Moussa Bella barry Samedi, 17 Décembre 2011 21:28
Au vu des actes posés par des coordinations dites régionales, force est de constater qu’elles ne sont que de pures coordinations ethno-régionalistes. On est amené aujourd’hui à s’interroger sur les initiatives de celles-ci dans bien des cas. Pourquoi n’agissent-elles pas dans le cadre d’attributions d’une coordination régionale dans la signification du terme? Pourquoi ne respectent-elles pas le code de bienséance ? Avons-nous besoin de coordinations régionales qui se muent en ethno-régionalistes ? Alors qu’aucune de nos régions n’est ethniquement homogène, heureusement !
Le lexique dit, l’action de se réconcilier est de rapprocher, de réparer. C’est le rétablissement de l’entente entre personnes/communautés brouillées. L’expression de réconciliation est très variée. On dira par exemple :
De ma table d’observation, je note que nombreux sont ceux des Guinéens qui paraissent naturellement dotés du talent de fabriquer leur enfer collectif. Mais plus nombreux encore sont ceux qui, à cet égard, ont besoin d’aide et d’encouragement.
Les coordinations régionales ont bien compris cette psychè des Guinéens. Pour atteindre efficacement leur objectif de nuisance sur nos princes décideurs, elles entreprennent et mènent sans relâche la manipulation communautariste à des niveaux plus élevés d’incompétence sociale. Ces coordinations ethno-régionalistes ont partiellement réussi dans leur calcul de destruction de nos relations séculaires!
C’est ainsi qu’il ne faut pas s’étonner de l’exacerbation de l’ethnocentrisme dans l’accès et le partage du pouvoir dans notre pays. Ceci a fini par étouffer nos relations inter-, et intracommunautaires. Les nominations administratives ne se font pas toujours par compétence et vertu, mais se font sous l’influence des coordinations ethno-régionalistes.
Pourtant les conflits dans les pays voisins auraient dû suffire à éveiller nos soupçons sur les attitudes casse-cou de nos coordinations régionalistes. L’injustice, l’exclusion, l’intolérance, les chauvinismes... sont la matière première de toutes les guerres civiles. La réalité contemporaine nous apprend que la politique est une association du savoir et d’aptitude, c’est une affaire de jugement, de prudence et d’attitude.
Coordinations régionales
Mon propos n’est pas ici de décrire la coordination régionale dans toute la portée du terme, mais je dénonce plutôt le comportement, dénué de toute rigueur rationnelle, des coordinations régionales guinéennes. Selon moi, ces coordinations régionales sont ethno-régionalistes mues plus par des volontés passionnelles que par la raison. Les agissements de nos coordinations résument parfaitement l’appétit d’inféoder les partis politiques à leur volonté. Ils divisent au lieu de jouer le rôle de rapprochement ou d’incitation à l’entente entre Guinéens sans distinction.
Les intrigues des coordinations régionales soutiennent, poussent les conflits inter- et intracommunautaires, ils éloignent les citoyens les uns des autres et les désorganisent de plus en plus dans leurs relations. Ces manigances encouragent le truquage et favorisent l’inquiétude du citoyen quelle que soit son appartenance communautaire. Ceci est antinomique à la réconciliation nationale !
Les coordinations régionales ont en réalité besoin de l’échec de l’establishment politique à promouvoir tout changement significatif, afin de pouvoir continuer toujours à exercer de l’influence sur le pouvoir politique. Elles s’asseyent, sans vergogne, sur les volontés générales pour leurs intérêts égoïstes. Soutenir des volontés particulières au-dessus des volontés générales est un crime politique impardonnable.
Cependant peut-on brandir la théorie du complot des coordinations régionales contre le peuple de Guinée ? Le principal défaut de l’explication de cette théorie, c’est qu’elle n’en est vraiment pas une.
Je crois qu’il ne peut y avoir d’autres motifs des coordinations régionales à cette absence de scrupules, que l’absolue certitude de perdre de l’influence dans l’accession et le partage du pouvoir dans une Guinée gérée démocratiquement, et par la peur que leur conduite devienne obsolète dans une Guinée, où seuls les partis politiques donnent une réponse politique à une question politique.
C’est ainsi que les coordinations encouragent à légitimer la médiocrité, elles lui trouvent systématiquement des causes externes afin de déresponsabiliser les princes décideurs de tous ses ratages, et étouffent en même temps toute critique objective. Les coordinations régionales guinéennes ne respectent pas le code de bienséance.
