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Mamady Kaba, président de l’INIDH : « Nous sommes condamnés à vivre ensemble, »

Richard Tamone  Lundi, 27 Avril 2015 15:05

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KABA_Mamady_01Mamady Kaba revient sur la mise en place de l’INIDH, et la polémique qui s’en est suivie dans cet entretien qu’il nous a accordé. Il donne aussi son avis sur le dédommagement des victimes des manifestations enregistrées depuis l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir en 2010, et sur le chronogramme qui fait l’objet de controverse.

L’Indépendant : M. Kaba, que peut-on savoir sur votre institution qui est chargée des droits de l’homme ?

Mamady Kaba : L’Institution nationale indépendante des droits humains (INDH) a pour mission de protéger et de promouvoir les droits humains en République de Guinée. C’est une institution qui est chargée de recevoir les plaintes des victimes de violences des droits humains, d’émettre des avis et des recommandations. Elle peut interpeler les autres institutions de la République, y compris l’institution judiciaire, sur des sujets relevant de sa compétence. Elle fait des rapports annuels et périodiques sur les différentes violations des droits de l’homme à travers le pays, voilà un peu sa mission.


Certains observateurs ont dénoncé certaines manœuvres liées à la mise en place de cette Institution. Que répondez-vous ?

Non, je pense que ce débat est définitivement clos. Parce que l’opposition a saisi la Cour suprême et qui a rendu son arrêt et donc la Cour a débouté l’opposition dans ses prétentions. C’est un combat juridique, et les arrêts de la Cour suprême sont sans appel. Et puisque nous sommes arrivés à ce niveau, tout le monde doit taire les divergences et faire en sorte pour qu’on puisse se focaliser sur l’essentiel. L’essentiel ce sont des violations des droits qui se sont passées dans le pays. Comment faire en sorte que les institutions du pays se solidifient et travaillent à remplir leurs missions conformément aux aspirations de la population. Je pense que c’est ça l’essentiel. Maintenant il faut que tout le monde se donne la main et se tourne vers l’essentiel. Les autres débats sont devenus caducs, il faut les abandonner et se tourner vers l’avenir résolument.


Ils estiment que certains textes votés par le CNT ont été tripatouillés conformément aux désidératas du président Alpha Condé. Des hommes aussi ont été coptés alors qu’ils ne connaissent même pas ce qu’est la promotion des droits de l’homme, pour meubler l’Institution. Votre avis sur ces allégations?

Moi je ne rentre pas dans ce débat, c’est un débat très creux, le plus important pour moi est que la plainte qui a été formulée auprès de la Cour suprême a reçu un traitement juridique et judiciaire. Et je vous ai tout de suite dit que la Cour suprême a rendu son arrêt. L’arrêt de la Cour suprême s’impose à tout le monde. Il est sans appel. Donc nous n’allons pas revenir sur ce débat je vous ai dit, il est devenu caduc. Le plus important, c’est de regarder vers l’avenir. Mais ce qui est important est que les personnes ont été désignées conformément à la Loi, et les personnes ont été désignées par leurs pairs, par les structures d’origine. Ces structures qui ont été identifiées par la Loi et qui ont envoyé des personnes qui les représentent au sein de l’Institution. Il n’est pas dit que tous les membres de l’Institution soient des activistes des droits de l’homme, non. Mais la diversité des membres des diverses origines, des diverses obédiences contribuent à l’enrichissement du débat à l’INIDH et c’est cette diversité justement que l’INIDH a pour mission de promouvoir. Il n’y a pas d’exclusion à l’INIDH. Tout le monde a sa place. Il suffit que vous soyez désigné par les structures légalement reconnues. Donc, je veux dire que tous ceux qui sont à l’INIDH y ont leur place, et ils vont travailler à promouvoir les droits humains. Tout le monde va avoir la formation en peu de temps. Ainsi, ils vont être au même niveau d’information et de formation par rapport aux droits humains. Il faut aussi préciser que le mandat est de 6 ans non renouvelable pour tous les membres, sauf si la loi change après. Mais pour le moment, c’est 6 ans non renouvelables. Alors ceux qui sont là aujourd’hui, dans 6 ans, ils doivent partir pour laisser la place à d’autres, il n’y a pas de polémique là-dessus.


