Alsény Fadiga Vendredi, 10 Juillet 2015 17:22
Rafiou Sow, président du Parti du renouveau et du progrès (PRP), membre de la COEP, n’est pas du tout tendre avec le ministre de la Justice et garde des sceaux Cheick Sacko qu’il accuse de les avoir exclus du cadre de dialogue dont les travaux ont démarré le 18 juin dernier au Palais du peuple. Dans cette interview qu’il nous a accordée, Rafiou Sow donne sa lecture de ce dialogue et aborde le cas Faya Millimouno et Boubacar Barry.
L’indépendant : M. Rafiou Sow quelle lecture avez-vous du dialogue politique inter guinéen enclenché récemment dans l’espoir de sortir de la crise?
Rafiou Sow : Je suis très optimiste et je pense que les Guinéens sont assez mûrs maintenant pour essayer de s’entendre dans l’intérêt national. Le PRP attend que ce dialogue aboutisse à un consensus qui convienne à tout le monde pour qu’on puisse aller à des élections libres, apaisées et démocratiques.
Quel est le programme de société de votre parti ?
Le PRP est un parti libéral. Et nous avons de grands axes. Le PRP a pour objectif l’encrage de la démocratie en Guinée, les droits de l’homme et la justice. Donc, si le PRP prend à bras le corps le problème de la jeunesse guinéenne et des femmes guinéennes, nous nous battrons pour la démocratie, les libertés et la justice.
Quel est votre avis sur l’alliance annoncée entre l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et le FPDD de Moussa Dadis Camara ?
Vous savez, selon la loi tout parti politique a le droit de s’allier à un autre parti légalement constitué. Simplement nous nous posons des interrogations sur le plan moral. Est-ce que l’alliance là c’était le moment ou l’endroit où il fallait l’annoncer ? En tout cas les parents des victimes du 28 septembre 2009 sont mieux placés pour répondre et commenter cette question d’alliance entre Cellou et Dadis.
L’élection présidentielle, c’est le 11 octobre prochain. Est-ce que votre parti est partant pour la course à la magistrature suprême?
Après le mois de ramadan, le PRP se retrouvera pour débattre de cette question de candidature du PRP. Puisque le PRP est membre de la Coordination de l’opposition extra parlementaires (COEP), peut-être la COEP va présenter un candidat unique à ces élections ou elle ira en alliance avec d’autres partis. Tout dépendra des militants, parce que ce sont eux qui vont décider.
Comme vous savez la COEP est une structure politique reconnue par la constitution guinéenne. Tout dernièrement il y a eu une loi qui a été votée à l’unanimité concernant l’organisation de l’opposition. Là où on a parlé de chef de file de l’opposition. Cette loi parle aussi de l’opposition extra parlementaire.
Vous partagez donc toutes les positions de la COEP ?
La COEP est de l’opposition républicaine. Le PRP étant membre de la COEP, cela nous classe automatiquement dans l’opposition. La seule nuance c’est que dans l’opposition républicaine, il y a la COEP et il y a l’opposition présente au sein du Parlement. Simplement la COEP a suspendu ses activités au sein de l’opposition républicaine pour la contraindre à s’asseoir avec elle, pour structurer l’opposition. Nous étions dans plusieurs manifestations de l’opposition républicaine. Vous avez sans doute dû le constater.
Qu’est-ce qui explique l’absence de la COEP à ce dialogue ?
Nous avons dénoncé cela dans plusieurs médias. Il y a quelques mois, nous avons été contactés par le ministre de la Justice, Cheick Sacko, pour demander notre disponibilité à participer à ce dialogue. Nous avons répondu par l’affirmative. Malheureusement, nous attendions le lieu et la date de la rencontre. Et à la dernière minute, la COEP n’a pas été invitée au dialogue. Cela est une violation grave des lois de la constitution guinéenne. Et je suis désolé qu’un ministre de la Justice viole les lois de la République, car c’est la constitution guinéenne qui reconnaît la COEP. Je crois que Cheick Sacko reviendra à de meilleurs sentiments. Et que prochainement, nous serons à toutes les tables de discussions des problèmes sociopolitiques de la Guinée.
La COEP est soupçonnée d’appartenir à la mouvance. Qu’en dites-vous ?
Non ! Pas du tout. Lisez la définition de la COEP, Coordination de l’opposition extra parlementaire. Si tu appartiens à la mouvance tu n’es plus de l’opposition. Nous, nous sommes dans l’opposition et nous resterons dans l’opposition. Nous n’avons pas eu d’alliance avec la mouvance.
Est-ce que la nomination de Boubacar Barry ne confirme pas l’inquiétude de Dr Faya Millimouno qui le soupçonne de rouler pour le chef de l’Etat ? Ce qui lui aurait permis d’intégrer le gouvernement ?
Pas du tout. Vous savez, le problème en Guinée c’est que les gens sont trop suspicieux. Le président de la République a le droit de vous tenir la main ou de vous dire quelques mots en coulisse. Lors de notre invitation à Sékoutouréya, le président de la République a tiré Mohamed Lamine Kaba, mais jusqu’à présent ce dernier n’appartient pas au gouvernement. Faya Millimouno n’a pas quitté la COEP parce que la COEP est proche du président de la République, c’est parce que Faya ne voulait pas voir Bouba Barry à la tête de la COEP et pourtant la présidence de la COEP est tournante, chaque trois mois. Faya n’est pas en cohérence avec ce qu’il dit. Je rappelle que Boubacar Barry est une personnalité qui a été contactée par le président de la République pour une mission au sein du gouvernement. Il a décidé de démissionner de la COEP dès lors qu’il entrait au sein du gouvernement. Au niveau de la COEP, chacun est libre de ses actions. La personne de Bouba Barry n’appartient plus à la COEP.
Avez-vous une proposition à faire pour sortir de la crise ?
Malheureusement la COEP ne participe pas à ce dialogue. La COEP propose que les délégations spéciales soient recomposées à parts égales parce qu’on ne peut aller aux communales urgemment. La COEP opte pour le respect de la date du 11 octobre 2015 pour les présidentielles. La COEP propose que l’opposition parlementaire, extra parlementaire, la société civile et la mouvance s’assoient pour désigner des délégués pouvant nous conduire à l’organisation d’élections libres, apaisées et démocratiques. Nous ne sommes pas pour la recomposition de la CENI parce que trois mois seulement nous séparent des élections présidentielles.
Interview réalisée par Alsény Fadiga
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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