Thierno Fodé Sow Samedi, 06 Août 2011 23:00
Il était question de faire taire certains leaders politiques remuants, plus particulièrement Bah Oury. C’est presque chose faite aujourd’hui avec le présumé raid perpétré sur la résidence privée d’Alpha Condé. Bah Oury qui a eu le flair de prendre le large, juste après s’être convaincu des effluves de règlement de compte qui allaient s’ensuivre, ne s’est pas du tout trompé d’option : fuir et se mettre à l’abri d’éventuelles "représailles".
Etant, dit-il, actuellement en lieu sûr, le vice-président de l’UFDG est donc pour ainsi dire, contraint à l’exil. D’autant plus que sa tête serait mise à prix, vu le déchainement des passions dont il ferait l’objet. C’est pourquoi, sans se faire la moindre illusion et en dépit de la folle rumeur de son implication présomptive dans le fameux attentat, Bah Oury estime aujourd’hui, plus qu’hier « qu’il faut savoir quelles sont les véritables intentions de ce régime parce qu’il y a des personnes qui sont arrêtées aujourd’hui, leur sécurité m'intéresse et m'interpelle ; et à partir de là on verra comment il faut agir pour être efficace », expliquait récemment la bête noire du pouvoir de Conakry et de ses affidés. La contrainte à l’exil se confirme quasiment tous les jours, à la lecture faite jusque-là de la gestion d’Alpha Condé faite, selon l’opposition, de blocage politique, de climat d’insécurité, de suspicion et de terreur. Le tout avec la complaisance avouée des Institutions de la République. C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres encore que « Je vois mal comment on pourra se tirer d'affaire, d'autant plus que les fils du dialogue sont rompus », regrette Bah Oury dans une interview accordée récemment à RFI. Le tout cristallisé par un manque de confiance entre pouvoir et opposition.
Pendant ce temps, la population vit d gestion de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « Raid sur la résidence privée du Chef de l’Etat ». D’abord, on n’envisage pas la peine de mort, car, justifie Alpha Condé « ce n’est pas en condamnant les gens à mort que je vais être ressuscité. » Seulement, « Nousans l’angoisse permanente. Mais, le gouvernement qui abroge tout esprit de vengeance, cherche à prouver sa bonne foi dans la ferons en sorte que tous ceux qui sont responsables soient neutralisés, mais dans la légalité républicaine. » Ensuite, on s’active ‒ au moment où Louncény Camara jouit désormais de ses pleins droits à la tête de la Ceni qui divise ‒ à aménager un terrain de dialogue avec l’opposition pour décrisper l’atmosphère. Le fichier électoral, lui, sera revu, pas mis en cause avec un nouveau recensement. Certains observateurs estiment de fait que "le miraculé de Kipé" a ainsi fait des avancées significatives dans le cadre du rétablissement du fil du dialogue. Faux, réplique Bah Oury, « On ne peut pas faire confiance à un responsable politique qui nie la véracité et le fondement de la République à travers la Constitution et qui devant certaines difficultés se permet de dire maintenant, je reconnais que la Constitution l'avait prévu. A partir de ce moment là on ne peut pas avoir confiance parce que ce qu'il peut dire aujourd’hui, il peut le dénier demain. »
En attendant, tout laisse croire que Bah Oury, pris pour mort à un moment donné, est aujourd’hui au-delà des frontières guinéennes. Et son retour n’est manifestement pas pour demain. Certainement que, pour rentrer au bercail, lui aussi (comme Dalein) exigera plus tard des conditions sécuritaires des plus garanties. Le cas échéant, adieux pour ce quinquennat et bonjour les déclarations à l’emporte pièces et aux diatribes impitoyables à l’encontre du pouvoir de Conakry. Ce serait tout de même décevant au regard des énormes sacrifices consentis par de nombreux assoiffés de démocratie et de libertés individuelles. Des sacrifices variant, on le sait, du limogeage à des postes de responsabilités, aux d’intimidations, à la chasse aux sorcières, de bain de sang à morts d’hommes. Et sans aucune autre forme de procès !
Faut-il donc aujourd’hui, avec le raid supposé, envisager tout de suite la mise en place d’une commission d’enquête indépendante permettant de faire toute la lumière sur l’assaut de Kipé, afin de dissiper toute suspicion entre hommes politiques d’une part et communautés de l’autre ? Nous estimons pour notre part, qu’avec une réelle volonté du pouvoir de Conakry, on pourra démêler l’écheveau et du coup, faire retomber la tension. Ne serait-ce que pour la survie de la démocratie naissante. Ce n’est quand même pas une mer à boire.
Thierno Fodé Sow
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