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Communiqué de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon sur les travaux de la commission de réconciliation nationale
Pottal Fii Bhantal Vendredi, 22 Juillet 2016 09:23
Les membres de Pottal-Fii-Bhantal ont pris connaissance de la conclusion des travaux sur la « réconciliation nationale » qui a été lancée il y a cinq ans par le gouvernement guinéen. Les recommandations faites par la commission sont décevantes, reflétant la façon dont les travaux ont été inspirés et conduits ainsi que le choix des principaux membres de la commission.
Pottal-Fii-Bhantal dénonce sans ambages les travaux de la commission et rejette ses conclusions et recommandations.
La campagne de réconciliation veut entériner l'idée de conflits ethniques et régionaux larvés entre les populations guinéennes. Les faits historiques de la Guinée prouvent le contraire. La violence et les affrontements en Guinée ont de tout temps été le fait des forces de sécurité ou de milices manipulées par les régimes guinéens. La violence a toujours été dirigée contre des citoyens désarmés. Parler de réconciliation au lieu de justice en pareilles circonstances n'est qu'une grossière manipulation politicienne qui vise à entretenir des tensions afin de désarmer et diviser les forces sociales. La campagne de réconciliation nationale sert à escamoter l'impunité dont ont toujours joui les criminels, auteurs des nombreuses violations des droits de l'homme dans notre histoire.
Les dictatures guinéennes –celle d'Alpha Condé en particulier - absolvent des crimes individuels afin de laisser planer des culpabilisations collectives diffuses sur des ethnies et des groupes sociaux ou régionaux. Cette pratique est exploitée par ricochet par la classe politique pour masquer l'incurie, la médiocrité et la corruption qui sont le propre de toutes les dictatures. L'ethnocentrisme est ainsi érigé en idéologie de gouvernement. Mr. Alpha Condé a prouvé être un adepte des plus zélés de cette idéologie. Depuis son accession au pouvoir, le président guinéen s'est acharné systématiquement à appliquer cette idéologie sur le champ social guinéen pour semer divisions et discordes sociales. Il protège dans les rangs de l'administration des fonctionnaires et décorent des agents des forces de sécurité accusés de crime contre l'humanité tout en doublant son forfait par le mépris des victimes. Il est ironique qu'un tel président parle de réconciliation. Nonobstant son rôle de premier magistrat, garant de la constitution, le président prêche que tout le monde est coupable et tout le monde est innocent en même temps. Il fait dans l'amalgame pour entériner le déni de justice dans notre pays en disant que les « bourreaux d'hier sont les victimes d'aujourd'hui et vice versa...». L'histoire des régimes répressifs est pleine d'exemples de tortionnaires qui deviennent des victimes à leur tour. Le président guinéen utilise ces exemples pour virtuellement excuser les bourreaux, souiller la mémoire des victimes innocentes et brouiller les faits historiques de la nation. Mettre dans le même sac des tortionnaires notoires comme Siaka Touré avec leurs victimes innocentes est immoral.
Les déclarations du président guinéen suffiraient pour invalider la manœuvre politicienne qu'est la campagne de réconciliation. Le choix de deux chefs religieux comme dirigeants de la commission répond à une logique grossière de manipulation de la religion. On note une volonté manifeste du chef de l'état guinéen de remuer le couteau dans les plaies mal fermées afin de perpétuer l'éclatement actuel des forces sociales. Cette disposition d'esprit explique la nomination comme co-président de la commission de réconciliation, de l'archevêque Vincent Coulibaly qui a nié en public les crimes du 28 Septembre 2009. Le second co-président, Elhadj Mamadou Saliou Camara qui s'était forgé une image d'indépendance et de franc-parler se disqualifie avec des propos dithyrambiques - indignes d'un leader moral et religieux - qui font de Mr Alpha Condé de père de la nation et de ses adversaires politiques.
Il est regrettable que la classe politique guinéenne et la société civile célèbrent ou acceptent avec mutisme les recommandations de la commission. Les forces qui prônent le changement et la démocratie dans notre pays devraient comprendre une fois pour toute qu'il n'y a aucun gain politique sans la justice. Elles devraient baser leurs actions sur ce principe. Le laxisme sur le front de l'impunité est la garantie de renforcement de la dictature. Il ruine les chances d'une alternance politique crédible et crée les conditions de la perpétuation des mascarades électorales avec leurs lots de violences. Quant à l'assemblée nationale, elle aura failli encore une fois à son devoir de contrôleur et de garant de la bonne conduite de l'exécutif et des charges confiées à des citoyens.
Si le besoin de réconciliation était une nécessité ou une préoccupation sérieuse du gouvernement, le processus et les pratiques auraient dû commencer par des sanctions sur les crimes récents. En outre, la réconciliation devrait s'inspirer des commissions de vérité, justice et de réconciliation à travers le monde. Dans tous les exemples de réconciliation nationale, le processus a été centré sur les sévices subis par les victimes et le repentir des accusés avec l'assistance de juristes et de spécialistes des droits de l'homme. En Guinée, le processus aura brillé par des conciliabules, des auditions sélectives, des recommandations de prière et d'expiation collective au lieu et à la place d'instructions judiciaires avec des inculpations personnelles et des protocoles rigoureux de découverte des faits. Le résultat est qu'aujourd'hui les accusés sont plus que jamais arrogants et prompts à déclarer quand on les interpelle qu'il y a plus coupables qu'eux.
