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En Guinée, la fête du Ramadan tourne à l’affrontement à Kissosso
Lamarana Petty Diallo Mardi, 21 Août 2012 10:05
Dans un récent article, je disais que la Guinée va de crise en crise parce qu’il n’y a plus un jour ou une semaine qu’un conflit social n’éclate. Les affrontements en ce jour de fête à la mosquée de Kissosso, quartier de la banlieue de Conakry, n’auront pas démenti mon propos.
En effet, les musulmans du monde entier communient dans la ferveur, après 30 jours de jeûne et d’adoration, l’Aïd El Fitr qu’on appelle communément fête du Ramadan. La Guinée et certains pays de conflits comme la Syrie font exception.
En Guinée, toutes les occasions sont bonnes pour mettre à jour les tensions qui ont été instaurées par le pouvoir actuel. Mais, avant de revenir sur les raisons qui poussent le système politique guinéen à entretenir ces tensions, j’évoquerai ce qui s’est passé dans le quartier de Kissosso.
En ce matin du 19 août 2012, les fidèles musulmans de Kissosso convergent vers la mosquée de leur quartier pour s’acquitter de leur devoir religieux. Comme dans toute mosquée, c’est l’imam désigné par consensus sur le critère de la foi, de la moralité et de la connaissance des Ecritures Saintes qui officie ou dirige la prière. Mais, à Kissosso, c’était compter sans la volonté satanique des affidés du pouvoir politico-ethnique de semer la confusion dans le but avoué de provoquer un conflit ethnique. A cette fin, les autorités désignent un autre imam, en l’occurrence un Soussou, à la place de l’imam titulaire qui est Peul.
Tout naturellement, les fidèles se divisent en deux camps et une guerre rangée éclate. La bagarre dure toute la matinée. Entre autres conséquences, les croyants qui ont jeûné pendant 30 jours dans la foi, mais aussi dans la souffrance, ne peuvent prier.
Malheureusement, la matinée n’aura pas suffi pour calmer les esprits. C’est ainsi qu’aucune prière n’aura lieu à Kissosso durant toute la journée de ce 19 août 2012. Les partisans du premier imam s’opposent par tous les moyens à toute prière qui ne serait sous l’office de celui-ci qui, des décennies durant, officie dans leur mosquée. Cet imam a, de surcroît, largement contribué à la construction de la mosquée dont il a été l’un des principaux bailleurs. Les adeptes de l’imam désigné par le pouvoir voudront coûte que coûte imposer le leur.
Mais quelles raisons justifieraient cette tentative d’usurpation ? El Hadji Boubacar N’Diarè ne se prête pas au jeu du pouvoir qui consiste à faire des louanges au système en place. Cela contrairement à certains qui ne se gênent pas de se plier à la tentation de l’argent facile.
El hadji Boubacar N’Diarè n’ayant pu honorer le devoir que les fidèles croyants lui ont confié sur la base des critères énoncés ci-haut, aucun autre ne le fera à sa place. C’est au prix de plusieurs arrestations, de brimades et de violences de toutes sortes que les citoyens ont empêché la main- mise du pouvoir sur leur mosquée. Il y a beaucoup de personnes qui sont actuellement détenues dans les services de sécurité de la commune de Matoto. Des citoyens qui jeûnent 30 jours et qui, « le jour de la coupure » sont violentés, arrêtés et séquestrés.
Peut-on dire que la paix règne en Guinée ? Que la démocratie tant rêvée est là ? Dommage, ce sont ceux qui parlent de législatives dans les conditions actuelles qui semblent rêver car, rien n’est possible à l’allure où vont les choses.
Aux arrestations s’ajoute la fermeture de la mosquée. Et tout naturellement, le réveil du démon de l’ethnocentrisme dans un quartier réputé être proche de l’opposition et où cohabitent des populations d’origines diverses.
Vouloir enflammer Kissosso, en arrêtant les jeunes dont le dynamisme et la détermination pour le combat démocratique sont bien connus, vise à perturber les manifestations annoncées par l’opposition dans les jours à venir. Le pouvoir veut amputer l’opposition d’une partie de ses forces vives.
Une autre raison inavouée, c’est évidement de faire oublier les évènements de Zogota et d’ailleurs en créant une autre source de conflit. Du coup, les regards se tourneront vers ce quartier qui serait moins médiatique, pense-t-on. Mais, allumer un feu pour éteindre un autre risque un jour d’embrasser la forêt entière.
Le pouvoir guinéen semble être pris de panique face aux évènements de Zogota, de Siguiri et aux manifestations contre les délestages de courant et de manque d’eau à Conakry. Ne parvenant à trouver une solution viable ni pour l’usine de Fria, symbole de l’économie guinéenne, ni pour les conflits évoqués, il cherche à détourner l’attention. Son but est de transformer les crises successives qui le menacent directement en conflit ethnique opposant Peuls et Soussous. Les Peuls étant, bien sûr, au centre du conflit. C’est là une manière de rééditer l’exploit de « l’empoisonnement des militants du RPG » au Palais du peuple. La finalité, on le comprend aisément, étant le retournement de la crise contre les ennemis jurés de toujours.
Opposer les Soussous et les Peuls, comme ce fut le cas naguère sous Moussa Dadis Camara en opposant Forestiers et Peuls pour se poser en arbitre, ne marchera plus. Le stratagème est désormais bien connu. En fait preuve, la mobilisation massive des associations de toutes origines en faveur de Zogota. Exception faite de… Suivez mon regard !
