Moro Amara Camara Vendredi, 25 Octobre 2013 14:43
Les grands enseignements de ce scrutin du 28 septembre, comment l’opposition organise l’ultime bataille de la Cour suprême, les tractations pour les alliances au sein de la future Assemblée, la conquête du perchoir, l’avenir de l’UFC, voilà autant de sujets qui focalisent l’actualité politique de notre pays que le porte-parole de l’opposition, Aboubacar Sylla, a bien voulu aborder dans cet entretien exclusif et à bâtons rompus avec notre rédaction.
L’indépendant : La CENI a publié le 18 septembre dernier les résultats globaux provisoires des élections législatives du 28 septembre. Au regard de ces résultats, votre coalition électorale formée de l’UFDG-UFC-NFD, arrive deuxième après le RPG Arc-en-ciel. Qu’est-ce que ces résultats vous inspirent ?
Aboubacar Sylla : Dès le lendemain de la publication des résultats provisoires par la CENI, l’opposition républicaine s’est retrouvée au siège de l’UFDG pour tirer les premières leçons et envisager les actions ultérieures à entreprendre. Nous avons décidé de confirmer notre rejet de ces résultats que nous considérons comme ne reflétant pas la vérité des urnes. Nous avons aussi accepté d’inscrire notre démarche dans une logique d’un recours légal en introduisant quand même des pourvois au niveau de la Cour suprême. Mais en concluant nos recours par une demande d’annulation. Car l’annulation, qu’elle soit partielle ou totale, ne peut être prononcée dans notre pays en l’état actuel de notre législation que par la Cour suprême. A partir du moment où nous réclamons une invalidation de ce scrutin, il est parfaitement normal et cohérent que nous nous adressions pour ce faire à la Cour suprême avec les dossiers, les documents et les preuves appropriées afin d’étayer tous les cas de fraudes qui ont été constatés tant par l’opposition que par les différentes missions d’observation électorales nationales et étrangères.
Nous avons également décidé de garder le contact avec la communauté internationale à travers notre participation au comité de suivi que nous avions boudé un certain temps pour marquer notre désapprobation. Mais nous avons décidé de le réintégrer pour continuer à suivre au plus près la suite des opérations électorales et surtout pour nous assurer du respect des autres dispositions de l’accord politique du 3 juillet 2013. Car cet accord qui a balisé tout ce processus électoral, intègre non seulement les questions liées aux élections législatives de 2013 mais également celles des communales de 2014 et de l’élection présidentielle de 2015. Nous avons en effet besoin de continuer à disposer d’un cadre de dialogue et de concertation, d’un organe de surveillance dont ferait partie la communauté internationale pour faire en sorte que les différents engagements de cet accord du 3 juillet soient respectés jusqu’à leur terme. En particulier, il est important de veiller à ce que l’agenda des communales et régionales soit tenu pour le premier trimestre de l’année prochaine et que le fameux couple Waymark-Sabari soit effectivement congédié et remplacé par un opérateur technique sur une base concurrentielle.
Concrètement quelles leçons tirez-vous personnellement de ce scrutin législatif ?
En ce qui me concerne, je peux dire que le premier constat qui découle de ces élections est que l’opposition a eu raison de crier à la volonté de fraude de la part de ce pouvoir. Il est en effet avéré que l’opposition a eu raison d’exprimer ses doutes quant à la volonté politique de ce pouvoir et de la CENI de nous amener à des élections transparentes. Et je crois que l’opinion nationale et internationale est témoin que ce pouvoir est largement minoritaire dans le pays. Malgré toute cette fraude qui a été constatée, le tripatouillage du fichier électoral, le bourrage des urnes, les taux de participation record dans les fiefs du pouvoir, les retentions de cartes d’électeurs, les disparitions et falsifications de procès-verbaux de dépouillement, l’engagement des plus hautes autorités du pays dans le processus électoral en violation des dispositions du code électoral et du principe constitutionnel de neutralité de l’administration publique, l’interférence flagrante des membres du gouvernement et des hauts officiers de l’armée dans la centralisation et la totalisation des résultats, bien que le pouvoir ait déversé des sommes considérables sur les électeurs pour acheter la conscience de certains, en dépit de tout cela, nous sommes aujourd’hui en ballotage avec le pouvoir après avoir remporté le scrutin majoritaire dans toutes les cinq (5) communes de la capitale. Ceci est inédit dans l’histoire politique récente de notre pays. Cela veut dire tout simplement que nous avons parfaitement eu raison d’affirmer que ce pouvoir avait atteint un niveau tel d’impopularité qu’il n’avait d’autre choix que d’initier des fraudes massives pour pouvoir se légitimer et continuer à exercer une gouvernance rejetée par les Guinéens. Une autre leçon qu’on peut tirer de ce scrutin, c’est que la stratégie de l’opposition est payante… Certains voulaient qu’on boude le processus électoral et qu’on adopte la politique de la chaise vide en refusant d’aller à ce scrutin. Je crois que