O. Tiero Jeudi, 31 Décembre 2015 00:58
Dans un Etat de droit les citoyens qui ont maille à partir avec la loi sont jugés de façon équitable et quand ils écopent d’une peine de prison ils la purgent pour s’amender. Ils peuvent alors espérer avant la fin de leur peine bénéficier du droit de grâce qui relève du pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat.
Ce n’est pas le cas dans un Etat où le droit subit la loi du plus fort, où la justice est inféodée au pouvoir. Ainsi en a-t-il été sous la révolution incarnée par le dictateur Sékou Touré. Des centaines sinon des milliers de personnes, toutes couches sociales confondues, étaient arrêtées et jetées en prison sans jugement, beaucoup d’entre elles y enduraient la torture ou y mourraient.
Celles qui avaient la chance d’être élargies par suite du droit de grâce accordé par le dictateur devaient obligatoirement se présenter à ce dernier en compagnie de leur famille pour le remercier ; elles le faisaient la mort dans l’âme car cela revenait à encenser la main du bourreau qui vous avait privé de votre liberté sans raison, torturé et déshumanisé des années durant.
L’Etat de non droit qui a prévalu en Guinée les 26 premières années de l’indépendance n’appartient pas qu’au passé, il continue de subsister encore aujourd’hui.
Que dire en effet de ce décret par lequel le président Alpha Condé vient d’accorder le droit de grâce à 171 détenus et exilés politiques ? Nombre d’entre eux, on le sait, sont des innocents auxquels la justice a collé des chefs d’accusation non prouvés. Par exemple les détenus et exilés dont le sort était lié à la fameuse attaque du domicile privé du président survenue en juillet 2011, une affaire qui n’est rien moins, aux dires de maints observateurs, qu’un monstrueux montage politique.
Convenons donc que si le droit de grâce permet de libérer des prisonniers, il ne résout rien de fondamental quant au tort qui est fait à ceux qui ont souffert la privation de liberté sans motif valable. Lorsque ce genre d’injustice criarde prendra fin chez-nous, nous pourrons alors affirmer que la Guinée est devenue un Etat de droit.
O.Tiero
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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