La difficile émergence d’institutions politiques en Guinée – Partie 2 : Le temps des leçons

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La dilapidation de l’engagement militant

La sous-culture d’allégeance aveugle au chef dans les partis politiques dont on a tracé la racine au règne du PDG reste l’obstacle majeur à la participation des intellectuels guinéens. Le fanatisme des inconditionnels du chef ruine la notion même de parti politique. Le dogmatisme et le culte de la personnalité sclérosent les institutions existantes. Comme les partis sont conçus comme outils de conquête du pouvoir à tout prix, ils se limitent à des combats électoraux discontinus. Ignorant que la préparation d’une élection est un processus continu, les partis ne se mobilisent que lors des campagnes électorales. Leurs combats s’atrophient dès que l’attraction et l’enjeu du pouvoir ne sont pas à l’horizon.

Pour le parti au pouvoir, les cadres osent à peine faire des propositions – à fortiori des critiques – sur le fonctionnement de l’administration. Les militants sont des caisses de résonnance de louanges au chef de l’état et l’activisme se réduit à des querelles de partage de butin et de postes. Le clientélisme à l’intérieur des partis au pouvoir est féroce. Il élimine de leurs rangs tous ceux ne cautionnent pas les crimes et erreurs du gouvernement. Il dégrade la notion de militantisme et transforment les militants en complices.

Les coutumes dans les partis de l’opposition ne sont différentes que dans leur intensité. Dans l’opposition, la stratégie discontinue du fonctionnement du parti détruit l’engagement indéniable de centaines de milliers de militants sincères. Leurs aspirations au changement et pour la remédiation des torts subis sont subordonnées à la prééminence des enjeux électoraux. Entre les périodes électorales, les partis d’opposition ronronnent, sans direction – ne réagissant qu’épisodiquement aux actions du gouvernement. L’énergie disponible est démobilisée.

L’Assemblée nationale, la société civile et le système de justice qui sont les champs d’action par excellence de la démocratie sont délaissés. Dans aucune de ces instances, un haut-fonctionnaire n’est interpellé. Ainsi il a été facile au gouvernement de phagocyter la société civile pour faire régner silences et confusions sur ses crimes et ses erreurs. La léthargie de l’opposition guinéenne sur les violations des droits de l’homme et sur l’impunité dont leurs militants sont victimes est incompréhensible et frise l’irresponsabilité.

Le punch et la mobilisation des campagnes électorales ne sont pas mis à profit par aucun parti de l’opposition pour réduire la capacité de nuisance des gouvernants. Il n’y a aucune stratégie d’organisation, d’accompagnement ou d’auto-défense des victimes. Il n’existe pas l’ombre d’un plan pour alléger leurs souffrances et encourager les démarches des familles dont la plupart ne demandent qu’à obtenir justice et réparation. Dans le microcosme politique de Conakry, aucun secret ne résiste aux rumeurs. A fortiori à une enquête sérieuse. Les auteurs et les commanditaires des crimes sont identifiables s’ils ne sont déjà connus. Les partis politiques de l’opposition doivent faire d’une priorité leur neutralisation – par la force si la justice s’emmure dans sa déliquescence. Mais l’opposition a fait d’une tradition d’enterrer ses morts avec des prières et de figer les militants dans l’attentisme avec l’idée que les comptes seront réglés, quand il y aura changement de régime.

L’infatuation pour le pouvoir des leaders politiques guinéens, leur mépris des victimes, leur désolante ignorance du ressort essentiel de la société civile pour qu’une culture démocratique prenne racine, leur incompréhension des dispositions constitutionnelles sont autant de facteurs qui contribuent à enraciner la dictature. Ces facteurs sont-ils dus à la peur de remuer le passé de la part d’apparatchiks des régimes passés que sont les ténors de l’opposition ? D’une immaturité politique et d’un manque d’expérience militante ? D’une lecture erronée de l’impunité comme ossature de la faillite de la Guinée ? En tout état de cause, il y a là un manque d’ancrage des partis dans la réalité sociale qui met l’opposition perpétuellement à la traine des évènements. Elle se condamne de ce fait à exploiter et à attiser des sentiments ethniques pour se faire entendre. Et à n’offrir que des promesses – d’un changement automatique après la prise du pouvoir. En l’absence d’un bilan minimal de solutions aux problèmes réels de la cité, avec des actions parlementaires et populaires – même si elles sont bloquées par le gouvernement – ces promesses ne sont perçues que comme de la démagogie.

