Boubacar Barros Diallo Lundi, 17 Septembre 2012 09:40
Suite de la discussion avec Tonton : « fiston, sa vie durant en France, Alpha n'a jamais participé à un débat intellectuel sur la Guinée, il n'en est pas capable et a toujours évité les situations qui risquent d'exposer ses carences devenues ses complexes. Ainsi, devant les intellos, il faisait toujours allusion à « son réseau et à ses soutiens étrangers » pour démontrer que lui aussi vaut quelque chose puis, devant le citoyen non averti, il se faisait passer pour un savant. Sa technique est simple : lorsqu'il est en présence de ceux qu'il est obligé de respecter, il se tait écoute et enregistre pour aller, plus tard, reprendre leurs réflexions lorsqu'il est en face de ceux qu'il considère moins intelligents/instruits que lui. Avec le recul on réalise que le boulot a toujours été fait par d'autres, lui ne fait que gueuler sur tout le monde lorsque ça ne fonctionne pas, ou récolter les lauriers si c'est le contraire. Voilà qui explique son arrogance dès qu'on le coince un peu intellectuellement et pourquoi le RPG s'est vidé de sa crème, de ses hommes de conviction. Tous ceux qui l'ont côtoyé peuvent en témoigner ! De nos jours, Il n'y a que ceux qui ne le connaissent pas pour le suivre ». Président, cet homme sera une catastrophe.
Tonton, ceci me fait penser, aujourd'hui, à ces « jeunes cinquantenaires » et soutiens d'Alpha: ils se disent intello, parce qu'ils fréquentaient des intellectuels ; politiciens parce qu'ils accompagnaient certains leaders ; et même sportifs parce qu'ils vont au stade applaudir leurs amis d'enfance...Leurs seules compétences, qu'ils vendent à leur patron au « marché de la réconciliation » (Titi Sidibé) : l'arrogance et les réseaux qu'ils prétendent pouvoir mobiliser. Même leur boulot (mobiliser) est fait par d'autres !
1) Affaire des 700 et 25 millions de dollars, et si l’incompétence et le mensonge cachaient la grande illusion: la Paie de l' opposant devenu président? (suite 2)
Suite de ce que nous savons déjà.
Erratum : je viens de réaliser que dans la précédente partie j'avais dit que RT avait encaissé 1,4 Mds $ de CHINALCO en « 2008 ». C'était plutôt en 2010. Sorry !
J'avais conclu la deuxième partie de cette série en disant que les « rapports financiers 2011 (cliquez sur les liens en bleu pour lire ses déclarations) de Rio Tinto disent qu’elle n’a pas payé de « pénalité » à Alpha. Au contraire... J'y reviendrai ! ». Pour rappel j'avais expliqué qu'il y avait peu de chances de voir Rio Tinto mentir à la face de tous ceux qui la surveillent, à travers ces rapports, contrairement à notre PRG qui ne veut pas d'Assemblée nationale.
Poursuivant l'analyse du contrat tel que présenté dans les É/F on note en page 192 que : « le montant 1,35 Mds $ payé par CHINALCO est un apport en capital qui figurera dans les capitaux propres/actions (equity) et les 700 M $ (settlement sum) sont présentés comme un paiement d'avance (prepayment) pour un actif incorporel (intangible asset) ».
Explication : il faut d'abord dire que du point de vue comptable (et même financier), il s'agit ici de 2 transactions distinctes (la presse a souvent tendance à lier les deux insinuant que les 700 M $ représentent une partie de la plus value) : 1- dans un premier temps, pour créer une Joint Venture, RT encaisse 1,35 Md $ et cède des actions (et non un de ses actifs) en contrepartie ; CHINALCO a ainsi acheté le droit d'être partiellement propriétaire (44,65%) de CHALCO JV (joint venture) en versant un ticket d'entrée à RT qui lui cède les droits contractuels correspondants. Ensuite, CHALCO JV obtient 47 % de SIMFER (que RT détenait déjà à 95%). 2- Cette dernière échange un actif court terme (700 M$) contre un actif long terme : son actif net (sa véritable valeur) ne change donc pas. Une pénalité aurait au contraire réduit sa valeur parce qu'elle n'aurait rien acquis en retour de la baisse de son encaisse de 700 M$.
Résumé : RT vend à CHALCO JV (qu'elle détient maintenant avec CHINALCO) une partie de SIMFER, entité désormais détenue par les deux partenaires, qui paie à son tour 700 M $ pour obtenir une concession minière.
