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Pulaaku : Quelques éléments de réflexion sur l’origine des Peuls

Boubacar Doumba Diallo  Dimanche, 07 Août 2011 23:12

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DIALLO_Boubacar_Doumba_01Cet article n’a pas pour objet de traiter le difficile et très controversé sujet sur l’origine des Peuls. Mais il se veut une modeste contribution pour éclairer certains aspects de cette évolution afin de permettre l’ouverture d’un débat dépassionné entre les internautes.

Selon les travaux du grand savant et égyptologue Cheick Anta Diop et ceux de ses disciples, les Peuls ont une origine égyptienne et seraient les premiers métis entre Noirs et Blancs dans l’Egypte antique pharaonique nègre. Le peuple Ful (racine de fulbhés et de Futa) est évoqué dans la bible. Certaines traditions affirment que lors de l’Exode des Hébreux dirigés par le Prophète Moise, ces derniers étaient accompagnés par les bergers fulbhés qui les auraient aidés à se frayer un passage à travers les marais aux abords de la Mer Rouge. C’est par la suite que les Peuls suite à une révélation prirent une autre direction qui les conduisit vers les fleuves Niger et Sénégal. A partir de la boucle du Niger et du Maasina notamment (situé dans l’actuelle République du Mali), les Peuls cohabitèrent avec le Bambara partageant des éléments de leur culture et des péripéties de leur histoire commune. Ce constat est illustré par ce passage suivant emprunté à notre père Amadou Hampâté Ba.

Ce peuple énigmatique, quel est-il et d'où vient-il ?

Question encore sans réponse. Les documents écrits sont rares, récents, parfois tendancieux, les traditions orales bien vagues, plus légendaires qu'historiques. On s'accorde tout au moins à donner aux Fulɓe, sans oser préciser davantage, une origine plus ou moins “orientale”, avec un degré très varié de métissage entre un élément non nègre, “hamitique”, et les Noirs soudanais.

Une légende très courante dans la boucle du Niger fait remonter l'origine des Fulɓe à Moïse, patron du royaume de Diagana, au vieux Maasina des Arɓe.
Nabiyulla Moussa (Moïse le prophète de Dieu) entre en conflit avec le Pharaon et ses prêtres, passe la mer Rouge avec son peuple, reçoit la Tawreta sur le Sinaï et apprend en même temps de
Geno (L'Eternel) qu'à “l'extrême couchant de l'Afrique ténébreuse” le Nil a deux ou trois frères, charriant de l'or dans un pays aux pâturages abondants.

Des exodes successifs amèneront ainsi le peuple Ful très loin vers le Sud, direction sacrée directement en rapport avec l'herbe et l'eau, ou le Sud-ouest, azimut chargé de puissance magique aux 18e et 26e quantièmes de la lune.
Le Niger est atteint en plusieurs points. Le gros des arrivants se fixe au Termes, mais ceux-ci ne cesseront de transhumer, en vrais nomades, avec leurs bœufs et leurs moutons, envahissant peu à peu les plaines herbeuses de cet autre Nil, suivant le rythme des saisons.

Certains groupes s'étaient fixés le long du fleuve, de Diafaraɓe à Goundam, d'autres, à la recherche d'un deuxième et troisième Nil, devaient aller sur Néma, Oualata et Goumbou.

A la destruction du royaume de Sosso, les Fulbés se divisèrent en deux branches : celle qu'amène au Mandé le roi Soundiata (XIIIe siècle), celle qui s'installe au Maasina.

Demandez à l'un de ceux-ci son avis sur les Fulɓe, sa réponse sera celle que m'a faite mon ami Sado Diara, bambara de Yirimadio et qui mérite d'être transcrite.