L’une des plus éprouvantes constantes de l’histoire guinéenne, c’est cette dilapidation allègre – par l’opposition et les gouvernants –  de l’enthousiasme et de la ferveur des Guinéens pour le changement sur le piédestal des glorioles personnelles. Pour dissimuler leur mauvaise conscience, les dirigeants guinéens ne tarissent jamais d’injures sur les citoyens : envieux, paresseux, menteurs etc. En Afrique, il y a peu d’exemples de peuples auxquels on a autant fait de promesses mirobolantes pour n’offrir que misère, répressions et insultes. La désillusion, le cynisme, l’individualisme et la dislocation du tissu social guinéen ne sont que le produit de cette frauduleuse pratique politique. Ce n’est pas l’inverse en dépit de ce que voudrait faire croire le mythe du « mauvais Guinéen Â».

En particulier, l’ethnocentrisme n’est qu’un effet de l’échec inévitable qu’engendre cette fraude massive fraude politique. Prendre l’ethnocentrisme comme postulat pour expliquer la Guinée est en soi une fraude intellectuelle. Bonne vieille recette du bouc-émissaire, l’ethnocentrisme n’est là que pour masquer l’incurie des gouvernants en drainant vers des groupes ethniques la colère des gouvernés. Il joue sur le réflexe communautariste pour désarmer les forces civiles. L’idéologie de l’ethnocentrisme n’est possible que parce que dans notre nation les substrats de confiance ont été ruinés par un assaut continuel de promesses mensongères, de répression et d’impunité garantie pour les criminels d’état. Cette ruine du contrat social entre les citoyens et ceux qui aspirent à les diriger se nourrit de l’arbitraire et non d’une quelconque animosité entre les composantes ethniques de la Guinée. Ce n’est pas la propagande de la «réconciliation nationale Â» qu’on sert avec le garni du spectre des guerres ethniques qui va y remédier. La «réconciliation nationale Â» sert plutôt à nier la contradiction majeure – sinon unique – qui existe en Guinée entre les gouvernés et les gouvernants. L’alternance électorale ne va pas mettre fin automatiquement à cette contradiction. Croire le contraire c’est refuser de lire l’histoire de la nation où, la succession des chefs ne produit que des résultats toujours plus catastrophiques.


La fragilité des institutions politiques

En Afrique de l’Ouest, la fragilité des institutions politique est plus marquée en Guinée que partout ailleurs. Bien au-delà du pullulement de «partis-cabine-téléphonique Â» comme le sens populaire les nomme, les institutions politiques guinéennes sont fragiles au point de succomber dès que l’écran qu’est le chef tombe. Leurs disparations est toujours concomitantes à celles des leaders. Après 26 ans de règne d’une main de fer, le PDG implosa une semaine après la mort de son leader. Ainsi en fut-il du PUP qui, déjà en décomposition avancée du fait de la longue agonie de sa figure de proue, ne survécu que quelques heures à Conté. Il est certain que le même sort attend le RPG après la disparition d’Alpha Condé.

Du côté de l’opposition, le même phénomène est à l’œuvre. Il conduisit à l’érosion rapide du PRP après la mort de Siradiou Diallo. Et, dans un contexte qui semble différent seulement du fait de la proximité des faits dans le temps, l’UFDG est sur la pente de la même érosion.

Le fait qu’un tel enchainement perdure tout au long de l’histoire de la Guinée est plus qu’une simple question de personnalités. C’est une culture politique insidieuse qui est ici à l’œuvre. Il serait erroné de la réduire à ses manifestations. Inexplorée, elle se manifeste dans des bagarres factionnelles : entre anciens et nouveaux militants auxquels on colle l’infamante marque de profiteurs de butin électoral ainsi que par une fausse dichotomie entre jeunes et vieux. Et, bien entendu dans les identifications ethniques. Laissée à l’ombre, la fragilité des institutions politiques permet aux facteurs multiples et imbriqués qui l’entretiennent de se reproduire mécaniquement. Le modèle de partis politiques, typiquement guinéen, idéologiquement vide et personnalisé à l’excès est par essence anti-démocratique. La tendance malencontreuse de le ravaler à des questions de personnalité ne fait qu’évacuer la question fondamentale de la refonte des institutions politiques.