Tout ceci parait très bien dans le monde de la spéculation boursière et on est loin de la gestion court-termiste de nos champions du négoce : c'est ainsi par exemple que l'action d'Apple grimpe chaque fois qu'elle annonce la sortie prochaine d'un nouveau produit ou qu'on vend un baril de pétrole avant qu'il ne soit pompé (j'y reviendrai). Un cas d'école qui m'emmène au mensonge suivant !
TROISIÈME MENSONGE (et j'arrête là) : Alpha Condé serait plus préoccupé par les autres avantages liés au contrat que par l'argent.
C'est en substance ce qu'on peut retenir des propos du conseiller juridique du ministère des Mines qui, dans un ton condescendant comme en ont le secret les « cadres incompétents » d'Alpha Condé, essayait de ridiculiser le Lynx et Guineenews.
En dehors des nombreuses « premières fois » et références à son maitre, je sollicite l'aide de bonnes volontés pour décoder, clairement, ces autres avantages que la Guinée tirerait de ce projet. Notons tout de même qu'il est question de : construction de chemin de fer (j'y reviendrai) ; de 35 % d'actions que détiendrait le gouvernement guinéen à terme ; de taux d'imposition et de congé fiscal. En attendant de voir un document officiel et fiable du côté guinéen, je vais encore préférer les É/F de l'entreprise comme principale source d'information ; si le gouvernement estime que le peuple ne mérite pas de savoir ce qu'il prétend avoir obtenu, en plus, RT est obligée de dire ce qu'elle a acheté avec cet argent. Examinons les autres avantages tels qu'indiqués :
- Fiscalité (page 192, dernier par.):
RT ne commencera à payer des impôts que 8 ans après avoir déclaré son premier bénéfice. En supposant que ses performances lui permettent de réaliser un bénéfice, avant impôts et amortissement, constant de 70 M$ dès la première année, avec un amortissement linéaire (straight line, page 163 note (c)), les 700 M$ lui permettraient de gagner 10 ans (700/70) de congé fiscal plus les 8 années mentionnées (18 ans au total). Ce qui n'est pas dit dans le contrat c'est qu'aussi longtemps que la production n'aura pas commencé, on ne parlera pas d'impôts ou d'exemptions : ces 18 ans par exemple ne conteraient qu'à partir de la date de première production prévue, soit « 2015 au plus tard ». Et presque (la très vaste proportion) toutes les dépenses que RT engage depuis qu'elle est en Guinée sont capitalisables et amortissables plus tard. De plus, elle est exemptée de TVA et de frais de douanes sur tous les biens qu'elle va importer.
Résumé : il faut d'abord commencer à produire, déclarer des bénéfices, profiter des exemptions avant que la Guinée n'obtienne le moindre sou : ça risque d'être très long !
Le cas échéant, rien que le congé de 8 ans pourrait justifier le paiement de 700 M$ : imaginez un bénéfice imposable d'1 Md$ par an, la Guinée devrait ainsi renoncer à 300 M$ (taux de 30 % ) chaque année. Notre conseiller rétorque que « c’est injuste de s’attaquer à un accord qui n’a fait que reprendre les dispositions des lois du pays. En attendant les nouvelles lois, nous sommes obligés de respecter nos lois en vigueur » .
Mais qu’est-ce que Changement-Manguè comptait donc apporter avec son « nouveau code minier » ?
- La Guinée actionnaire à 35 %, à terme (page 193):
À ce propos notre conseiller, après « analyse sérieuse du coût-avantage » nous apprend que « pendant la période de congé fiscal, les recettes de la société augmentant, les recettes de l’État-actionnaire augmentent également ».
Examinons le sérieux de cette analyse: ramenons le congé à un total de 10 ans après la première déclaration de bénéfice qui, elle-même, surviendrait dès la première année d'exploitation (2015) et supposons que la Guinée arrive à acheter les 10 % d' actions au coût historique avant 2015, nous aurons donc 7.5 + 10 + 7.5 = 25 % des actions (nous n'aurons 30 % qu'en 2026 soit 15 après le décret) et supposons que SIMFER réalise un bénéfice exempt d'impôt de 100 M$/an et que ce montant est entièrement distribué aux actionnaires, c'est donc 25 M$ qui reviendraient à la Guinée, chaque année. Beaucoup moins (15 M$) si nous n'arrivons pas acheter les 10 %. À contrario, sans congé fiscal, dès la première année la Guinée encaisse 30 M$, rien qu'en impôts ‒ et plus, si nous détenons un certain nombre d'actions (15 % gratuites) ‒ sans être obligé au préalable de payer (achat d’actions). C'est peut-être la science RPG-Arc-en-ciel d'Ousmane Kaba (un autre économiste) qui expliquait à Paris pendant les élections que 18 % d'une population est plus grand que 43 % de la même population. N'est-ce pas génial le changement ?
