Journée mondiale du diabète : 80% des décès constatés dans les pays pauvres

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depistage_diabete_tension_01Le 14 novembre dernier, la Guinée, à l’instar des autres pays de la planète, a célébré la journée mondiale du diabète. Tout comme les trois précédentes années, le thème de cette année a porté sur : « Education et prévention du diabète : maitrisons le diabète maintenant Â». La ville de Boké a servi de cadre pour le lancement de cette journée. L’événement a été organisé par le programme national intégré de la lutte contre les maladies non transmissibles en collaboration avec le ministère de la Santé, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et Sanofi Aventis.

Cette journée a été consacrée au dépistage volontaire des populations. A Boké, une équipe de diabétologues conduite par le coordinateur national du programme intégré de la lutte contre les maladies non transmissibles, le professeur Naby Moussa Baldé, était sur place pour le dépistage volontaire et la sensibilisation. La grande mosquée et l’hôpital préfectoral de Boké ont servi de lieux de dépistage pour les populations. L’information qui avait été diffusée, la veille, à la radio et dans les centres religieux, a permis une forte mobilisation. Et dès après la prière de l’aube, des centaines de personnes (hommes, femmes), la plupart âgées, sont venues se faire dépister. Pour voir leur taux de sucre et leur tension.

Ce dépistage gratuit a suscité un réel intérêt chez les citoyens qui ont saisi l’occasion pour connaitre leur état de santé. « Je suis venue voir si je n’ai pas le diabète ou la tension. C’est une occasion pour nous les vieilles personnes de se faire consulter Â», a confié Fatoumata Touré. Comme elle, beaucoup d’homme et de femmes ont fait le dépistage. Ceux qui ont un taux de sucre élevé sont priés d’aller à l’hôpital pour la confirmation ou l’infirmation de la maladie.

Après cette opération de dépistage, qui a permis au Pr. Naby Baldé et son équipe de camper la situation diabétique à Boké, le lancement officiel de la journée mondiale a été fait au centre régional de formation et recyclage en santé, sis dans l’enceinte de l’hôpital, sous l’égide du directeur régional de la santé de Boké, Dr Mamadou Diouwé Barry. Lors de ce lancement, parole a été donnée à l’association des diabétiques de Boké pour s’exprimer sur leurs difficultés. Le vice-président se réjouira d’abord de la création de cette association. Qui abrège aujourd’hui la souffrance des diabétiques. D’autant que pour se traiter, les malades étaient obligés de faire le déplacement de Conakry. L’ouverture d’une unité de diabétologie constitue donc une véritable aubaine pour les diabétiques de la région. Mais au-delà de cet acquis, des difficultés demeurent. Selon El Hadj Camara Diambaye, vice-président de l’association des diabétiques, « la cherté des produits (l’insuline) rend difficile l’accès des patients aux médicaments ».

Au nom de l’association guinéenne d’éducation et d’aide aux diabétiques, créée en 2000, qu’elle préside, l’ex-ministre de la Santé, Mme Sangaré Maïmouna Bah indiquera qu’en Guinée, le taux de prévalence du diabète dans les zones rurales et urbaines est de 4% et 8%. Et 78% des diabétiques ne sont pas examinés.

Pour Mme Sangaré, cette célébration permet de réfléchir sur les mesures à prendre pour infléchir la tendance et pour manifester notre solidarité à l’endroit des diabétiques. Et que c’est dans cette optique, le gouvernement à travers le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique a élaboré un programme national de lutte contre le diabète et les maladies non transmissibles. Qui s’articule autour d’un certain nombre de stratégies jugées pertinentes et efficaces. Ces stratégies visent à promouvoir les bonnes habitudes alimentaires, la décentralisation de la prise en charge des cas de diabète, le renforcement de la capacité de prise en charge médicale des hôpitaux nationaux, l’amélioration de la disponibilité des médicaments (insuline), le renforcement des compétences techniques.

La présidente mettra l’occasion à profit pour réitérer la demande à la direction régionale d’œuvrer à rendre autonome l’unité de Boké. Ceci en lui allouant le bâtiment de l’ancienne pédiatrie qui pourra aussi recevoir les enfants. « Nous voulons une unité de diabétologie autonome, où les diabétiques pourront venir. Et nous voulons aussi un local pour les enfants diabétiques pour les prendre en charge assez tôt pour qu’ils ne développent pas des complications plus tard Â», plaide Mme Sangaré Maïmouna Bah.

Sur la même lancée, le coordinateur national du programme intégré de lutte contre le diabète et les maladies non transmissibles, plaide pour cette région pour une mise en place d’un nombre illimité de diabétologie suffisamment structuré à l’image de Labé et Kankan.

Le Ph Naby Moussa Baldé, donnera ensuite les statistiques issues du dépistage fait dans la matinée. Sur 401 personnes ayant fait le dépistage, 98 soit 24,41% ont un taux de sucre élevé et 35 personnes ignoraient leur statut sérologique. 166 adultes dépistés, soit 41,39% avaient un problème de tension et 56% des sujets ne savaient rien de leur statut. Il précisera que le diabète n’est pas une maladie isolée, son plus mauvais compagnon étant l’hypertension.

Parlant des enfants diabétiques, Moustapha Kouyaté, médecin pédiatre de l’unité de diabétologie au CHU Donka, dans un exposé laconique, explique que depuis 2009 le nombre d’enfants diabétiques a littéralement explosé pour atteindre le chiffre de 245 en 2012. Il dira que le plus jeune diabétique a 3 ans et vit à Boké. Le Dr Kouyaté indiquera aussi qu’au moins 10% des diabétiques sont hypertendus, 58% meurent par crise cardiaque et 80% des décès sont constatés dans les pays pauvres.

Le directeur régional de la santé, Dr Mamadou Diouwé Barry, qui a présidé la cérémonie de lancement dira tout son soutien au programme et s’engagera pour l’ouverture d’une unité autonome de diabétologie à Boké.

Il faut noter qu’en prélude à cette journée, une vidéoconférence entre trois pays, le Sénégal, le Congo Brazzaville et la Guinée, a été suivie, portant sur la situation diabétique dans ces régions du continent. Et si le Sénégal et la Guinée se réjouissent d’ores et déjà des efforts consentis pour améliorer la prise en charge des diabétiques, il faut cependant préciser que beaucoup reste encore à faire.


Samory Keita
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu

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