillard historique.
1 - L'État policier du PDG : nous savons tous que c'est Sékou Touré qui en fut le père fondateur. Il gouverna comme un horrible petit Néron, pendant vingt-six longues années d'une main de fer et sans partage. Avec son pouvoir totalitaire adossé sur l’état policier, il se ménage une prépondérance en éliminant politiquement et physiquement ses rivaux supposés ou réels.
Cette politique nazie de nettoyage par le vide, érigée en système de gouvernement, basée sur la délation, la torture systématique, ponctuée d'exécutions sommaires, en violation permanente de toute légalité républicaine permit au tyran d'éliminer les éléments éclairés ou supposés comme tels. À sa mort en 1984, il laisse un pays exsangue, moyen-âgeux en le privant de toutes solutions de rechange capable de développer le pays. Beaucoup de Guinéens pensaient que le système inhumain du PDG serait enterré avec son géniteur. Incrédule pensée !
2 - L'État sauvage du CMRN et son PUP : l'État de Lansana Conté était un véritable État sauvage où sévit encore l'homme nouveau. Plutôt que de s'atteler à la création d'un véritable État, comme son prédécesseur, il profite de l'apathie des Guinéens pour mettre en place sournoisement un État fictif et prédateur constitué par une juxtaposition de clans régionaux et ethnicistes dominés par quelques familles mafieuses qui continuent la politique du ventre héritée du PDG.
De 1984 à 1990, Lansana Conté dirige le pays sans concertation. Il installe son clan familial aux manettes et aux recettes. En recourant massivement à la coercition, son clan s'arroge l’intégralité des ressources de l'État et absorbe à son profit exclusif le champ politique. Pour les besoins de la cause le clan familial s'entoure d'une clique trans-ethnique qui s'enkyste au sein de l'appareil de l'État et gère la coercition et la prédation sous le paravent d'un multipartisme purement administratif pour son enrichissement personnel et dans le maintien d'un système définitivement ankylosé.
3 - Et vint le pillard historique et son État brigand : une bande de braqueurs assurée de son impunité. Depuis 2010 c'est la razzia à tous les niveaux et dans tous les secteurs d'activité économique.
« J'ai hérité d'un pays sans État », déclarait-il lors de son installation à Sékhoutoureya en 2010. Avait-il raison ou tort ? Là n’est pas le problème. Quoi qu’il en soit, après cette proclamation, nos compatriotes pensaient naïvement que le président « élu » se fixerait un devoir primordial : s'atteler à l'édification d'un État dont il fait mine de déplorer l'inexistence. Les Guinéens, pour ceux qui nourrissaient quelques illusions, en sont vite revenus. Depuis bientôt six ans que M. Alpha Condé est au pouvoir, il n’y a pas eu le moindre début d’un commencement de ce qu'on peut appeler un État, même balbutiant.
Je reprends donc à mon compte cette réflexion de mon ami Sy Savané : « la Guinée a toujours été considérée par ceux qui se sont hissés à sa tête comme une opportunité à ne pas rater pour s’enrichir, à l’instar d’un commerçant qui tomberait sur une occasion à saisir pour en tirer un maximum de profits ».
En bon autocrate parvenu, dans un pays qu'on lui a abandonné et que lui-même considère comme une occasion, il a construit pour ses besoins de captation, un État fictif avec une administration parallèle. Son Ministre du budget vient d’en faire la démonstration. Car il en est réduit à solliciter l’appui des supposés « Sages et Imams » pour lever impôts et taxes qui sont pourtant de l'ordre d'une obligation légale indiscutable. Le R.P.G. et la coordination du Mandé sont érigés en lieu où des clans d'intérêts privés décident pour le pays, alors même qu’ils n'en ont ni la légalité, ni la légitimité. Contraint de réaffirmer sa « loyauté » à l’égard de cette partie du pays, il est venu au siège de la coordination du Mandé pour déclarer : « Quand je viens au siège de l'Union mandingue, je viens en tant que leur fils et non le président de la république. Quand ils (les Sages du Mandingue) m’appellent, il faut que je vienne car, je suis leur fils ». Le « président » est donc bien l'obligé de cette coordination. Il ne peut rien leur refuser. Nous avons là , la proclamation officielle et directe que, le pouvoir est au service exclusif d'une coordination et d'un parti politique. Tous les Guinéens, de quelle qu'appartenance politique, régionale ou ethnique qu'ils soient, doivent à présent réaliser que M. Alpha Condé conduit inévitablement notre pays à sa perte. Peut-on et doit-on le laisser détruire notre pays ?
