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Affaire Tamsir et cas de viols : les révélations d'une activiste des Droits de l'homme

Richard Tamone  Jeudi, 15 Septembre 2016 13:06

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Dans cet entretien, Mme Binta Nabé conseillère technique senior sur les questions de violences basées sur le genre à JHPIEGO, une ONG américaine soutenue par une université basée à Baltimore revient sur la liberté conditionnelle accordée au jeune Tafsir, un musicien en herbe, accusé de viol sur une jeune fille. Lisez…


Le Démocrate : quel regard portez-vous sur la violence faites aux femmes en Guinée ?

Mme Binta Nabé : merci, moi je dirai les violences basées sur le genre tout court, mais pas les violences faites aux femmes en Guinée. Parce que si l'on prend seulement les violences basées sur la femme, quelque part, on ne va pas jusqu'au bout. Alors que la dimension est telle que, elle ne se limite pas seulement au niveau de la femme seulement. Il faut dire qu'en Guinée, beaucoup d'efforts ont été consentis au niveau des textes. Parce qu'il faut reconnaître que la Guinée est partie prenante de toutes les conventions, traités ou protocoles relatifs à la protection des droits en général et en particulier les droits liés aux genres notamment la femme, les enfants, les personnes âgées, les handicapés, tous sont protégés aujourd'hui, par des textes. Mais c'est l'application qui fait défaut, il y a la juxtaposition des trois formes de droit : le droit positif, le droit religieux et le droit coutumier.


Les cas de viols sont devenus nombreux en Guinée. D'après les statistiques d'une ONG de la place, de 2012 à 2015, il y eu en Guinée plus de 3 000 cas de viols. Quel est votre réaction ?

Je me demande sur quelle base cette ONG a sorti cette étude. Selon l'ONG, elle a non seulement certains représentants à travers le pays mais également que d'autres organismes de la société civile leur remonteraient aussi les cas de viols enregistrés…

Bon, il est vrai que je suis là en tant que conseillère technique senior sur les questions de violences à JHPIEGO. Mais avant tout, je suis la présidente de la coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes. Alors je ne sais pas sur quelle base l'ONG a fait des études. A ce que je sache : le ministère de l'Action sociale, en collaboration avec ses partenaires notamment l'UNFPE, l'OMS, l'UNICEF et d'autres ont fait une étude en 2012. Selon l'étude que ça soit en milieu urbain et rural, il y a des violences de tout genre.


La dite ONG estime toujours que la préfecture de Pita serait la localité où le viol serait très récurrent ?

Nous attendons de voir l'étude, et si ça existe, ça nous permettra de voir la réalité. Mais pour le moment, je me demande sur quelle base ces études ont été faites. Parce que quelque part tout le monde travaille sur les mêmes cibles. Et si tout le monde donne le même résultat, il se trouvera que la même personne a été prise en compte par différentes organisations.


Mme pour certains, le mode vestimentaire encouragerait les agressions perpétrées contre les femmes. Qu'en dites-vous ?

Non, c'est un comportement, le mode vestimentaire n'a rien à voir. Si c'est ça, en ce moment on agirait comme des animaux. Quand on dit que la personne là son habillement est tel, c'est pourquoi on l'a agressée. C'est que celui qui l'a agressée, a agi comme un animal. Sinon si ça ne t'intéresse pas, tu la laisses.


D'après vous, qu'est-ce qui occasionnerait ce genre de déviance ?

Vous savez, ce sont des pratiques qui ont existé depuis belle lurette. Donc changer cela d'un trait ce n'est pas facile. C'est ancré dans la tête, depuis fort longtemps. Et on vit avec, c'est dans les familles, les communautés. Ce sont des choses que nous pratiquons sans savoir que ce sont des choses qui sont à la base du retard en général de notre continent et en particulier de la Guinée.


Vous dites que ces genres de pratiques se font seulement en Afrique ou en Guinée ?

Non les violences existent partout, c'est dans le subconscient de l'être humain. Nous sommes égoïstes, donc il faut des règles pour gérer nos égos et que celui qui ne respecte pas soit puni. C'est l'impunité qui aggrave cela.


Il y a un cas de présumé « viol » qui a attiré l'attention de l'opinion, c'est celui qu'on impute au jeune Tafsir. Il vient de bénéficier d'une libération provisoire. Quelle est votre réaction en tant qu'activiste des droits humains ?

