Malao Kanté Vendredi, 21 Octobre 2011 13:27
Encore une fois, la mort a frappé à la porte d’un tyran laissant derrière elle sa belle vie de roi. Ainsi se termine donc l’histoire de tous les hommes qui ont maltraité leur peuple. Comme par hasard, les lois de la nature exigent que ceux qui règnent par le mal finissent mal. Les religieux me diraient que chaque âme est l’otage de ce qu’elle a acquis. Jamais un leader sanguinaire n’est mort d’une belle mort. Dans la mythologie, dans les religions comme dans les « philosophies morales », on veut toujours que l’âme du bourreau soit emportée par le diable. Et il en sera toujours ainsi. Hitler, Bokassa, Mobutu, Kabila, Saddam, Ben Ali, Moubarak, Mussolini, Amin Dada, Ceausescu et j’en passe, toutes ces personnalités ont eu en commun de connaître l’avilissement après la gloire. Triste sort. Aujourd’hui, c’est le tour de Kadhafi celui qui se nommait lui-même « roi des rois ». Qui est le prochain ? Telle semble être la question qui nous préoccupe actuellement. Mais l’histoire d’un tyran n’inspire guère à un tyran. Au moment où la mort du super colonel vient confirmer la règle, d’autres dirigeants malveillants continuent de s’accrocher à leurs pouvoirs comme si de rien n’était. On pense à Saleh au Yémen, Al Assad en Syrie et dans les pays africains.
Qui aurait pu croire ? Kadhafi est parti ! Parti semble t-il d’une mort lente et douloureuse. Si le roi n’est pas un parent, le pouvoir aussi n’assure nullement une protection absolue. Mais le plus grand perdant dans tout ceci c’est d’abord et avant tout le peuple libyen. Avec sa révolution téléguidée, l’avenir de ce pays est plus que jamais compromettant dans la mesure où ceux qui y ont contribué réclameront à coup sûr leur part du gâteau. L’atmosphère sociale et politique du pays fait que cette victoire qu’est la mort du « guide » ne doit pas être célébrée trop vite. La Libye étant un pays avec une mosaïque de tribus à laquelle s’ajoute une administration qui titube, l’avenir du pays s’annonce très sombre.
Ce qu’il faut souligner ici, c’est que la communauté internationale ne doit plus se fixer seulement comme objectif de déboulonner les dictateurs mais d’établir des politiques d’accompagnement à long terme. Il n’est guère utile de secourir une victime entre les mains de son assaillant pour le laisser succomber à ses blessures et meurtrissures, le mieux c’est d’en prendre soin entièrement et pleinement. Et comme la communauté internationale a activement participé à mettre fin à cette histoire d’amour et de haine entre Kadhafi et son peuple, il est de son devoir (plus qu’un devoir même, une exigence) de veiller au redressement de la situation économique et politique du pays. Cela ne veut pas dire prendre en charge le sort du peuple libyen mais l’assister pour que celui-ci puisse s’organiser et définir lui-même les bases de sa nouvelle histoire.
L’histoire de Kadhafi doit, au-delà de ses conséquences immédiates, servir de leçon à tous ceux qui comptent s’appuyer sur le pouvoir pour s’imposer. Un homme adulé tel un Dieu, bénéficiant de l’allégeance de toutes les parties de sa patrie et jouissant de tous les droits allant même jusqu’à « créer » un livre, « le livre vert », qui sert de repère à tout un peuple, et qui termine sa vie d’une façon aussi horrible nous montre encore une fois que le seul protecteur absolu c’est la bonne gouvernance. Comparé aux dirigeants actuels du tiers monde, Nelson Mandela est un prophète. Espérons que dans tous ces pays où les populations vivent dans la tétanie et la terreur naîtront un jour des Mandela. A tous ces peuples qui crient encore, le mien, le vôtre, le seul avenir sûr des mauvais dirigeants c’est une mauvaise fin.
Malao Kanté