Beaucoup de citoyens attendent toujours d’être dédommagés par l’Etat suite à des dégâts causés par les manifestations de l’opposition. Vous, en tant que défenseur des droits humains, quelle est votre perception par rapport à ce sujet ?

Je sais que nous sommes une démocratie très jeune, et aujourd’hui il y a des comportements qui ont la vie dure. Les manifestations sont reconnues par la constitution, et les lois de la République mais aussi et surtout par les conventions internationales auxquelles la Guinée a adhéré. Donc les manifestations, elles sont légales. Alors pour revenir à votre question, les victimes de violations des droits de l’homme doivent recourir à la justice. Toutes les victimes doivent recourir à la justice et la justice doit apporter une réponse à leur préoccupation. Et ce qui est important chez nous, quand nous allons commencer à être véritablement opérationnels, nous allons recevoir aussi les plaintes des victimes, nous allons les étudier et donner nos avis et nos recommandations sur l’ensemble des procédures et des méthodes auxquelles il faut recourir pour donner suite à leur préoccupation. Mon souci, c’est que toutes les victimes sans discrimination aucune puissent quand même avoir des suites favorables à leurs préoccupations. C’est pourquoi personnellement, j’ai apprécié le processus de réconciliation nationale, qui est en marche. A mon avis, ça permettra de donner du souffle à l’unité nationale, de décrisper un peu la cohabitation entre les communautés et de faire en sorte que les populations renouent avec la tradition du vivre ensemble. Ce qu’il y a de commun en Guinée c’est la fraternité qui a existé et qui doit continuer à exister. Nous sommes condamnés à vivre ensemble, personne ne peut chasser l’autre de la Guinée. Si nous acceptons de créer un enfer et d’y vivre nous allons vivre éternellement dans l’enfer. Parce que nous sommes tous Guinéens et égaux en droit et en devoir. Donc à mon avis, il est important que nous travaillions à pouvoir vivre ensemble, à promouvoir la paix, la cohésion nationale, à promouvoir la stabilité de notre pays et surtout la stabilité des institutions, faire en sorte que les institutions soient de plus en plus forte et qu’elles travaillent à remplir leur mission dans l’intérêt général de la population.


L’opposition vient encore d’annoncer de nouvelles manifestations pour les jours à venir. Qu’en pensez-vous ?

Mon avis sur la divergence sur le calendrier électoral est très simple. Quand on prend la date du 11 octobre, elle se situe dans un intervalle de temps consacré par la constitution. Il n’est donc pas prudent de revenir sur cette date parce que ça serait un très mauvais précédent. Et ça pourrait nous conduire à des situations que nous ne souhaitons pas. Parce que ça va être compliqué d’apporter une réponse aux problèmes qui vont suivre. A mon avis, il doit y avoir un débat national pour toutes les parties pour voir quelle est la date la plus proche à laquelle la CENI est capable techniquement et financièrement d’organiser ces élections sans que nous n’ayons à sortir du cadre que nous impose la constitution, pour l’organisation des élections présidentielles. Donc maintenir les élections présidentielles à la date prévue par la constitution mais travailler également à trouver la meilleure date consensuelle à laquelle les élections locales peuvent être techniquement et financièrement possibles. Je pense qu’il n’est pas important de se battre. A mon avis, la solution est simple, il faut de la bonne volonté partout, pour qu’on y arrive. Il faut s’assoir à la table de négociation et faire appel à des experts : nationaux, internationaux et les techniciens de la CENI pour voir quelles sont les capacités techniques et financières de la CENI et des engagements des amis de la Guinée. Et suite à ça, trouver quelle est la date la plus proche à laquelle les élections communales et communautaires peuvent se tenir sans sortir de l’intervalle prévu par la constitution pour l’organisation des présidentielles.


Richard Tamonè
L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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