Les coordinations régionales ne s’aperçoivent pas que le monde réel contredit leur monde voulu. A la mesure de leur déni de réalité, les coordinations régionales trouvent abominable toute opinion contraire à leurs visées communautaristes. Les régionalistes confondent le rôle du chef de clan dans une famille africaine à celui d’une coordination régionale multiethnique, et ils se disent : ce qui a été si ardemment, si raisonnablement voulu par certains membres influents de la coordination régionale ne peut être rejeté que par les pulsions les plus basses, la part la plus mauvaise du clan, ceci est le mal en personne contre sa propre communauté. Les régionalistes jouent sur le registre d’angoisse de la répudiation clanique dans la société africaine, ce qui leur permet de conserver l’oreille des membres du clan et des princes décideurs pour pérenniser leur influence politique. En conséquence, les coordinations régionales, en Guinée, agissent en dehors du cadre légal de leurs attributions !
Ainsi, inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous, et où serions-nous, sans nos malheurs (coordinations régionales) ? J’espère qu’on me passera de la vulgarité de l’expression, car elle est socialement correcte. Nous en avons salement besoin de nos coordinations régionales. Mais son rôle cardinal doit être de nous rapprocher dans nos différences, et, absolument pas de jouer un rôle politique à la place de nos partis politiques nationaux.
La toile de fond de la coordination régionale est son encrage communautaire. C’est son avantage ! Mais cette manière de vision spécifique du clan présente un arrière-goût amer en politique, car elle ne laisse guère de temps pour s’intéresser au voisin. Il est connu, c’est en fixant exclusivement toute son attention sur son clan qu’on est assuré d’échapper aux changements de perspectives involontaires et imprévues.
Or qu’un coup d’œil, même furtif en dehors de sa communauté, risque d’entamer la crédibilité de ses convictions stéréotypées, pour ne pas dire que, ceci aurait permis de découvrir des possibilités parfaitement nouvelles. L’histoire de l’homme nous instruit, qu’une famille humaine s’affaiblit dans l’isolationnisme.
Réconciliation nationale
Quelles sortes de réconciliation voulons-nous en Guinée ? Je donne ici mon avis, sur le préalable indispensable à la concorde nationale sincère et solide. Le peuple se définit comme une multitude d’hommes d’un même pays, et vivant sous les mêmes lois. On m’objectera que tout cela est connu de nous tous, mais je dis pourtant (après l’élection présidentielle), nul n’a su comment nous éviter que le ciel ne nous tombe sur la tête. Beaucoup, comme moi-même, restent convaincus, la réhabilitation de l’idée de la nation guinéenne, est la nécessité indispensable pour nous réunir. Défendre la nation et ses valeurs est une garantie essentielle pour nous concilier.
Il ne faut pas avoir peur des procès amers des intrigues de nos coordinations régionales. Le débat sur la réconciliation nationale doit poser réellement tous les référentiels du problème qui alourdit le rapprochement entre les citoyens. Voir et comprendre cette proximité comme empreinte de sortie des tragédies que nous vivons, la sentir comme fondement d’un avenir différent. Cet avenir doit s’inscrire dans une culture de valeurs morales, de la pondération et de convivialité entre nous.
Nous devons nous inspirer des expériences réussies ailleurs. La réconciliation nationale en Guinée ne peut, et ne doit pas se faire sur le fond de l’impunité et de l’inégalité dans le partage des droits et devoirs entre tous les citoyens du pays. Cette attitude est essentielle ! Nous nous réconcilier, c’est réfléchir sur les voies et moyens qui peuvent nous rapprocher.
Réconciliation et vérité nationales ne peuvent se faire qu’autour d’une entente entre les différents acteurs. Dans une telle perspective, il ne doit pas y avoir de tabous. Si notre réconciliation doit être sincère et solide, la justice doit endosser le relais pour sanctionner les coupables de crimes de sang et de viols. Après cela viendra le temps du pardon. Dans toutes les grandes nations qui nous éveillent, c‘est ce qu’on a fait.
La commission provisoire de la réconciliation nationale est très méritoire contre une réconciliation simulée et superficielle. Mais l’opinion nationale et internationale attend impatiemment les premiers pas de cette commission, et surtout ses propositions claires. Cela va contribuer à faciliter notre rapprochement.
Je vous salue et à bientôt.
Moussa Bella Barry