Mounir Dogomet Barry & Oumou Hawa Diallo Mercredi, 20 Novembre 2013 21:43
Lors d’un entretien qu’il nous a accordé le lundi 18 novembre dernier, Dr Bano Barry, sociologue, évoque les facteurs sociaux qui minent la société guinéenne, des conséquences et quelques approches de solution.
Le Démocrate : Dr Bano Barry, selon vous, qu’est-ce qui affecte la cohésion nationale ?
Dr Bano Barry : Ce qui affecte la cohésion sociale, c’est essentiellement la gestion de la tribalisation du pays par le fait des acteurs politiques. C’est aussi l’instrumentalisation de la population par les politiques politiciennes de quelque bord qu’elles soient, notamment le fait d’utiliser son ethnie et sa communauté pour se maintenir ou pour conquérir le pouvoir.
Qu’est-ce qui explique cette recrudescence des violences dans notre pays ?
Les problèmes existent dans les sociétés humaines et c’est dans toutes les époques. Les violences qui secouent la Guinée sont toujours à caractère politique, même si ces violences ont une coloration ethnique. La violence politique est une façon d’intimider les adversaires politiques. C’est aussi une certaine manière d’imposer son hégémonie sur son adversaire.
Qu’est-ce qu’il faut pour minimiser ces violences politiques en Guinée ?
Il faut absolument passer par la réforme des institutions et la refonte de l’Etat, parce que c’est le mode de fonctionnement de nos institutions qui est responsable de la possibilité d’utiliser, de manipuler la question ethnique. Il faut changer la Constitution, éviter le régime présidentialiste, amender les lois, faire en sorte que les institutions soient indépendantes les unes des autres de façon républicaine. Il nous faut nécessairement un président et un vice-président élus au même titre et sur le même ticket. Et il est important de changer le mode de fonctionnement des partis politiques et leur composition, car tous les partis politiques en Guinée sont aujourd’hui régis par le communautarisme et l’ethnocentrisme. Egalement, il faut une démocratisation et une très bonne gestion des partis politiques.
Pensez-vous qu’avec la construction d’une école nationale d’administration en Guinée l’espoir est permis ?
(Rire). C’est une bonne chose. La Guinée était très en retard pour créer cette institution qui existe presque dans tous les autres pays, excepté la Guinée. Aucun pays au monde qui se respecte ne peut évoluer sans cette école. C’est une excellente chose parce que la gestion de l’Administration demande de la compétence, notamment le savoir et le savoir-faire. Et ce savoir-faire ne s’apprend pas dans les maquis, les cafés ou les salons. Il s’apprend dans une école. Maintenant, il faut regarder le curricula de cette école, le mode de sélection des encadreurs, des formateurs et des étudiants qui seront aptes. Et puis voir à la sortie des étudiants s’ils pourront avoir de l’emploi à la fin de leur formation. C’est tout ceci qui permettra à dire si l’Ecole nationale d’Administration aura pu faire une réforme.
Souvent en Guinée, la compétence est remise en cause au profit de la médiocratie, le népotisme avéré. Si Paul a une entreprise, on ne fait appel qu’à Paul et même si Paul n’a aucune compétence, pourtant Pierre est là avec une compétence requise et une expérience irréprochable. Quelle lecture faites-vous de cette fameuse situation ?
Lorsque vous recrutez des militants ou des milices au sein de votre administration, ou votre entreprise, vous créez déjà les conditions de faillite de votre entreprise. La meilleure façon de gouverner, c’est de gouverner avec la compétence.
Propos recueillis par Mounir Dogomet Barry & Oumou Hawa Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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