Je fais partie des toutes premières personnes qui ont réagi à cela. Parce que ce jour, j'étais à l'Office de protection du genre et de l'enfance. Le papa du jeune Tafsir est venu me trouver là-bas. Nous l'avons écouté, j'étais là. Nous avons fini par comprendre que c'est l'éducation qui a manqué. Aujourd'hui, la plupart des parents ont démissionné dans l'éducation des enfants. Et ce sont les enfants qui sont victimes innocemment. Tafsir est victime, la fille est victime. Parce que tous les deux n'ont pas reçu l'éducation de base qu'il fallait.


Mais Mme, qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

Ce qui me fait dire cela, le problème s'est passé en famille. C'est après deux mois seulement que ça a été dénoncé. Si ce n'était pas sorti sur l'internet, d'autres personnes n'allaient pas le savoir. Pourtant ça s'est passé deux mois avant, les deux familles étaient au courant. Elles ont essayé de gérer ça entre elles, et personne n'a dit quelque chose. Il n'y a pas eu de plainte. C'est quand ça a été à la portée de tout le monde qu'il y a eu plainte. Mais qu'est-ce qui a amené les enfants jusqu'à ce niveau, c'est parce que l'éducation a été ratée. Demande les parents de Tafsir, leur enfant à quel niveau.


À vous comprendre, vous jetez la pierre aux parents de Tafsir ?

Je jette la pierre aux parents. Beaucoup accusent aujourd'hui, les nouvelles technologies de communication, mais toute œuvre humaine à ses avantages et ses inconvénients. Vous parents faites utiliser les nouvelles technologies de communication à bon escient. C'est ici vous voyez, certains parents regarder ensemble le film avec leurs enfants, et ils ne réagissent même pas. Ils grandissent avec ça et vous voulez quand ils ont 15 ans ou 18 ans qu'ils abandonnent, non c'est pas possible.


Pour finir Mme, quel appel allez-vous lancer non seulement à l'endroit des citoyens mais également aux autorités de la place pour au moins freiner ces pratiques ?

Avant de lancer l'appel, je dirai tout simplement que, et l'État et les parents, tous ont démissionné dans l'éducation des enfants. Vous savez, nous, quand on grandissait, peut-être que ceux qui vont lire, certains vont partager ce que je dis. A la maison il y avait l'éducation, dans la communauté il y avait l'éducation. Tout ce qu'on est en train de dire, ça ne se passe pas en l'air. Ça se passe dans la famille, dans la communauté. Et par après on accuse les enfants. Ah maintenant les enfants c'est comme ça. Je dis non, les enfants viennent d'où ? Ils ne sont pas tombés du ciel. Vous savez tout ce que l'enfant fait avant 18 ans, les parents sont responsables, parce qu'il est innocent. Donc quand il a un an, il y a des choses qu'on ne doit pas lui dire. A trois ans aussi, il y a certaines choses, qu'il ne doit pas faire. Mais vous verrez des papas qui amènent des enfants de trois à quatre ans, à aller trouver le briquet ou bien son papa lui donne une mèche de cigarette pour qu'il allume pour lui. Est-ce que vous pourrez empêcher cet enfant de fumer. De l'autre côté, c'est que l'État a démissionné, parce que l'impunité qu'on a aujourd'hui vécu, ne dit pas son nom. Avant les parents étaient condamnés, s'ils abandonnent leurs enfants. Auparavant si un chauffeur ou un citoyen trouve un enfant dans la rue, ce dernier l'amène au commissariat. Quand les parents de l'enfant arrivent, ils sont condamnés. Cela existait, mais est-ce que ça se fait maintenant, non. Ce qui fait que les enfants sont souvent victimes d'accidents et le plus souvent les chauffeurs ne s'arrêtent même pas. Donc le sens de l'être humain à tendance à disparaître. La vie humaine est à respecter. Mais on abandonne nos enfants et on veut qu'ils nous remplacent demain. J'avoue qu'il y a des générations qui sont sacrifiées. Nos parents nous ont légués des bonnes pratiques mais qu'on n'arrive pas à léguer à nos enfants. Donc j'interpelle les parents à travailler dans ce sens.


Propos recueillis par Richard Tamone

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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