 
Ruine de la mémoire collective et des expériences politiques

La fragilité des institutions politiques guinéennes et l’égotisme des leaders sont imbriqués dans une logique de support mutuel qui ruine des expériences politiques et de la mémoire collective de la nation. À l’intérieur des partis il n’y a pas de cadre de bonne conduite pour contrôler et censurer le comportement des dirigeants. Les partis sont de ce fait des écoles d’apprentissage de la dictature.

Le dogmatisme prospère dans l’ignorance dont des guinéens se vantent, tant du côté du pouvoir que de l’opposition. Les militants sont happés par l’engrenage de la fragilité des partis. Il n’y a pas de stratégie - et même de mots d’ordre - pour qu’on puisse parler de défendre une direction, de convaincre les réticents et d’éduquer les citoyens. Le manque d’arguments pour justifier leurs adhésions engendre chez beaucoup de militants un penchant à la provocation et aux conflits.

Au temps du PDG, le postulat était que la ligne du parti est pure de toute erreur. Le sous-entendu étant que le chef était infaillible. Dès lors, les échecs ne peuvent être dus qu’à des facteurs externes : l’autre ethnie, la conspiration de la communauté internationale, les comploteurs, les « saboteurs Â» etc. Il est impossible d’en tirer des leçons. C’est un sacrilège de questionner les missions du parti, de demander l’ajustement des stratégies et des modes de fonctionnement ainsi que les méthodes de travail. Informer et éduquer consiste à diaboliser un vague impérialisme et ses « suppôts internes Â» et en sous-entendu leur ethnie. La confrontation d’idées étant interdite, la culture politique est celle du silence et des complicités.

Cette culture fonctionne en sourdine à l’intérieur des partis d’aujourd’hui avec un processus plus insidieux. Il fait des chefs des partis des fixations auxquelles la psyché des militants s’accroche. Les leaders politiques guinéens sont des catharsis des tares ou des sanctuaires d’espérances infondées. Il est aisé d’assimiler la disparition physique d’un leader avec la fin d’une ère et la naissance d’une nouvelle. A l’avènement de chaque nouveau chef, les crimes et erreurs commis des règnes passés sont enterrés de façon expéditive. La délusion du changement laisse dans l’ombre les ressorts des mauvaises pratiques et la culture des partis politiques, de leurs orientations légères et fortuites, sans égards minimaux aux desideratas des citoyens et sans une lecture même superficielle de l’histoire. Cette fuite en avant a profondément imprégné la notion de politique en Guinée.

 La quête d’oubli des populations guinéennes est certes explicable par le désir d’échapper de l’ornière des faillites. Mais l’engouement incontrôlé pour un nouveau qui a prouvé ne jamais l’être est pernicieux. Il dilue les expériences politiques collectives et conduit à la reproduction des systèmes dictatoriaux. Le manque d’accumulation consciente et critique des expériences politiques expose la Guinée à de continuelles mésaventures. Il réduit la mémoire collective - seul ciment d’une collectivité nationale viable –à un amas de fragments d’histoire et d’anecdotes. Il permet à n’importe quel groupe organisé avec un minimum de support financier et de violence de noyauter l’état et de prendre la nation en otage.

Avec une mémoire collective en lambeaux, la notion de justice – en tant que processus de gestion des erreurs et des crimes – prend difficilement racine. D’où son absence qui laisse la place à des normes politiques spécifiquement guinéennes. Le consensus négatif décrète que Â« c’est ça la politique Â». Le pays s’englue dans les complicités opaques de l’ethnie. Les populations acceptent la violence comme forme de gouvernement, rationnalisant la sécrétion sans fin des autocrates.
 

