Pascal Feindouno: «Ici aussi, c’est le même ballon»

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FEINDOUNO_Pascal_2_01Surnommé le «Zidane black», Pascal Feindouno ne dribble pas les questions. Chez lui, en Guinée, le nouveau meneur de jeu du FC Sion possède un club, le FC... Feindouno.


Pascal Feindouno, franchement, qu’est-ce qui vous a attiré en Valais? Le bon air, les montagnes ou…

La Suisse est un pays que je ne connaissais pas et que j’ai souhaité découvrir. J’avais joué contre Xamax lorsque j’étais à Saint-Etienne, en Intertoto d’été. Ici, c’est joli, calme, personne n’a l’air pressé. Sion, c’est comme une famille et je suis moi-même très famille.

Quand on a joué à Bordeaux et dans d’autres grands clubs, cela ne doit pas être évident de venir poser son baluchon en Suisse, dans un championnat moins prestigieux, non?
Je ne connais pas encore la valeur du championnat de Suisse, mais je sais ce que je suis venu y chercher. On veut toujours se prouver des trucs. Je veux redevenir celui que j’ai déjà été, en offrant ce que je sais faire sur une pelouse. Et puis, ici aussi, comme partout, c’est le même ballon, et les mêmes dimensions de terrain. J’ai aussi envie de gagner des titres, des trophées. A côté de la Coupe, dont tout le monde me parle déjà, il y a le championnat, une première place à aller chercher.

En quoi la présence de Laurent Roussey a-t-elle pesé dans votre décision de signer à Tourbillon?
Cela a pesé, c’est sûr. J’apprécie tant le coach que l’homme. Je le connais et il me connaît. Laurent, il est constamment à côté de ses joueurs, étant resté lui-même très joueur dans l’âme. Il comprend le joueur que je suis et réussit à déchiffrer les hommes dans leur complexité. C’est vrai que sans lui, je ne serais sans doute pas venu ici.

Pour vous, treize ans plus tôt, tout avait commencé à Bordeaux, avec Elie Baup. Que lui devez-vous?
Ce que je suis devenu. Elie, c’est mon père spirituel. Alors que j’étais encore un gamin, très tôt, il a fait de moi un grand en me lançant dans le bain. En 1999, lors du dernier match de la saison avec Bordeaux au Parc des Princes contre le PSG, je me souviens encore très bien de ce qu’il m’avait dit avant que j’entre sur le terrain à dix minutes de la fin: «Petit, rentre et tu nous fais gagner.» Il avait vu juste. Sur mon deuxième ballon, j’avais inscrit le but décisif qui devait nous donner le titre de champion! J’avais 18 ans. Très vite après, je suis devenu grand, presque trop vite. Il m’a permis d’être ce que je suis. Il n’a pas cherché à me changer 

S’il fallait n’en citer qu’une, quelle serait la qualité qui vous caractérise le mieux?
La gentillesse. Je souris tout le temps. (Il éclate de rire.) J’aime aller vers les gens, discuter avec eux. Ici, j’ai été accepté tout de suite, comme si je faisais partie de l’équipe depuis plusieurs années. C’est fort car ce n’est pas partout comme ça. Parfois, la greffe ne prend pas, on peut être repoussé.

Tout le monde voit en vous un leader mais est-ce vraiment ce que vous êtes?
Pas forcément. Si je le suis, c’est naturellement, mais sans chercher à l’être. Dès l’instant où vous êtes expérimenté, on vous considère comme un leader pour les jeunes. C’est ce que je vis depuis longtemps avec les Syli.

Les quoi, pardon?
Les Syli, les Eléphants de Guinée, en sélection nationale. Je me prépare à vivre ma quatrième Coupe d’Afrique des nations. On est premier du groupe devant le Nigeria. Il nous manque un seul point pour décrocher notre billet. On reçoit l’Ethiopie le 2 septembre.

Otez-nous un doute: est-ce vrai que vous possédez votre propre club, le FC Feindouno, basé à Conakry, ou n’est-ce qu’une légende?
C’est vrai. On a créé le club en l’an 2000, avec un ami d’enfance. J’en suis le président d’honneur. On vise la promotion en 2e division. S’il y a du monde au match? Oh, en Afrique, le foot, c’est la fête. Même dans les rues, c’est rempli.

Quel est le budget du FC Feindouno?
On n’a pas de budget. Les maillots, les équipements, les ballons, les salaires, c’est moi qui donne tout.

