Naby Laye Camara Dimanche, 07 Août 2011 13:39
Le bonheur ! Bonheur comme « souverain Bien ». Le bonheur vertueux à distinguer du simple plaisir sensible. Le bonheur comme résultat d’une démarche volontaire et réfléchie, dans laquelle la raison semble intervenir.
Ne dit-on pas souvent d’un homme malheureux qu’il a pourtant « tout pour être heureux » ? Selon le philosophe allemand Schopenhauer, l’homme se trouve souvent incapable d’apprécier la satisfaction du désir, laquelle fait cesser le désir et plonge l’homme dans l’ennui.
Le président Alpha Condé est-il soucieux du bonheur des Guinéens ?
A posteriori, rien ne démontre son engagement à cet effet. Peut-être, est-il très tôt de juger un mandat qui doit durer encore cinq ans ? Mais lorsque pendant les premiers sept mois de la gouvernance du président Condé, on ne note aucune trace d’une démarche volontaire et réfléchie, dans laquelle la raison semble intervenir, il y a lieu de s’inquiéter.
L’inquiétude est d’autant plus grande que le propre président a failli perdre sa vie dans une attaque de commando militaire. Une tentative d’assassinat dont la cause peut s’expliquer aisément. La démarche très confuse du chef de l’Etat à gérer les problèmes sensibles du pays. Ne tournons pas autour du pot. Qui sème le vent récolte la tempête. Les bévues ou erreurs du président Condé sont multiples et variées.
Qui ne se souvient pas de la déclaration du médiateur de la république, Facinet Touré ? Une déclaration dans laquelle des injures sont proférées officiellement contre une communauté du pays. Pour le médiateur de la république, la politique ne peut pas être du ressort de tous les citoyens guinéens. Une certaine catégorie de la population guinéenne doit plutôt se contenter exclusivement du secteur économique. Un discours fasciste dont l’auteur n’a jamais été inquiété. Plutôt approuvé par le président Alpha Condé par son mutisme total. « Qui ne dit mot consent », dit un proverbe. N’est-ce pas une bévue du chef de l’Etat ? N’est-ce pas une bonne opportunité de se faire de sérieux ennemis ?
Qui ne se souvient pas, pendant le régime de Lansana Conté, de ce poste de commissariat de police saccagé, injustement, par le commando dirigé par Pivi ? Des dizaines de policiers ont été tués et blessés. Le président Alpha le sait bien. Mais, malgré tout, le même Pivi est aujourd’hui le ministre de la sécurité présidentielle. Un chef d’Etat peut-il vivre paisiblement, dans ces conditions ?
Et les accusations du colonel Moussa Keita à l’encontre de l’ex-président, Sékouba Konaté ! Le colonel prétend que le général Konaté a volé l’argent des Guinéens. Comme réaction du gouvernement, il est arrêté et emprisonné. « C’est une faute lourde. Un militaire ne peut faire des déclarations publiques sans l’ordre de ses supérieurs », argumentait le ministre délégué de la défense, Abdou Kabèlè Camara. L’explication du ministre est logique. Mais fallait-il garder ce haut gradé en prison sans aucun contact avec l’extérieur ni avec sa famille, comme s’il avait commis un crime crapuleux ? Vu l’absence d’un tribunal militaire en Guinée, on pouvait bien se demander le sort qui pourrait être réservé au curieux colonel.
Mais voilà aussi la politique de deux poids deux mesures. Est-il vrai que le général Konaté est allé les mains vides ? On ne le saura peut-être jamais. Si le régime de Conté était réputé pour l’impunité, celui du professeur Alpha semble opter pour le mutisme et l’impunité. N’est-il pas suffisant pour créer un climat de frustration ?
L’éthique bouddhiste du président Condé ! Le président Alpha Condé sait vraiment pardonner tous ceux qui l’ont fait souffrir à un moment crucial de sa vie. C’est quand même surprenant. Pour le commun des mortels, c’est celui qui agresse ou offense, qui présente des excuses à l’offensé. Mais lorsque l’offensé présente des excuses à l’offenseur, il y a l’incompréhension. Tel est le cas du professeur Condé.
Pendant une interview qu’il a accordée aux journalistes de la chaîne francophone TV5, le président Alpha Condé déclarait qu’il est un homme de paix. « Je n’ai jamais gardé rancune à personne. Le président Sékou Touré m’avait condamné à l’exil. Le général Lansana Conté m’avait emprisonné, injustement. Mais, dès que j’ai pris possession du pouvoir, j’ai pu réunir de nombreux imams pour aller saluer et présenter des excuses aux épouses des deux premiers présidents de la Guinée ». Quelle sagesse !
Le ridicule ne tue pas. Vous savez, les centaines de familles qui avaient perdu leurs parents durant les massacres du 28 septembre, peuvent aussi et vaillamment présenter leurs excuses au Capitaine Dadis. De toute façon, ceci arrangerait plutôt bien Toumba qu’il reçoive les imans dans sa cachette.
La bévue du moment. La dernière en date du pouvoir du professeur Condé, c’est bien l’élection de Lounceny Camara au sensible poste chargé d’organiser les élections. M. Camara a été élu par 15 voix contre 7 à son adversaire, Amadou Oury Diallo, sur les 22 commissaires présents. Une démarche légale, conforme à la loi civile, issue du droit positif. Mais, est-ce un acte légitime conforme à la loi morale, issue de la conscience individuelle ou de la raison ? Car, souvent un acte peut-être légal sans pour autant être accepté par tous comme légitime. La peine de mort par exemple.
La personnalité et la sincérité de Lounceny Camara ont été toujours mises en doute par le principal parti d’opposition. Avant les élections présidentielles, pour éviter tout conflit ou blocage institutionnel, le chef de l’Etat d’alors, le général Konaté, avait préféré nommer une personnalité étrangère pour diriger l’organe chargé d’organiser les élections, la CENI. Une solution qui donna un résultat satisfaisant. Le vainqueur des élections fût accepté par tous les partis politiques.
Alors, que se passe-t-il en ce moment précis ? Le scénario paraît comme une véritable provocation. Un va-t’en guerre. Une volonté manifeste de semer la pagaille dans le pays. C’est un retour en arrière.
Lorsque Lansana Conté avait emprisonné Alpha Condé, alors chef de l’opposition guinéenne, c’était tout simplement pour prouver au leader du RPG que le gouvernement n’avait pas peur de lui. Parce que quelques mois avant son arrestation, le professeur Alpha, qui devait rentrer à Conakry, après un long séjour en France, depuis l’aéroport de Dakar, déclarait ceci sur les ondes de RFI : « ...c’est Mme Henriette Conté qui a poussé les enfants à jeter des pierres sur ma maison. Le gouvernement à peur de moi parce que je dois rentrer au pays ». Le résultat, nous le savons tous. Qui a eu peur de qui ?
Le cas de Lounceny Camara suit, à peu près, la même logique : « pour les présidentielles, vous ne m’avez pas accepté, me voici pour les législatives, que vous le veuillez ou non ». Qui signifie, naturellement, « tant pis pour tout conflit qui en résulterait ». Le président Alpha est bien conscient de l’effet désastreux que l’élection de Camara peut provoquer : un conflit épineux sans issue.
Comme disait l’autre, « chaque situation a deux aspects : un qui la rend supportable et permet de la porter et un autre qui la rend insupportable. Le premier aspect permet la sérénité et le second rend malheureux. Il faut donc, pour être heureux, apprendre à voir les choses sous l’aspect qui les rend supportable ».
A bon entendeur salut.
Naby Laye Camara
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