Moussa Bella Barry Jeudi, 25 Août 2011 22:43
Chers concitoyens épris de liberté,
Dites-moi, dans le débat politique, en quoi l’identification de bêtises en politique devient-elle de l’antipatriotisme, ou vaut-elle d’être incriminé d’inimitié ? Certes le débat citoyen doit être rationnel et sans violence, mais c’est aussi essentiel de reconnaitre une bêtise et de la nommer comme telle. Lorsqu’on est sûr de soi-même, on pose des actes qui dépassent la polémique, tout en se focalisant sur des valeurs.
Fondamentalement personne de nous n’est contre sa patrie, mais il y a des désaccords sur la manière de gérer la société. C’est tout! Moi je vois surtout des leaders d’opinion qui débattent au sein des partis politiques, ou dans le forum du net. Ils discutent diversement de comment le pouvoir est exercé et de la façon de son partage. Le débat en démocratie est vital. Et nous voulons bâtir le cadre d’une société démocratique en Guinée.
Selon moi, par des parcours distincts, tous les acteurs politiques veulent le bien-être de leur peuple. Cette règle n’est pas seulement valable chez nous, mais c’est partout la règle des mœurs politiques. Néanmoins la démocratie ne se fait que par des démocrates, mais pas seulement par des simples élections libres et transparentes.
Mes concitoyens ! Pour nous réconcilier avec nous-mêmes, il nous faut une mutation individuelle et collective profonde, assainir nos mentalités dans notre relation avec l’Etat, pour comprendre la différence entre le fonctionnaire de l’Etat et le fonctionnaire politique.
Le fonctionnaire politique vient et part avec le régime, alors que le fonctionnaire de l’Etat est inamovible. C’est ce dernier qui est le garant de la continuité de l’Etat. C’est ainsi qu’il faut éviter de confondre l’Etat avec le chef de l’Etat. Le respect de cette hiérarchie prévient la substitution du régime à l’Etat. Sinon c’est le perpétuel recommencement avec ses incohérences, car dans ce cas, chaque chef de l’Etat viendra et partira avec son Etat. Que Dieu nous en garde, amen !
Le président Condé n’a-t-il pas dit, qu’il a hérité d’un pays et non d’un Etat ? Alors luttons ensemble pour créer les bases de l’Etat pour sa pérennité, en évitant de confondre le régime et l’Etat. C’est le gage de continuité de l’Etat guinéen.
Chers compatriotes, nous sommes tous les enfants de la même nation. A ce titre la situation actuelle de notre pays nous interpelle tous. Notre devoir de citoyen nous recommande de ne pas se taire devant des dérives, nous devons tirer les leçons de notre vécu des années d’indépendance. Nous avons un pays en commun et une histoire commune. Nous avons eu nos héros mais aussi nos bourreaux ; tout ceci fait partie de la communauté de Guinéens.
Chers Guinéennes et Guinéens, il nous est évidemment défendu de faire de l’obstruction sur les explications de notre histoire, pour que les fautes commises dans le passé ne se répètent pas dans l’avenir. Mais nous devons aussi être capables, d’une manière sensée, de nouer entre nous des rapports harmonieux dans nos différences, de nouer des relations fondées sur la tolérance, sur le respect réciproque, l’égalité et la fraternité, le pardon et la justice.
Pour le salut d’une Guinée démocratique, il nous faut purifier nos esprits pour apaiser nos rapports. Comme citoyens d’une même nation, nous devons avoir comme nécessité absolue les relations de solidarité, de réciprocité et de convivialité avec l’autre, afin d’édifier ensemble une nation forte et respectée dans le concert des nations.
Actuellement je constate la tentative de vouloir partager le pays en fiefs et apanages, on distribue des promotions complaisamment à des fidèles et clients, des fois pas par mérite, comme au temps des époques que nous croyions révolues à jamais. J’enregistre que la perversion des mœurs politiques contribue à délégitimer un peu plus l’autorité des hommes politiques aux yeux du citoyen ordinaire.
Une classe a accompli sa mission historique dont l’accession du pays à l’indépendance, l’instauration du multipartisme, la libération des ondes, des élections plurielles... Il est temps de céder le pas à une nouvelle génération. Une nouvelle ère exige des hommes nouveaux. Il faut vivre son temps. Diviser et régner en vase clos ne marche plus dans notre temps moderne. Grâce aux nouvelles technologies, la diffusion instantanée de l’information est devenue planétaire.