Pour semer la zizanie à Kissosso, des escrocs auraient été contactés nuitamment et achetés au prix de billets de banque. Encore une habitude comme ce fut le cas à Fria, Zogota et ailleurs. Rien d’étonnant car le corrupteur croit que l’argent ou les sacs de riz réparent les vies, remplacent le travail des ouvriers ou achètent la foi.
L’un des leaders de l’opposition, Mouctar Diallo, pour ne pas le nommer, qui avait dit que le pouvoir guinéen actuel est une sérieuse menace, n’a sûrement pas tort. Tous les jours qui passent nous en donnent la preuve.
Tout indique que le gouvernement guinéen, on ne le dira jamais assez, joue avec le feu. A force de provocation, d’arbitraire, de brimade, de discrimination, les gens choisiront la vie ou la mort. Ils se battront pour leur dignité et pour la liberté. A ce moment-là , rien ni personne ne pourra les arrêter. Les événements de 2006 à 2010 le prouvent éloquemment.
Le pouvoir de M. Alpha Condé devrait savoir qu’il y a une révolution manquée en Guinée. C’est maintenant qu’elle se joue et elle arrivera un jour ou un autre. Alors, seront balayés tous ceux qui ont les mains souillées du sang des innocentes victimes de 1958 à nos jours. Ces personnes qui trônent au sommet de l’Etat, qui sévissent dans l’armée et dans l’administration, n’échapperont pas à la roue de l’histoire. Plus ces gens s’entêtent dans la bêtise, le déni, la corruption et le crime, plus grand sera le châtiment.
Tout détenteur de pouvoir doit savoir que les victimes seront vengées. L’arbitraire réparé. Mais, les Guinéens ont compris que cela se fera dans le combat pour la liberté, la démocratie et la paix. Ils ne se contenteront plus de simples prières. C’est pour cette raison qu’ils ont bravé des hommes armés. Hélas, il a fallu qu’ils passent sur les corps de proches pour obtenir le peu d’acquis que le gouvernement actuel est en train de saborder. Oublier ces faits de notre histoire récente serait une grave erreur politique.
Multiplier les conflits, entretenir les crises, provoquer les leaders politiques en s’opposant à ce qu’ils jouissent de leur droit de se déplacer (voir le cas récent de Lansana Kouyaté), ne feront qu’accélérer la marche de l’histoire. Interdire les manifestations politiques et réprimer sauvagement sur la base ethnique ou discriminatoire, loin d’intimider les gens, favorisent le terreau d’une prise de conscience collective et d’une révolution inéluctable.
La crainte est bien grande que le président guinéen actuel et son gouvernement ne finissent par liguer toute la Guinée contre le parti au pouvoir. Et surtout, contre l’ethnie à laquelle il est affilié. Ce qui serait très dommage pour celles et ceux qui n’ont rien à voir avec la politique et l’idéologie ethnico-marxiste du RPG-Arc-en-ciel.
En tout état de cause, les Guinéens ont déjà bravé pire que ce système qui, en l’espace de 2 ans, est en voie de surpasser les autres. Une évidence : seuls les pouvoirs démocratiques ont un avenir certain. Hélas, le pouvoir guinéen n’est pas de ceux- là . Par conséquent !…
Lamarana Petty Diallo
Commentaires
S'il désignent un autre imam que celui qui d'habitude fait l'office, laissons les faire si vous êtes croyants et allez prier dans une autre mosquée; ou encore, prenez une place publique pour le faire !
Vous battez vous pour prier Dieu alors que Dieu vous dit qu'il jugera selon vos coeurs, Lui qui connait vos coeurs et intentions mieux que vous même ?
Dites moi, nonobstant la mégalomanie de certaines de nos autorités dans les quartiers, aurait ce été un problème si l'imam imposé avait au lieu d'être soussou, été un peul connu pour être proche du pouvoir?
Enfin, il faut préciser que les musulmans gagneraient à mettre en place des mécanismes clairs de désignation de leurs imams, en accord avec les autorités de la ligue islamique.
Je me demande à quel niveau exactement est ce que la colère a pris le pas sur la raison dans cette folie. Pourquoi les musulmans se révolte contre cette décision certe injuste, mais qui ne vaut même pas la peine de se fatiguer, tant les mosquées et places ou prier sont nombreuses?
J'aurai été un notable peul, j'aurai déclaré à ceux qui se sont rebeller contre cette décision de ne pas s'en faire, parce que de toute façon, toutes les mosquées du fuuta sont et seront toujours majoritairement dirigées par des imams peuls. Je leur aurait dit d'aller souhaiter la bienvenue a ce nouvel imam et lui rappeler que sa priere et son discours ne se feront certe pas hors de l'Omniscience d'Allah ...
Et j'aurai demandé à tout le monde d'aller après la prière rendre visite chaleurement à l'ancien imam pour lui communiquer la solidarité entière de la communauté.
Est parce que l'imam remplaçant n'est pas peul, ou est ce parce qu'il risque de faire que les eloges du pouvoir, que les gens se sont égarés? Est ce par solidarité avec l'imam face à une injustice, ou est par ethnocentrisme en réponse à de l'ethnocentrisme que les gens se sont battus ?
C'est comme si vous me disiez que des gens se ces derniers ont voulu cacher la lumière du soleil avec leurs mains !
Personne n'est obligé de rester dans la mosquée pour suivre le discour d'un imam non véridique !