Eu égard aux spécificités de la violence politique en Guinée le programme de réconciliation nationale engagé par le gouvernement ne fera que ruiner d'avantage les chances de construction d'un état de droit qui passent par la gestion saine du passé de violences politiques en Guinée. Ce programme doit être rejeté. Au lieu et à la place, nous en appelons à toutes nos sections pour saisir l'organisation afin d'organiser des débats d'information et d'éducation sur la nécessité de la justice, de la vérité et l'éradication de l'impunité. Nous invitons les leaders d'opinion, les organisations des victimes et de défense des droits de l'homme à mobiliser les efforts sur l'exigence de traduction en justice des accusés de crimes. Cette étape incontournable devra être suivie de l'organisation d'une consultation nationale de vérité et de justice sans laquelle les ferments d'un passé non géré continueront à attenter à l'avenir de notre pays.
La commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon
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Commentaires
Koto AOT, rien de tout cela ne sera possible tant que ce sont les bourreaux arrogants qui refusent de reconnaitre leurs crimes qui sont au pouvoir. On oublie souvent que c'est une victime, Mandela, qui etait au pouvoir pour organiser la reconciliation et des blancs repentants qui ont accepte de temoigner leurs crimes. Ce qui n'est pas le cas chez nous.
D'accord avec toi mais relis bien mon point 1 qui est toujours a mon avis la seule solution possible pour contrer cela - si bien sur comme tu le dis celui qui dirige a les mains propres, même s'il n'est pas victime directe.
- Je veux dire tout simplement que la Vérité historique ne sera écrite ni par les bourreaux, ni par les victimes comme pour l'apartheid.
Personne n'a discuté la barbarie et la criminalité de cette politique raciste parce que ce sont tous les hommes démocrates qui l'ont decrite - pas seulement Mandela ou P. Botha...
Koto AOT, rien de tout cela ne sera possible tant que ce sont les bourreaux arrogants qui refusent de reconnaitre leurs crimes qui sont au pouvoir. .
D'où la priorité absolue à accorder à la lutte ciblée contre ces bourreaux au lieu de faire focus sur des élections gagnées d'avance. Que ce soit par l’insurrection, l’élimination physique, le sabotage et la destruction de toutes leurs réalisations etc. tout est permis contre des criminels dans un pays sans justice. C’est quand l’ANC a fait recours à ses méthodes qu’il a été entendu, même par un régime 10000 fois plus fort que les résidus du PDG-AST de notre pays. À Soweto on passait le collier de feu aux traitres. Ce sont ces actions et beaucoup de sacrifices qui ont permis à l’une des victimes d’être président et de faire la réconciliation.
Mais en Guinée où l’on est doué pour construire les maisons par le toit, on commence par la réconciliation alors que les criminels se baladent en liberté.
Les fonctionnaires de l’opposition refusent de préparer les jeunes au combat contre les assassins connus. Ils les entrainent vers des marches où ils se font canarder. On a perdu 25 ans de « multipartisme » à faire des enterrements et à pleurnicher sur notre sort. Chaque opposant veut assister aux lendemains de la victoire sans préparer le combat. Il est grand temps d’en finir avec cette maladie. Il faut partir de zéro pour mobiliser les personnes motivées et prêtes à mourir pour la cause juste de la reconstruction de notre pays. Contrairement à ce qu’on croit, il y en a. Mais, comme on est dans une société conservatrice et conformiste, ces patriotes ont du mal à trouver leur voix. Question de temps. In chah Allah.
Wasalam.
K. Ba
Entièrement d'accord avec vous et il ne faut pas prendre les victimes pour des toto et des amnésiques.
- Pour le cas de la Guinée et au vu de l'arrogance des bourreaux et de l'hypocrisie en cours, il faudra effectivement innover par un processus avec 2 étapes non jumelables :
1- un "processus de Vérité et Justice" piloté par des professionnels expérimentes dans la matière et entièrement indépendants de tous les acteurs directs.
2- un "processus de réconciliation" qui permettra ensuite de parler enfin de reconstruction nationale.
Il n'y aucune autre option qui marchera chez nous...
Koto AOT, rien de tout cela ne sera possible tant que ce sont les bourreaux arrogants qui refusent de reconnaitre leurs crimes qui sont au pouvoir. On oublie souvent que c'est une victime, Mandela, qui etait au pouvoir pour organiser la reconciliation et des blancs repentants qui ont accepte de temoigner leurs crimes. Ce qui n'est pas le cas chez nous.
- Pour le cas de la Guinée et au vu de l'arrogance des bourreaux et de l'hypocrisie en cours, il faudra effectivement innover par un processus avec 2 étapes non jumelables :
1- un "processus de Vérité et Justice" piloté par des professionnels expérimentes dans la matière et entièrement indépendants de tous les acteurs directs.
2- un "processus de réconciliation" qui permettra ensuite de parler enfin de reconstruction nationale.
Il n'y aucune autre option qui marchera chez nous...