« Pour nous autres Bambara, me disait Sado, le Pullo est un surprenant mélange, fleuve blanc en pays des eaux noires, fleuve noir au pays des eaux blanches, énigmatique peuplement que de capricieux tourbillons ont amené du soleil levant et répandu de l'Est à l'Ouest presque partout. En pays noir les voici semblables à des fourmis destructrices de fruits mûrs, s'installant sans permission, décampant sans dire adieu, race de voltigeurs volubiles sans cesse en train d'arriver ou de partir, au gré des points d'eau ou des pâturages.
Leur aspect physique est trompeur. On croirait à les voir, qu'ils sont tout près de périr. Et puis bernique, non seulement ils s'en gardent bien, mais les voici, grâce à leur parler d'oiseaux gazouillant dans les branches, qui, secondés par leurs demi-frères les
Jaawanɓe (sing. Jaawanɗo), bons loustics et rois de la combine, se font discrets, insinuants, tenaces, deviennent puissants et parviennent à “escamoter” les plus solides empires…

Quand Soundiata eut vaincu Sosso, il méditait leur extermination. Son chapelain l'en dissuada : “Intéresse-les plutôt à ta cause, consulte-les. La finesse de leur esprit, leur inépuisable sac à malices, leur courage à la guerre en font d'efficaces auxiliaires et des ennemis redoutables, sachant tour à tour, adroitement, et quand il le faut, éviter et atteindre : un Pullo ferme l'œil mais ne dort pas ».


A présent quelques mots sur l’origine du Peul islamisé.

D’après les manuscrits en arabe laissés par le vénéré Thierno Aliou Boubha Ndyan et l’historien Thierno Souleymane Sayandé, voici la genèse du peul islamisé telle que rapportée par mon oncle Elhadj Maladho Diallo.

Selon eux, c’est Seydina Oumar Ibn Khattab (RAA) second calife du Prophète Mohamed (SAW) qui dépêcha à l’ouest de Misra (l’Egypte) une mission d’islamisation (dawa).Cette mission était dirigée par le général musulman et futur gouverneur de l’Egypte Amr Ibn Al – As. Il fut parmi les plus fins et grands diplomates de son époque. C’est lui que les oligarques de la Mecque farouchement opposés à l’Islam envoyèrent auprès du Négus pour une extradition des réfugiés musulmans vers La Mecque. Il fut sèchement éconduit par le Négus un chrétien convaincu, malgré les astuces et la grande ruse du diplomate Koraïchite. Il se convertit tardivement à l’Islam et joua par la suite un grand rôle tant auprès du Prophète que de ses quatre successeurs orthodoxes, puis enfin auprès de l’usurpateur Omeyade Moawwiya, fils de Abou Soufiane. C’est donc ce même Amr Ibn Al-As qui conduisait cette caravane qui parvint au Maasina où elle rencontra une tribu peule qui vivait dans la djahiliya c'est-à-dire dans la méconnaissance de l’Islam. Elle l’appela à l’Islam et de nombreuses conversions se firent dont celle du chef de la tribu.

Après environ deux mois de séjour avec les nouveaux convertis, la mission manifesta son désir de retourner en Arabie. A la demande du nouveau groupe de musulmans peuls récemment convertis, Amr Ibn Al-As mandata alors Uqbata Ibn Nacir un cousin éloigné et compagnon du Prophète de rester ainsi que d’autres arabes pour parachever l’œuvre d’islamisation. Avec le temps, plusieurs arabes épousèrent des filles peules. A Uqbata lui-même, le chef de la tribu peule accorda la main d’une de ses filles en mariage. Elle s’appelait Madjoumaâou et cela se passait en l’an 15 de l’Hégire, soit en 637 de l’ère chrétienne.

Cette fille mit au monde successivement quatre garçons. L’ainé s’appelait Aribou et serait l’aïeul des Uruubhés Bah ou Diakité. Le second nommé Wané serait l’ancêtre des Férobhés Sow ou Sidibé. Le troisième est l’ancêtre des Dialloubhés ou Diallo et s’appelait Bodhéwal.Quant au benjamin des enfants, il serait l’ancêtre des Dayébhés c'est-à-dire des Barry ou Sangaré et s’appelait Daatou.

Tous les autres enfants nés des autres ménages mixtes arabes-peuls s’allièrent à ces quatre fils pour former les grandes familles peules Bah (Diakité), Sow (Sidibé), Diallo et Barry (Sangaré) pour se conformer plus tard au 13ème siècle à la tradition des souverains du Mali qui étaient musulmans.

Bonne lecture et bon Ramadan à tous et à toutes !


Boubacar Doumba Diallo


Sources :

  1. Aboubacry Moussa Lam
    De l’origine egyptienne des Peuls (1993)

  2. El Hadj Maladho Diallo
    Histoire du Fouta Djallon
    , l’Harmattan(2001)


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