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Un dialogue politique qui pose plus de problème qu’il n’en résout

Lamarana Petty Diallo  Dimanche, 12 Février 2012 22:07

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DIALLO_Lamarana__Petty_5_01Depuis plus de 3 mois, les Guinéens tanguent entre un pouvoir qui se dit ouvert au dialogue et une opposition déchirée entre non, oui, mais et pourquoi pas.

Dans ce jeu politique de dialogue de sourds et de chaises vides, les Guinéens ne semblent pas comprendre grand-chose. Comment pourrait-il en être autrement ? On pourrait jeter un coup d’œil rétrospectif sur ces va-et-vient entre pouvoir et opposition.


Premier épisode

L’opposition demande un dialogue à travers un mémorandum remis au gouvernement. Ce dernier reste muet comme une huître. Puis, il se dit ouvert à une rencontre avec ladite opposition. Ce fut chose faite, mais on se sépare à la queue-leu-leu. Ensuite, c’est Alpha Condé qui reçoit les leaders de l’opposition et leur distribue sa dose de promesses.


Deuxième épisode

La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) relance sa campagne de recensement sans consultation préalable. L’opposition se rebiffe et annonce « vouloir user de tous les moyens légaux pour empêcher la tenue des législatives ». Ignorant cette menace, la CENI continue de plus bel sa campagne.


Troisième épisode

Entre en lice la commission dirigée par Monseigneur Gomez et ses prélats. Oh, ces collègues ! L’opposition composée de l’ADP et du Collectif reprend espoir par l’entrée en jeu de celui à qui ils avaient reconnu une probité morale. Oubliant que sous les tropiques, la probité morale est une denrée rare, elle revient à la table négociation. La preuve, au moindre conflit, le président de la commission dite de Réconciliation se réfère à son mandataire au lieu de négocier en toute liberté et en toute indépendance.


Quatrième épisode

Alpha Condé et son ministre annoncent que les législatives se tiendront avant mars 2012 et mettent en branle leur machine à broyer l’opposition.


Cinquième épisode

Un groupe dit d’opposants centristes surgit de nulle part à la surprise générale. Ce groupe sous la houlette de Jean-Marie Doré, de Kassory Fofana, tous les deux dissidents fictifs du pouvoir et de l’Arc-en-ciel se fait appeler « Club des Républicains ». En réalité, il s’agit plus d’un « club de requins et de repus » qu’autre chose. Ceux-là se réclament du centre. Mais quel centre ? Entendu qu’il n’y a pas de parti politique qui se revendique de « gauche », ou de « droite », « républicain » ou « démocrate », comment peut-on parler de centre en Guinée. La supercherie saute aux yeux, sauf pour l’opposition. On le verra dans l’épisode suivant.


Sixième épisode

L’opposition ADP – Collectif, tout en continuant à crier sur tous les toits qu’elle n’ira pas au dialogue, surprend tout le monde en annonçant elle reviendrait si on lui accordait un certain nombre de sièges. Sans attendre ladite augmentation, la voilà de retour.

Elle rejoint, sans se fondre dit-elle, le groupe dit du Centre ou rejoint le Front Uni pour le Progrès (FDP) de Bah Mamadou Badikko qui ne se réclame pas moins d’un certain centre. Pourquoi ce retour sans conditions préalables ? Pire, en renonçant à toutes les conditions déjà posées : la dissolution de la CENI, le rétablissement des présidents des CDR et des responsables communaux ?


Septième épisode

Du dialogue, on entend plus le groupe de Badikko qui semble avoir pris de l’envol l’Alliance ADP- Collectif. En tout état de cause, l’Union des Forces Démocratiques (UFD) et le FDP, le groupe allié de Badikko, sont en train de prendre l’ascendant sur un Collectif et l’ADP qui communiquent très peu. A se demander si cette alliance n’est pas au bout des lèvres.


Huitième épisode

Des arrestations sont opérées, comme d’habitude, dans les rangs de l’UFDG qui pose moins de problème au pouvoir qu’il ne l’a faire croire. S’ensuivent les tentatives de débauchage au sein du PEDN de Lansana Kouyaté. Lequel avait essuyé quelques provocations lors de sa tournée en Haute-Guinée.


Neuvième épisode

Le plus surprenant de tout ce qui précède semble être celui-là.

En effet, sans préparation apparente le Collectif et l’ADP annoncent une journée ville morte sur l’étendue du territoire national. Inutile de dire que cela rappelle les stratégies du passé. Plutôt l’absence de stratégie.

D’un côté, rien que ce vendredi, un des leaders du Collectif, en l’occurrence Abbé Sylla annonçait qu’il est prêt à répondre à une proposition de gouvernement avec le pouvoir en place. Qu’il n’y viendrait pas tout seul et qu’il emmènerait le tonitruant Faya Millimouno. Rien de condamnable en soi. En politique personne n’est marié avec personne, dit-on.

Comment peut-on être prêt à composer avec un gouvernement et participer à une action qui lui nuit ? Comment peut-on être là-dedans et en dehors ? Comment appartenir à l’opposition et vouloir composer avec le pouvoir en place en même temps ?

On peut dire sans risque de se tromper que Faya Millimouno doit être sûrement à plaindre en ce moment. Lui qui a quitté le pays de l’Oncle Sam pour combattre un système qu’il n’a cessé de dénoncer doit tomber des nues. A moins que ses multiples prises de position aux côtés de l’UFDG aient à ce point dérangé son patron.

L’un dans l’autre, l’opposition joue gros. Cette fois-ci, elle a intérêt à réussir sa journée de ville morte.


Dixième épisode

C’est celui qui risque de se jouer après la journée de demain. Si toutefois, cette ville morte se limitait au marché de Madina et autres marchés périphériques et ne mobilisait pas le tout Conakry et les villes de l’intérieur, cela serait un grand flop.

Si cet appel capotait à l’image de la journée du 27 décembre 2011, l’opposition se serait dévoyée pour longtemps. Elle permettrait alors, par cet appel dont beaucoup doutent de la préparation, à des partis quasi inexistants et au pouvoir de crier cocorico.

En outre, la crainte est bien élevée que ce ne soit l’UFDG qui reprenne à nouveau les pots cassés en cas d’échec.

Une autre crainte, c’est un nouveau bain de sang ethnique. On a vu que lorsqu’on manifeste à Coronthi, à Sanderwalia, Téménètaye ou Almamya, ce ne sont pas les mêmes dispositions qui sont prises que lorsqu’ on manifeste dans l’axe Hamdallaye, Kaporo-Rail, Venindara, Kissosso, Bambéta, Cosa.

Espérons que l’opposition s’est préparée en conséquence. En tout cas, plus de morts inutiles. Plus d’arrestations sans raison. On sait bien qu’un habitant de cet axe est exposé aux exactions des forces de sécurité qui n’hésiteront pas à venir le réveiller et l’embarquer en l’accusant de faire la journée ville morte.

Si on arrêtait les gens demain parce qu’ils ont répondu à l’appel de l’opposition, il faudrait que la ville morte se transforme en fin de système. Au cas contraire, cette opposition doit continuer son semblant de dialogue jusqu’à ce que ce dialogue soit totalement bloqué. Dans ce cas seulement, elle devra appeler non plus à une simple ville morte, mais à des manifestations populaires illimitées.


Lamarana Petty Diallo


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