Très vite, on vous a présenté comme le «Zidane black». Comment avez-vous vécu avec cette prestigieuse comparaison?
D’un côté, c’est plutôt flatteur d’être comparé à Zidane. De l’autre, j’aurais parfois préféré que l’on me surnomme le «Pascal black» afin de reconnaître ce que je suis moi-même. J’ai essayé de me défaire de cette étiquette, mais elle était bien collée. Avec Zizou, on s’est parfois croisé, on a discuté de ça. On a un grand ami commun en la personne de Dugarry.

Une autre étiquette vous a collé à la peau, celle d’un joueur qui passe ses nuits dans les boîtes, aime sortir et faire la noce, notamment lors de votre deuxième année à Saint-Etienne. C’est vrai ça, vous êtes un infatigable oiseau de nuit?
C’était vrai. Mon mariage m’a permis de mettre de l’ordre dans ma vie. J’en avais besoin. Avant, quand j’étais seul, je n’avais pas ma vie, celle-ci ne m’appartenait pas, ou plutôt m’échappait. Quand vous n’avez pas de limites, vous les dépassez parfois sans même vous en apercevoir. Maintenant, avec la naissance de mes trois enfants aussi, ce n’est plus pareil. C’est toujours le même Pascal, mais Pascal a mûri, il s’est calmé. Regardez, mes trois enfants me suivent partout, leurs prénoms sont là, tatoués sur mes bras.

Hormis une escapade de six mois sur le Rocher qui s’est soldée par la relégation de Monaco, vous venez de passer trois ans dans le Golfe. Et là, alors que les candidats à l’exil doré vantent généralement le défi sportif qui les attend là-bas, vous, vous brisez le mythe en clamant haut et fort que c’est l’argent seul qui vous y a attiré. Courageux, non?
Je l’ai dit parce que c’est la vérité, c’est tout. Il faut arrêter de raconter des salades, que l’on va jouer dans ces pays-là pour l’enjeu sportif. C’est l’argent facile qui dicte les comportements. Ce sont des raisons purement économiques qui m’ont conduit au Qatar. Si quelqu’un, alors que vous gagnez 1000 euros jusque-là, est prêt à vous en offrir un million ailleurs, vous lui répondez non merci? Non, comme moi, vous courrez, vous fuyez votre univers pour le suivre. C’est ce que j’ai fait. (…) Est-ce de ma faute si je suis un privilégié? Chacun son boulot. Untel est maçon et ne peut pas être footballeur. Moi, je sais jouer avec un ballon sans savoir ériger des murs.

Vous parlez de ballon, que représente-t-il pour vous?
Un grand ami, dont il faut savoir parfois se détacher à temps.

Compte tenu de votre personnalité rayonnante, avez-vous été sollicité pour faire de la politique?
Oui, même souvent, mais j’ai toujours refusé. Je laisse ça à ma femme. Je préfère agir au quotidien, avec des fondations venant par exemple en aide aux enfants malades ou défavorisés, que de me battre pour des idées.

Le bonheur pour Paski, c’est quoi?
Etre heureux avec soi-même et son entourage, ressentir un sentiment de paix intérieur, de plénitude. Le bonheur, je le vois comme une accumulation de petites choses simples mais parfois compliquées à mettre en place dans la réalité du monde.


Isabelle Favre


Source : Lematin.ch


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Commentaires  

 
0 #3 A.Diallo 08-07-2011 19:51

Pascal,tu a le tallon,la qualite,l´espoir,la connaissance du foot.je ne sais pas meme comment te qualifier.Tu es l´un des meilleur joueur Guineens,et au Sily,tu a ta place jusqu´a preuve contraire.Cette anee je suis a la conquetre de toi Pascal,de Ibrahima traore de Stouttgart oú j´habit quelque kilometre seulement de la ville epuis aussi Bah De Stuttgart.Bonne chance a vous mes Freres.Par Camara depuis l´Allemagne.
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+1 #2 KAMANO 08-07-2011 06:01

Tous mes souhaits de bienvenue en terre Helvétique.Brille autant par ton talent que par le partage des avantages que tu tireras de l'exemple de démocratie de ce pays qui s'est construit malgré la quadripartition linguistique de sa population.
Au plaisir de te voir sur le terrain et fais nous rêver
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0 #1 Jean Nicolas Sagno 08-07-2011 04:31

Salut Pascal,
J'ai bien apprecié la définition que tu as faite du ballon rond tant qu'un ''Grand ami dont il faut savoir parfois se détacher à temps''.
Dans la perspective de cette définition magistrale, j'aimerais savoir si tu as su parfois te détacher de tes amis de la Faculté de Médecine de Gamal quand tu es devenu une star du ballon?
Bon garçon, c'est ma façon de te dire je suis fier de te voir à ce niveau de réputation dans ta nouvelle carrière au détriment de la Médecine.
Encore, beaucoup de succès à toi.
Jean Nicolas, depuis Montréal au Canada.
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