Ourouro Bah


Prochain article: La difficile émergence d’institutions politiques en Guinée – Rompre avec les pratiques actuelles


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Commentaires  

 
+2 #14 Amara Lamine Bangoura 24-01-2016 19:50

Cette serie de publication riche en enseignement procede a un profond etat des lieux de la maison Guinee.D'apparence antinomique antinomique,les faits decrit par l'auteur sont pourtant complementaires,enchevetres dans un cercle vicieux.Le culte de personalite,l'appartenance ethnique comme critere d'affiliation politique,l'appat du gain facile,entre autres pratiques ont frivolise et rendu la conviction a geometrie variable,freinant du coup le processus d'edification d'une veritable nation.Plutot que de s'ateler a trouver des solutions durables aux incoherences internes de l'etat,l'on continue a s'evertuer a trouver des boucs emissaires pour masquer nos carrences a tout bout de champ.Tantot nous indexons l'imperialisme,tantot la rhetorique des traitres apatrides est claironee,si ce n'est pas un pan entier de la population qui est stigmatise a tord.Lz fuite en avant,le nihilisme,le fatalisme,l'omnipresence des meme cadres ou de leur progeniture a quelques exception pres,rendent selective une memoire collective deja assez versatile.En realite il existe des normes specifiques a la Guinee,ou ce qu'il est convenu d'admis universel ,est juge obsolete.Sans mettre les charrues devant les boeufs,je me reserve le droit d'evoluer au gre de la progression de l'acerbe plume du wiseman koto Ourouro.Bien a tous!ALB-AL-USA.
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+5 #13 Gandhi 22-01-2016 00:08

Citation en provenance du commentaire précédent de A.O.T. Diallo:
Franchement, qui pourrais m'expliquer l’utilité, même sociale, de pousser le bouchon jusque-la ??

J'avoue moi-même avoir été d'autant surpris lorsqu'on se rappelle le zèle de cet... (il est décédé, donc pas de terme grossier inutile) contre l'opposition.
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+5 #12 K. Ba 21-01-2016 18:48

Citation en provenance du commentaire précédent de A.O.T. Diallo:
Un autre exemple plus qu’édifiant de ce que je disais sur notre impasse actuelle : notre plus grand chef de l'opposition se rend au chevet de la famille de l'ex-gouverneur de Conakry - rien de plus normal jusque-là.
Puis il fait un discours "historique en démagogie" en particulier avec cette pépite en or : "Je récent une grande douleur aujourd’hui parce que je sais que la Guinée vient de perdre un de ses fils valeureux. Et, l’Etat guinéen vient de perdre un fonctionnaire modèle."
Franchement, qui pourrais m'expliquer l’utilité, même sociale, de pousser le bouchon jusque-là ??

Sanakou,
Comme tu as raison ! Si c'était un acte isolé on aurait parlé d'erreurs. Le chef (consacré par Alpha Condé) de l’opposition agit comme le quidam guinéen. Inconscient de son rôle, et sans direction autre que le palais SEKOUTOUREYA, il se croit obligé de pleurer avec tout le monde, de rire avec tout le monde, de célébrer toutes les conneries. En toute apparence, il ne consulte personne et ne prépare aucun discours. Ce nivellement par le bas est tragique.
On peut citer des exemples.
1. Nomination (celle du premier ministre par exemple) : il le félicite tout en disant qu’il ne reconnait pas le gouvernement de Mr. Alpha Condé et il le traite de GARÇON (Grrr !!!)
2. Décès - le cas de Soriba est réellement ridicule pour Cellou. Un milicien et gone du PDG que Alpha a utilisé pour tous ses coups sales après que Resko soit devenu trop encombrant, ne mérite pas qu’on se déplace pour des condoléances. Cellou n’a ni le courage de se démarquer ni celle de la fermer.
3. A chaque célébration de morts- surtout du criminel Lansana Conté, Cellou rappelle qu’il fut son ami intime – croyant que cela fera plaisir aux Soussou. Par ces déclarations, il entérine l’image que ces opposants lui collent d’être une fabrication de ce monstre.
4. Le fumeux coup de poker (dixit Tierno Monembo) avec Daddis est plutôt une foutaise aux guinéens ressortissants de la région Forestière. Dans son illumination politique tarabiscotée, Cellou les assimiler avec un psycho comme Daddis. Cela uniquement parce que quelques gugusses ont monté des parades en sa faveur. Qui sait si Alpha n’était derrière ces coups dans lequel Cellou est tombé pour laisser ses dernières plumes ? Voilà à quoi mène de diriger un parti comme un chef de village.
Comme toi, je me pose la question de savoir d’où vient ce désir de plaire et tant d’incohérences ? J’ai développé une « théorie » que vaut ce qu’elle vaut. Il faut se rappeler que tous ces énergumènes ont servi dans les mêmes dictatures et ont développé une mentalité de courtisans au fil des décennies de larbinisme et de peur. Ils ressentent une sorte de solidarité entre eux. Le guinéen « normal » ne peut l’expliquer. Mais il veut à tout prix extraire de leurs rangs des leaders. Un long chemin !
Comme l’a rappelé I.B, la Diaspora doit prendre ses responsabilités avec les jeunes et les déshérités pour changer ce pays. J’espère qu’Ourouro Bah engagera la discussion comme il l’a promis.
Wa Salam
K. Ba
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+3 #11 A.O.T. Diallo 21-01-2016 13:32