Plus loin, au point 8 de sa réaction « contre » Guineenews, notre ami parle d'un autre exploit : grâce à changement-Manguè « la participation de l’État qui était de 20 % payantes » est...toujours 20 % payantes + 15 % « gratuites » que RT nous offre dans les 5 premières années suivant la signature. Concernant les premières 10 % payantes, notre conseiller devrait maintenant savoir que le FMI déconseille fortement de s'endetter pour autant d'argent (estimé: 4,6 Mds pour le total des 20%) et suggère que la Guinée ne profite pas de cette option d'achat. En langage diplomatique cela signifie : interdit de faire cette folie si vous tenez à devenir PPTE. Autrement dit, Alpha aurait dû accepter les 15 % « gratuits » et continuer son improvisation avec patron-FMI-il est beau-il est gentil (qu'il l'admette ou pas c'est elle qui dirige de fait, actuellement).
L'exploit aurait été, par exemple, de transformer les 20 % payantes en actions gratuites ! Et puis, combien restera-t-il des blocs 3 et 4 de Simandou en 2026 et 2031 lorsque la Guinée pourra s'offrir le reste des actions (en supposant qu'elle en ait les moyens, bien entendu) ?
Si ceci traduit une vision long-termiste, ça craint pour notre avenir !
Sur ce chapitre donc, c'est à se demander si notre conseiller du gouvernement n'est pas aussi salarié de l'entreprise (est-il seul ?), en le lisant on a l'impression qu'il justifie et défend bien les avantages conférés à RT, mais est incapable de dire clairement ce que la Guinée en tire. Une bonne indication de l'état d'âme (moral des troupes) avec lequel « les incompétents » d'Alpha ont négocié ce contrat. Le comble du ridicule, c'est lorsqu'il fait allusion aux intérêts que les 700 M$ pourraient rapporter dans un compte bancaire. Ce genre de gratuités renvoie à l'exemple « de la poule et du poulailler » (préférence de Fatoumata L. qui estime que les Guinéens ont trop faim pour qu'on leur parle toujours de rares $ ou FG) dont j'ai parlé dans le texte précédent. Ainsi réfléchissent les piètres gestionnaires : pourquoi créer des entreprises alors qu'on pourrait simplement déposer nos maigres économies dans un « compte en attente en Suisse » ?
On peut tester d'autres gratuités mais j'arrête-là pour l'instant : c'est trop facile ! Le pauvre devait certainement justifier le fait qu'ils aient « poussé, poussé et encore poussé » (rien que trois fois !) Alpha Condé à signer. Et puis, pour passer pour un génie en Guinée, il suffit de répéter les théories récitées et d'égrener un chapelet de vœux, à chaque occasion. Au fait, ce conseiller était- il obligé, lui aussi, de parler de « syndrome hollandais » ? Qu'est ce que le FMI leur à mis dans la tête avec cette théorie pour qu'on la retrouve partout ?
Maintenant nous savons que, contrairement aux propos du conseiller juridique et de son grand-maître, ces 700 M$ ne sont pas un « accord transactionnel ou une pénalité » et s'ils ne sont pas un bonus (pour Alpha Condé ?), ils sont clairement une «avance» payée pour des avantages futurs.
Woulé bélé-bélé (Gros mensonge) !
Cependant, il est important de se souvenir qu’Alpha Condé « contrôle et surveille tout »; que « RT a voulu se protéger du nouveau code minier » ‒ qu'il brandissait comme une menace et qui ne sera rédigé que beaucoup plus tard ‒ « en prenant immédiatement contact avec lui dès son investiture »; que c'est lui qui, « en bon démocrate, aurait redirigé les patrons de RT vers ses ministres pour les négociations ».
Woulé falléé kha Manguè (chef des menteurs)!
À suivre…
Montréal le 16 septembre 2012
Boubacar Barros Diallo
Mon âme, mon corps, mes biens (même ceux que nous avons en commun) ne constituent pas ta propriété privée; tu ne peux pas en disposer comme tu veux ! Qu'on ne me parle pas de respect de l'autorité de l'État, je n'ai pas trouvé de synonymes à mensonge, menteur, voleur, incompétent, assassin, etc... qui soient respectueux d’une quelconque autorité !