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La Guinée, l'éloge de la délinquance à tous les niveaux de la gouvernance !

Ousmane Gaoual Diallo  Lundi, 11 Avril 2016 00:34

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DIALLO_Ousmane_UFDG_3_01La déclaration de biens est une pratique devenue courante dans les démocraties, notamment en Afrique. En ce sens qu’elle constitue, une sorte de garantie, en tout cas un moyen de vérification pouvant contribuer à la bonne gouvernance. Et parmi toutes les déclarations, celles faites par les membres de l’Exécutif sont les plus requises. D’autant plus que c’est à ce niveau que les finances publiques sont gérées, et par conséquent susceptibles d’être détournées.

Seulement, dans notre pays, en dépit du changement annoncé, aucune des personnalités concernées n’a daigné se soumettre à cette règle pourtant consacrée par le législateur. Le délai fixé par le président de la Cour constitutionnelle, on ne sait sur quelle base juridique, aux acteurs visés par l'article 36 à cet effet a expiré depuis le 14 février 2016.

En tout cas à ce jour, l’écrasante majorité d’entre eux ne s’est pas encore livrée à cet exercice pourtant, à priori pas trop complexe. Surtout qu’il n’a été demandé à personne de déclarer ce qu’il ne possède pas. Au pire des cas, c’est même la Cour constitutionnelle qui ne semble plus pressé de rappeler à l'ordre les cadres « indélicats ». Ou à défaut, publier la liste de ceux qui ne s’acquitteraient pas de cette obligation constitutionnelle.

Selon une annonce faite par la Cour constitutionnelle, Alpha Condé se serait plié à ce devoir au début de son dernier mandat. Une annonce dont la confirmation reste attendue, tant que sa publication n’apparaît pas dans le Journal officiel.

Qu’à cela ne tienne, au cas où on pouvait faire confiance à cette institution, l’on est en droit de se poser la question de savoir si le président de la République n’a pas suffisamment d'autorité pour exiger de ses ministres ce que lui-même aurait fait. On peut également se demander comment Alpha Condé peut-il continuer à garder dans son gouvernement des ministres irrespectueux de la loi ?

Par ailleurs, qu’en est-il de notre super ministre de la Justice ? S'est-il acquitté de cette injonction de la constitution? Sinon, qu’est-ce que le président du RPG Arc-en-ciel attend pour se séparer de ceux qui, dans son propre régime prouvent à suffisance que la loi n’est faite que contre les autres.

En tous les cas, l’exercice dont il ‘agit, est une loi votée à l’Assemblée nationale qui assujettit les personnes concernées à cette déclaration. Du coup, celui qui ne déclare pas ses biens dans la foulée de sa prise de fonction, transgresse une loi de la République. Et les députés devraient boycotter tous ceux qui refusent de se plier à la loi, donnant ainsi à la Guinée l'image d'un pays de délinquants. Le président de l'Assemblée nationale lui-même devrait renoncer à présider les séances du Parlement aussi longtemps qu'il ne se conformerait pas à la loi.

Dans le cas contraire, le refus généralisé des responsables de l’Exécutif, du Parlement et des autres institutions de faire leurs déclarations de biens ne peut être que l’illustration parfaite du laisser-aller qui gangrène la Guinée sous la « Condécratie ». Et tous ceux, président de la République, premier ministre, ministres... qui se jouent de la constitution en refusant de déclarer leurs biens s’enrichissent par voie du détournement et de la corruption avant la fin de leur mandat. Et ça, les populations doivent le savoir !

Quant aux députés, pour des intérêts partisans et égoïstes, ils agissent contrairement à leur propre règlement intérieur. Et la Cour constitutionnelle elle, fuit sa responsabilité face à une élection truffée de fraude.

Profitant d’un tel contexte, la CENI, par la magie de la magouille et de la fraude, installe durablement notre pays dans les mains, des hors la loi, sachant que l’impunité lui est garantie, tant qu’elle cautionne l’illégitime longévité d’Alpha Condé au pouvoir.

Maintenant que l’action judiciaire ne s'enclenche pas, que l'incivisme c'est imposé, que la corruption et autre prévarication des biens publics ne choquent plus personne, comment faire pour surmonter cet extrême dysfonctionnement de nos institutions et de la démission généralisée de nos élites ? Que faire dans de telles conditions? Comment inverser la courbe des valeurs de notre société en insufflant une forte dose de morale, de bonne gouvernance, de civisme et de respect de la loi ?


Ousmane Gaoual
Député à l'Assemblée nationale


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