Un autre exemple plus qu’édifiant de ce que je disais sur notre impasse actuelle : notre plus grand chef de l'opposition se rend au chevet de la famille de l'ex-gouverneur de Conakry - rien de plus normal jusque-la.
Puis il fait un discours "historique en démagogie" en particulier avec cette pépite en or : "Je récent une grande douleur aujourd’hui parce que je sais que la Guinée vient de perdre un de ses fils valeureux. Et, l’Etat guinéen vient de perdre un fonctionnaire modèle."
Franchement, qui pourrais m'expliquer l’utilité, même sociale, de pousser le bouchon jusque-la ??
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+3 #10 Ourouro Bah 21-01-2016 03:17

Citation en provenance du commentaire précédent de Koto Saliou:
Un excellente article de Ourouro "DIALLOH" ....

Ourouro "DIALLOH"? Où tu as vu appris cela même Koto Dial-Diallo? Ça sonne trop mal même. Comme on dit a chez-nous pays!
Cheers.
Bah Ourouro Bah
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+7 #9 amadudialamba 20-01-2016 06:42

La maladie qui fatigue les guinéens de l'intérieur a contaminé partout ceux dit de l'extérieur. Selon un constat personnel d’une vingtaine d’années, ou même plus, à l’intérieur comme à l’extérieur, les guinéens n’ont jamais accepté de parler sincèrement d’une même voix. C’est pourquoi, nous avons toujours été faibles face à nos dictateurs. Je cite un exemple très récent. Aux pires moments des protestations de l’opposition guinéenne contre la Junte (CNDD), certains hauts responsables de l’actuel RPG au pouvoir étaient des meneurs très actifs. Et personne ne pouvait s’imaginer, un seul instant, que ces derniers œuvraient pour juste accéder au pouvoir. Comme on le voit alors, l'infiltration des agents égoïstes a toujours eu raison de nous. Dès qu'un mouvement dynamique est mis en place quelque part, immédiatement après un autre contrecourant verra le jour. Ainsi, au lieu d’être un combat entre pouvoir et citoyens, il se transformera en combat entre deux ou plusieurs groupes rivaux. Le plus récent cas c’est l’opposition dite Républicaine qui avait à son sein un mouvement dit Tout sauf Alpha (TSA). Pendant que la première travaillait pour la bonne cause ; le second, (un véritable parasite) jouait au trouble fait. A mon avis, pour voir l’émergence de mouvements citoyens dynamiques, comme ceux du Sénégal voisin et du Burkina, il nous faut également des jeunes dynamiques. Des jeunes qui ne s’intéressent que peu ou même pas au pouvoir immédiat. Aujourd’hui, ces deux pays respectifs ont des jeunes très engagés pour jeter les bases d’une véritable démocratie dans leurs pays et par ricochet, devenir des gardiens pour le bon fonctionnement de leurs Nations. Ces jeunes ont mis l’intérêt général de leurs compatriotes au-dessus de tout. C’est pourquoi, ils sont efficaces dans leurs démarches. Les corrupteurs de l’État ont peur de les approcher. Un autre exemple frappant, pendant que nous parlons de prolongation de mandat de 5 pour 7 ans, les sénégalais, eux, envisagent un référendum pour faire le contraire. Donc tant que les faiseurs des rois, les fumistes, les profiteurs et les courtisans seront plus nombreux que les démocrates, nous resterons toujours derrière les autres pays, et ce, dans tous les domaines.
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+4 #8 I.B. 20-01-2016 04:17