Je suis de la génération des enfants de la révolution, notre génération est remarquablement frappée par le dogme, le scepticisme et la désillusion, c’est une génération qui observe et qui s’interroge. Comment ? Je vois en moi la socialisation coutumière des années soixante et soixante-dix, grandi avec le slogan de liberté, justice et solidarité entre tous les Guinéens, et enflé par la devise d’un panafricanisme militant. Mon père se méfiait en son temps de la révolution, il nous disait qu’elle n’a apporté à la population que pénurie et soupçon, délation et compromission. Aujourd’hui j’ai tendance à lui donner raison.
Se soulever contre le communautarisme et l’impérialisme était le leitmotiv de ma génération. Se porter volontaire pour aller pourchasser et croquer l’impérialisme dans sa fourré, combattre l’impérialisme dans l’Afrique entière au travers les mouvements de libération, était une mission noble pour ma génération.
Bon, jusque-là, tout va bien? Quel idéal a la révolution ? Quelle est la valeur qui est supérieure à la liberté de l’individu ? Pour cela on n’a pas besoin d’une idéologie révolutionnaire - pas de superstructure. Avec le temps, nous avons appris à observer et à nous s’interroger sur ce gâchis d’endoctrinassions. C’est ainsi que nos débordements d’enthousiasme ne dureront pas long temps. Ils ont cédé la place au scepticisme et à la désillusion.
L’arrivée des politicards marchants de rêves dans les années quatre-vingt et le matraquage oligarchique ont compliqué la donne. Ces messieurs s’abritent derrière leur clan pour masquer leur incompétence. Comme ils n’ont pas d’alternatives crédibles à proposer aux populations, ils attisent les contradictions entre celles-ci pour leurs visées machiavéliques. Par l’activisme ethnocentrique et le relâchement des mœurs, le manque de repères et l’exacerbation du patriotisme de clan ont fini par réduire les relations séculaires entre les différentes communautés.
Une fois de plus, nous regardons avec scepticisme ces agissements dégradants qui tendent à nous diviser pour régner, et nous nous questionnons! Nous vous disons que nous en avons assez de la division clanique, assez de nous faire instrumentaliser par des politicards en manque de visions et repères.
Chers sœurs et frères ! Je reste convaincu que ce ne sont pas les autres qui feront naître l’ère nouvelle du pays à la place des Guinéens. Mais la tâche ne sera accomplie que par ceux des Guinéens qui sont demeurés loyaux à eux-mêmes, par ceux qui n’ont pas souillé leurs cœurs à la recherche de ce soi-disant trésor de ce monde qui a perdu ses dieux.
Selon moi, le cadre dirigeant doit s’orienter sur des valeurs. C’est l’explication de la réussite. Il ne doit pas mettre les avantages personnels en avant sur les principes de l’intérêt général. L’idéal cadre dirigeant, c’est celui qui pense logiquement sous l’impulsion des principes moraux et de la compétence sociale.
Or, l’extase actuelle que procurent les tentatives de prendre part absolument au partage du pouvoir, me semble être le prolongement de l’ambiance des heures sombres de notre histoire. Aujourd’hui des opportunistes politiques puissants qui ont joui des faveurs des anciens régimes successifs, s’insinuent les premiers aux faveurs des nouveaux maîtres. Ils assurent qu’ils ont toujours été du côté des bons citoyens. C’est contraints et forcés qu’ils ont accepté les faveurs et tous les honneurs obtenus des régimes défunts. Ces oligarques guère vertueux continuent à manipuler et à abuser les populations et même le pouvoir actuel. C’est étonnant non ?
Des craintes et interrogations ont été formulées après les élections présidentielles de 2010. Ceci crée un environnement malsain pour gouverner le pays. C’est par son action et sa réaction que les nouvelles autorités prouveront que les inquiétudes et dangers pour la cohérence nationale ne sont pas fondés.
Je suis de l’avis que le changement en Guinée passe par la naissance d’un ordre de société basée sur des valeurs, et en même temps, par la dissolution de ce désuet ordre oligarchique nocif qui a régné jusqu’à présent sur le pays. Un pareil changement qualitatif est une transformation de grandes secousses. Aucun domaine de la vie sociale, aussi variés que peuvent en être les effets, ne sera épargné.
Mesdames et Messieurs, veuillez agréer mes meilleurs salutations berlinoises.
Votre serviteur dévoué
Moussa Bella Barry
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