Constitution guinéenne : le juriste Mohamed Camara revient sur les attributions du PM

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CAMARA_Mohamed_01Il s’agit de l’universitaire Mohamed Camara qui, dans cet entretien, lève un coin du voile sur les attributions du locataire de la primature en se basant sur une lecture de la constitution guinéenne. Le juriste Mohamed Camara assure que le poste de Premier ministre a été institutionnalisé depuis 2010. Et que 7 articles lui sont consacrés à cet effet…


L’indépendant : Peut-on savoir quelles sont les attributions du Premier ministre selon la constitution guinéenne ?

Mohamed Camara : En application des articles 52 et suivants de la constitution guinéenne du vendredi 7 mai 2010, le Premier ministre a d’abord un poste constitutionnalisé en Guinée. Sur les 162 articles de la constitution, il y a 7 articles qui lui sont consacrés, les articles 52 et suivants. Le Premier ministre étant chef du gouvernement, il est donc nommé par le président de la République, qui peut le révoquer. Il est chargé de contrôler, tout en impulsant l’action du gouvernement. Avant le démarrage des activités du gouvernement, il propose non seulement la structure mais aussi la composition du gouvernement, c’est pourquoi il est nommé en premier.


Donc, c’est à lui de proposer la structure et la composition du gouvernement ?

Il a un pouvoir de proposition et non d’imposition. Donc il suggère au président de la République la structure du gouvernement. Pourquoi la structure du gouvernement est importante, c’est pour éviter le pilotage à vue.


C’est-à-dire ?

Imaginer qu’on nomme simplement des gens et après on se rend compte qu’on doit créer un autre ministère qui allait s’occuper de tel domaine en terme de priorité. On allait mettre les charrues avant les bœufs. C’est pourquoi, il est bon d’abord de présenter la structure du gouvernement avant de composer l’équipe.


C’est ce qui a été fait récemment ?

Exactement, c’est comme cela que ça se fait. On devrait éviter simplement de reproduire les schémas risqués du début de mandat 2010. Parce que là, il y avait des ministres qui avaient été nommés bien avant le Premier ministre. Et le Premier ministre avait été nommé avec 17 autres ministres en même temps. Pratiquement ce n’est pas une très bonne chose. Voilà un peu l’une de ses prérogatives. Aussi pour apaiser le climat social le Premier ministre en application de l’article 58 de la constitution, il doit nouer le dialogue avec les acteurs politiques et sociaux. Ça permet de calmer les esprits à travers la définition d’un calendrier de rencontres périodiques avec la classe politique, pour passer en revue les problèmes d’intérêts nationaux et puis comment négocier avec les structures syndicales, pour que le gouvernement puisse bénéficier d’une période de trêve syndicale. Donc, une période sabbatique permettant ainsi au gouvernement de continuer à poser des actes et à satisfaire le besoin d’intérêt général de la population sans être confronté à un certain nombre de mouvements de revendications grévistes.


En tant que citoyen que souhaiteriez-vous que le nouveau Premier ministre fasse pour l’intérêt général de la population guinéenne ?

C’est de se mettre au travail. Heureusement que lui a une chance en tant que Premier ministre, disposant de plusieurs cordes à son arc : étant issu du secteur privé, connaissant un peu l’administration aussi. A la limite, il a une marge de manÅ“uvre qui dépasse certains autres Premiers ministres. Le treizième Premier ministre de la Guinée a une marge de manÅ“uvre beaucoup plus grande en tenant compte de son background et de la multiplicité des cordes à son arc. Ce qui veut dire que si ce n’est pas ici, c’est ailleurs. Son travail avec le président de la République ne doit pas être un duo qui se transforme en duel. Ça doit être une complémentarité de manière à ce que le pays avance. Donc, l’exécutif a deux têtes. Ce duo-là ne doit pas créer un bicéphalisme au relent d’un duel. Ce qui peut envenimer la situation, ce qui n’est pas bon. Le pays a besoin de stabilité institutionnelle, de compréhension entre les institutions dans le respect d’application des normes et l’observation de tout cela par les citoyens, en le réalisant c’est une très bonne chose.


Toujours pour le bien de la vie nationale, que la société civile doit-elle faire?

La société civile doit être à équidistance entre les acteurs politiques et les gouvernants de manière à jouer son rôle qui est la force de proposition, d’alerte, de veille. Puis faire des esquisses de propositions concrètes pour que les choses bougent. Il faut également éviter le parti-pris, puisque c’est ce qui peut jouer beaucoup sur la société civile.


Vous parlez de propositions concrètes. Que voulez-vous dire par là ?

La société civile peut se réunir à tout moment pour se baser sur les réalités du terrain et remonter au niveau des autorités de manière à attirer leur attention sur la nécessité d’apporter des remèdes aux problèmes qui assaillent les populations à la base, en tenant compte d’une feuille de route de mise en œuvre pratique.


Entretien réalisé par
Richard Tamone
L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
-1 #3 amadudialamba 11-01-2016 20:52

Monsieur Camara recevez ici tout mon encouragement pour votre engagement a faire connaitre a nos citoyens la règle du jeu dans notre pays. Même si la majorité des responsables du pays refusent souvent de s’y conformer. Moi je ne peux que vous adresser une citation de Monsieur Philippe le Tourneau. Un professeur émérite de la Faculté de droit de Toulouse 1. Professeur que vous devriez connaitre aussi. Cette citation est la suivante : « L’intelligence n’est pas une donnée stable et figée : Plus elle est sollicitée, plus elle augmente. Soyez actifs : Ayez la volonté d’agir de la sorte, de vous améliorer, de comprendre et d’apprendre ! C’est votre avenir que vous préparez… » : Fin de citation. N’est-ce pas, grâce en partie, à votre première sortie (audacieuse) que le Premier Magistrat du pays fut embarrassé, puis rectifié une erreur de procédure publique ? Cet acte civique de haute portée nationale, a lui seul, devrait vous valoir une grande importance au sein de l’ossature procédurière guinéenne. Certains me diront que vous êtes encore jeune. Mais un adage très connus, les répondrait immédiatement que « la valeur n’attend point l’âge ou la maturité ». Vos réponses sur les questions ci-dessus ne sont pas également exagérées. La réponse qui m’a de plus convenue c’est celle relative à notre société civile. A mon avis, notre société civile n’est plus. Elle est complètement morte ! Son militantisme en faveur des régimes qui se sont succédés surtout ces dernières années à même eu plus d’impact sur le terrain que celui des militants ordinaires desdits partis. Chose qui est vraiment regrettable aujourd’hui pour le pays.
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+1 #2 A.O.T. Diallo 11-01-2016 19:40

On peut être d'accord avec lui ou pas - comme pour Gandhi je lis sans tout comprendre dans leur charabia - j’apprécie ce juriste car comme son illustre prédécesseur il pose des questions-réponses sur chaque point juridique sous le sceau de l'analyse et permet ainsi d'ouvrir un débat qui passerait sous silence sans cela ce qui a d'ailleurs toujours été le cas avant que Gandhi ne lance cette nouvelle mode depuis quelques années.
- Par exemple qu'il ait eu raison ou pas pour la gaffe de serment PPACienne, en tout cas il a poussé le boss au mea-culpa, chose qu'aucun de nos opposants-opposés n'a jamais réussi jusqu’à présent...
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+2 #1 Celloumbah 10-01-2016 20:36

Dans un pays normal, on respecte la constitution ce qui n'est pas le cas en Guinée, les guinéens sont mal partis
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