@Koto Saliou:
Merci de vos remarques, je suis confiant qu'avec les différentes contributions des aines qui ont traverse ces périodes, nous en connaîtrons un peu plus.
@Ourouro BAH,
Merci de tes précisions, et de lever le suspense sur les parties qui arrivent. :)
Je suis certain que les débats aideront a répondre a quelques questions.
Bien a toi
Ibah
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+6 #7 Ourouro Bah 20-01-2016 00:32

quote name="I.B."]Bonjour a tous,
Encore merci à Ourouro Bah pour ses contributions.
Selon ma compréhension, la majeure partie des diagnostiques qui ont été fait se limitent à deux dimensions (Parti au Pouvoir et Opposition) comme fléaux majeurs du retard de la Guinée. Cependant, je me demande si la 3e dimension "DIASPORA, son rôle à travers les différentes dictatures, et ses relations avec leurs compatriotes", ne devrait pas aussi être traitée avant la proposition de "Reconstruction de la Société Civile".
Justification: Avec environ 6M de Diaspos Guinéens, le montant des transferts annuels est non-négligeable sur le PIB de la Guinée. La Diaspora est-elle donc juste une "vache à lait" dont la "voix ne compte pas"? Si c'est le cas, ne devrait-elle pas s'en prendre qu’à elle-même?
En effet, bien qu'ayant vécu dans des pays organises, elle a été incapable en 50 ans de s'organiser. Pourquoi?
Par exemple, pourquoi dit-on qu'ils y avaient des agents-doubles parmi les diaspos sous la 1ere République, qui étaient-ils?
J’espère que cette "Reconstruction de la Société Civile" pourra aboutir à un nouveau "Contrat Social" entre Guinéens, signes par tous, ou qu'ils se trouvent dans le monde et en dehors de l'influence des partis politiques.
Bien a vous tous
I.B.
Iba,
L'organisation (ou le manque d'organisation) de la diaspora guinéenne est un reflet de la fragilité de la société civile guinéenne. Mais du fait de son impact économique - encore diffus - et de son engagement politique – pas négligeable – la diaspora est le levain du renouveau. La question de son rôle essentiel et des blocages dans sa mobilisation est effectivement abordée dans la partie 5 sur le renouveau de la société civile. Je t'enverrai en primeur le draft pour recueillir tes critiques.
Au lieu d’un contrat social qui n’est que l’aboutissement d’un processus de maturation politique, j’insiste plus sur l’émergence d’une avant-garde - dans ses rangs en jonction avec des couches de jeunes et de femmes- comme point de départ.
Bien à toi..
Ourouro Bah
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+5 #6 Koto Saliou 19-01-2016 23:12

Un excellente article de Ourouro "DIALLOH" de par son contenu et du sujet traité.À mon avis,l'un des problèmes principaux à la Guinée est la politique du ventre qui gangrène le pays de la Base au Sommet,et de toutes les Institutions et couches de la Société.En plus,tout le système est INFÉODÉ comme au temps du PDG-RDA,seulement le mode d'emploi qui diffère des 2 systèmes suivants (PUP et RPCé).L'aspect ethnique,le taux d'analphabétisme élevé,l'identité dialectique (peul,soussou,malinké,guerzé,kissi,tomah,nalou,lamdouma,etc) sont aussi des facteurs aggravants la situation d'Identité Nationale.La question d'intérêt personnel-égocentrisme et du pouvoir dominant social au niveau de la cellule familiale (vrai m'as tu vu)sont des pratiques qui n'aident pas aussi au vrai militantisme.Enfin de compte,le Guinéen applique la politique du rojeau (l'herbe) qui tourne selon la direction du vent.Tantôt à gauche (Partis de gauches),et tantôt à droite (Partis de droites) ou vice versa et sans conviction ou idéale (idéologie)politique.C'est pour cela,on se retrouve avec plus de transfuges politiques(Gauche-Droite-Centre)selon l'intérêt du jour:Vision de courte échelle.Aucun Plan à moyen et long termes.Pourtant,on dit souvent que le passé est le garant de l'Avenir.
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+4 #5 Koto Saliou 19-01-2016 22:12