En vérité, les lamentations du « professeur-président » n’étaient que supercherie et mensonge d'un médiocre petit despote qui divertit, pour détourner notre attention afin de mieux organiser son pillage. Son seul projet consiste à garnir le plus rapidement possible ses multiples comptes bancaires pour s'abriter derrière une immunité de Président ou d'ancien Président afin d'échapper à toute poursuite maintenant ou plus tard.
Un État ne se bâtit pas par un simple coup de théâtre, ni par un coup KO, encore moins par une politique d'ethno-stratégie. C'est un travail de patience, nécessitant l'implication de toutes les composantes de la Nation. Or depuis la captation du pouvoir par Alpha Condé, le pays est plus que divisé. Il est fracturé en « morceaux d’intérêts », tous contrôlés par lui, son fils et les coordinations auxquelles il vient de renouveler son allégeance.
Cet aigri social, habité par une haine d'inspiration ethnique, et d'une rancune tenace est le prototype même du bouffon sanglant type Amine Dada ou Bokassa que le congolais Henri Lopès décrit dans son roman « le pleurer rire ». Ce petit monsieur sans envergure et sans état d'âme ne peut rompre avec un passé criminel et humiliant pour sortir notre pays de l’ornière.
Il faut reconnaitre que ce qui se faisait sous Lansana Conté en matière de pillage n'était pas beau. Mais ce qui se passe actuellement avec M. Alpha Condé, dépasse l'entendement au point qu'une fraction importante du R.P.G., la plus patriote, est entrée en rébellion frontale contre le « professeur-président », tant elle est scandalisée par l'immensité des pillages que le « professeur-président » inflige à notre pays depuis maintenant six ans. Cette fraction, comme l’immense majorité des Guinéens perçoit aujourd'hui que la Guinée est bien une occasion, au sens commercial du terme. Et une occasion, on l'exploite vite et à fond. C’est ce que fait notre « professeur-président ».
Les Guinéens ne sont pas dupes, ils savent que « la première élection démocratique » qui a vu l’arrivée au pouvoir du « leader historique », sans aucune historicité n'était qu'une ubuesque foutaise. La plus grande arnaque de son histoire qui ne fait que prolonger sa tragédie.
M. Alpha Condé n'a pas été élu, ni en 2010, ni en Octobre 2015. Il s'est proclamé « élu » avec un score préfabriqué huit mois avant même la tenue du scrutin présidentiel. Et les Guinéens connaissent la société (entreprise) française qui a produit ces résultats « électoraux ». Le « coup K.O. » qu’il a proclamé, était si grotesque, que les « observateurs » de l'Union Européenne, d'habitude si accommodants pour les autocrates africains avaient ostensiblement pris leur distance avec le fameux « coup K.O ». D'ailleurs, il lui aurait été formellement déconseillé à ce moment, de proclamer un tel résultat.
La conséquence d’une telle situation est l'installation d'un désarroi politique, économique et social. Mais peu lui importe le devenir de notre pays. Le règne de l'impunité ne cesse d’alimenter le cycle infernal des violences et des représailles sans fin. La chienlit est installée. Le pays s'enfonce inexorablement dans le chaos qui accélère sa descente aux enfers. Dans ces circonstances, il est urgent qu'émerge un autre « leadership », rassurant pour toutes les composantes de notre pays.
Dr. Abdoul Baldé (France)![]()
Commentaires
J'ai pris la peine de lire votre article. J'ai consacré mon temps compté pour vous lire. Et j'ai été désappointé au milieu de votre bavardage par ça :
"Je reprends donc à mon compte cette réflexion de mon ami Sy Savané : « la Guinée a toujours été considérée par ceux qui se sont hissés à sa tête comme une opportunité à ne pas rater pour s’enrichir, à l’instar d’un commerçant qui tomberait sur une occasion à saisir pour en tirer un maximum de profits ».
Pourquoi vous reprenez à votre compte ce propos de Sy Savané ? Pour quelle raison ? Pourquoi ?
En lisant votre papier, il ressort en filigrane que l'autre gros problème de nos politicards c'est le manque de constance dans le combat politique. C'est vrai qu'en politique il ne faut pas être utopique, illusionniste, carré mais quand même un peu de constance dans les idées nous aiderait à sortir la Guinée de l'auberge.
Vous déplorez l'absence d'Etat et la problématique de leadership en Guinée. En fait dans mon esprit c'est surtout l'absence d'individus capables, compétents, pas beaucoup mais un peu sérieux tout de même, constants dans les idées pour construire cet Etat qui manque à la Guinée
Dr Baldé, tant qu'on regardera la politique sous l'angle de copain-copain, la Guinée s'embourbera toujours dans la merde.
Vous n'êtes pas d'accord ? Je vous écoute...