Citation en provenance du commentaire précédent de I.B.:
Bonjour a tous,
Encore merci a Ourouro Bah pour ses contributions.
Selon ma compréhension, la majeure partie des diagnostiques qui ont été fait se limitent a deux dimensions (Parti au Pouvoir et Opposition) comme fléaux majeurs du retard de la Guinée. Cependant, je me demande si la 3e dimension "DIASPORA,son rôle a travers les différentes dictatures, et ses relations avec leurs compatriotes", ne devrait pas aussi être traitée avant la proposition de "Reconstruction de la Société Civile".
Justification: Avec environ 6M de Diaspos Guinéens, le montant des transferts annuels est non-négligeable sur le PIB de la Guinée. La Diaspora est-elle donc juste une "vache a lait" dont la "voix ne compte pas"? Si c'est le cas, ne devrait-elle pas s'en prendre qu'a elle-même?
En effet, bien qu'ayant vécu dans des pays organises, elle a été incapable en 50 ans de s'organiser. Pourquoi?
Par exemple, pourquoi dit-on qu'ils y avaient des agents-doubles parmi les diaspos sous la 1ere République, qui étaient-ils?
DJ’espère que cette "Reconstruction de la Société Civile" pourra aboutir a un nouveau "Contrat Social" entre Guinéens, signes par tous, ou qu'ils se trouvent dans le monde et en dehors de l'influence des partis politiques.
Bien a vous tous
I.B.

@I.B.;
Bonjour,ce sont des excellentes questions que vous venez de poser ici.Traiter ces questions avant la partie 3 ou 4,serait très salutaire pour enrichir le débat davantage.Afin,de trouver des pistes de solutions aux problèmes posés;car,la Diaspora Guinéenne (depuis la 1ère République)joue un grand rôle,très important sur l'arène socio-politique et économique de la Guinée.Peut être une des clefs de la solution s'y trouve.
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+6 #4 A.O.T. Diallo 19-01-2016 19:54

J’espère que tous les forumistes avisés liront cette analyse si fine de Bashir.
- Pour ceux qui bossent - avec ou sans salaire a la fin du mois comme moi - je vous conseille d'y consacrez un dimanche matin avant le tchep ou fouti dominical.
- Ce que j’apprécie en particulier c'est que c'est pour moi la meilleure explication réfléchie et détaillée de pourquoi AUCUN de nos partis actuels ne pourra faire beaucoup mieux que le RPC si il arrive au pouvoir demain.
- Pour moi le meilleur résumé se trouve dans ces 2 phrases du texte:
" Cette fuite en avant a profondément imprégné la notion de politique en Guinée."
" La quête d’oubli des populations guinéennes est certes explicable par le désir d’échapper de l’ornière des faillites."
- La philosophie et l'essence de creation et de gestion de tous nos partis politiques depuis 1958 sont basées en fait sur le modèle du PDG et de son moto principal "pas de réussite et pouvoir sans le pouvoir suprême du chef".
- Et depuis dans chacun de ces partis c'est comme si en fait les militants baissent la tete parfois même en sachant que ce n'est pas bon mais ils ont peur de le dire tout haut et de le changer en prenant le risque d'essayer du totalement neuf.
- Voila peut-être le fond des raisons pour lesquelles le Mali, le Liberia, la Sierra-Leone par exemple qui étaient plus malades que nous il y a 20 ans sont déjà en avance aujourd'hui et seront irrattrapables pour nous dans 10 ans : nous sommes paralysés par le refus ou la peur (pour une minorité) d'oser prendre le risque de casser les vieilles habitudes des petites méthodes et pratiques politique préhistorique chez nous.
- Deux exemples frappants pour moi tout récemment: les "motions de soutien" venant de partout, y compris des pays les plus démocratiques du monde, a un chef perdant d'élections comme au bon vieux temps du PDG, et cette volonté farouche de trouver des responsables et coupables partout (comploteurs occidentaux, traitres a la cause unique...ect) sans avant tout cela une première autocritique de fond en référence a la réalité: nous avons perdu parce que nous avons été plus faibles ou moins malins que les autres donc que faut-il faire avant tout a notre niveau pour corriger cela.
- Comme dit si bien par Bashir c'est pour cela principalement que de très nombreux intellectuels avisés et patriotes guineens ne lâcheront pas leur vie actuelle avec ses hauts et ses bas pour essayer de changer ces partis de l’intérieur - et le peu d'entre eux que je connais qui l'ont essayé nous ont convaincu de l’impossibilité de faire cela.
- Il ne reste donc plus que l’opportunité de nouvelles structures bâties sur des fondations radicalement différentes mais ça je me demande toujours comment cela sera possible dans le contexte actuel que je vois de virus local foudroyant de corruption morale et financière endémique...
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+3 #3 I.B. 19-01-2016 17:01

Bonjour a tous,
Encore merci a Ourouro Bah pour ses contributions.
Selon ma compréhension, la majeure partie des diagnostiques qui ont été fait se limitent a deux dimensions (Parti au Pouvoir et Opposition) comme fléaux majeurs du retard de la Guinée. Cependant, je me demande si la 3e dimension "DIASPORA,son rôle a travers les différentes dictatures, et ses relations avec leurs compatriotes", ne devrait pas aussi être traitée avant la proposition de "Reconstruction de la Société Civile".
Justification: Avec environ 6M de Diaspos Guinéens, le montant des transferts annuels est non-négligeable sur le PIB de la Guinée. La Diaspora est-elle donc juste une "vache a lait" dont la "voix ne compte pas"? Si c'est le cas, ne devrait-elle pas s'en prendre qu'a elle-même?
En effet, bien qu'ayant vécu dans des pays organises, elle a été incapable en 50 ans de s'organiser. Pourquoi?
Par exemple, pourquoi dit-on qu'ils y avaient des agents-doubles parmi les diaspos sous la 1ere République, qui étaient-ils?
DJ’espère que cette "Reconstruction de la Société Civile" pourra aboutir a un nouveau "Contrat Social" entre Guinéens, signes par tous, ou qu'ils se trouvent dans le monde et en dehors de l'influence des partis politiques.
Bien a vous tous
I.B.
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+7 #2 Ourouro Bah 18-01-2016 23:47

Citation en provenance du commentaire précédent de Ibrama:
" Peut parler dans ce cas de refonte des institutions politiques sans l'émergence d'une nouvelle classe politique. Une nouvelle génération de Guinéens nouveaux prêts à écrire une nouvelle page de l'histoire de notre pays, reposant sur de véritables bases pour engendrer le renouveau que vous mentionnez?
Merci

Bonne question en effet. Comment justement favoriser l’émergence de cette nouvelle classe ? C’est ce que je soumets au débat dans les 3 prochaines livraisons intitulées : Rompre avec les pratiques actuelles, A la recherche de modèles politiques adaptés et Reconstruire la fondation de la société civile.
Ourouro Bah
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+5 #1 Ibrama 18-01-2016 20:04

"Le modèle de partis politiques, typiquement guinéen, idéologiquement vide et personnalisé à l’excès est par essence anti-démocratique. La tendance malencontreuse de le ravaler à des questions de personnalité ne fait qu’évacuer la question fondamentale de la refonte des institutions politiques"
Peut parler dans ce cas de refonte des instsituions politiques sans l'emergence d'une nouvelle classe politique. Une nouvelle generation de Guineens nouveaux prets a ecrire une nouvelle apge de l'histoire de notre apys, reposant sur de veriatbles bases pour engendrer le renouveau que vous mentionez?
Merci
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