ce qui se passe aujourd’hui, le fait qu’on ait réussi à mettre en ballotage le pouvoir qui, jusqu’au jour d’aujourd’hui, n’a pas encore la simple majorité de 50 pourcents plus un député, à plus forte raison une majorité qualifiée des deux-tiers, prouve tout simplement que la démarche de l’opposition commence à être payante. Il faut reconnaitre qu’à l’occasion des derniers évènements politiques intervenus dans notre pays, l’opposition guinéenne a enfin acquis ces titres de noblesse. L’opposition guinéenne qu’on traitait dans le passé, au temps du général Lansana Conté, de la plus bête d’Afrique, a montré qu’elle est devenue une des plus intelligentes d’Afrique. Elle a réussi à être ferme quand il le fallait, à aller à la table de négociation quand cela était nécessaire, à communiquer convenablement pour convaincre l’opinion nationale et internationale de la justesse et de la pertinence de ses positions politiques. Et lorsqu’il fallait aller dans la rue participer aux manifestations nous avons été devant, lorsqu’il fallait au contraire faire le lobbying auprès de l’opinion nationale et de la communauté internationale, nous avons été également présents, lorsqu’il fallait aller à la table des négociations discuter, nous avons accepté de discuter, et nous avons réussi grâce à une stratégie basée sur la fermeté mais aussi sur l’ouverture au dialogue, à internationaliser la crise et à mettre en place un cadre qui a permis de limiter les dégâts et d’empêcher le parti au pouvoir de manipuler ces élections comme il le souhaitait. Il y a eu certes des fraudes mais qu’en aurait-il été si nous n’avions pas exercé une telle pression. Je crois que le pouvoir aurait aujourd’hui acquis une majorité au moins de deux tiers pour ne pas dire des trois-quarts… Cela veut dire tout simplement que l’opposition républicaine a été bien inspirée et cela n’a été possible que parce qu’elle est restée unie. Je crois qu’il faut avoir l’honnêteté de rendre cet hommage à l’opposition d’avoir préservé son unité et sa cohésion en dépit des menaces et des promesses des uns et des autres. Mais il faut aussi et surtout rendre un hommage appuyé aux populations qui nous ont écoutés et suivis. Particulièrement aux jeunes qui ont toujours été le fer de lance de l’opposition guinéenne, qui ont participé vaillamment à nos marches, qui ont résisté à toutes les intimidations et à tous les actes de violence et qui ont réussi à faire en sorte que toutes nos menaces, toutes nos prises de position soient restées crédibles grâce à cette capacité de mobilisation dont la jeunesse nous a dotés. Il faut dire aussi, dans le cadre des leçons à tirer que nous nous félicitons d’ores et déjà du fait que la mouvance présidentielle ne puisse pas disposer, quel que soit le cas figure, d’une majorité qualifiée des deux tiers au niveau de l’Assemblée nationale. Sans préjuger de l’arrêt qui sera rendu dans quelques jours par la Cour suprême, l’équilibre actuel garantit déjà une impossibilité de tripatouillage de nos lois et un amendement indu de notre constitution. Toutes les lois organiques ne peuvent être adoptées par le parlement qu’à la majorité des deux tiers. Cela ne sera plus possible sans l’opposition. Donc le code électoral, les lois portant création, composition, organisation et fonctionnement de la CENI ainsi que les textes relatifs à toutes les institutions républicaines comme la Cour suprême, la Cour constitutionnelle, la Haute cour de justice, la Haute autorité de la communication, la Cour des comptes, le médiateur de la République, entre autres, ne pourront plus être modifiés au gré de la mouvance présidentielle. Ensuite la constitution ne peut pas être tripatouillée, on ne peut pas en abroger ou modifier les dispositions sans passer par un référendum, en utilisant une majorité des deux tiers qui n’est pas acquise au pouvoir. En plus, il faut mettre l’accent sur la stratégie d’unité de l’opposition qui a été très salutaire. Parce que c’est l’alliance électorale conclue entre l’UFDG et l’UFR qui nous a permis de remporter les cinq circonscriptions de la capitale et certaines villes comme Boké et Boffa. Malheureusement, cette dynamique d’unité et d’alliance électorale n’a pas pu être étendue à d’autres partis politiques. Cela est dommage. Parce que si l’opposition républicaine avait pu avoir une stratégie électorale commune, je suis certain que des circonscriptions comme Kindia, Fria, Dubréka, Coyah, Guéckédou, etc… auraient été gagnées par elle et aujourd’hui, on ne serait pas en train de parler de ballotage mais de majorité carrément acquise à l’opposition. Il faut dire dans tout cela que nous avons tiré les leçons, nous savons où il y a eu des défaillances car, il y en a eu certaines de la part de l’opposition, nous savons aussi qu’est-ce qui peut faire notre force, nous savons également quelles sont les poches ou les points de fraudes possibles et nous savons où il faut mettre l’accent pour que la transparence des prochains scrutins soit assurée. Je crois que l’opposition guinéenne a beaucoup gagné en expérience avec cette élection. Je crois que rarement une opposition en Afrique s’est retrouvée de la sorte au cœur d’un dispositif électoral. Aujourd’hui toutes les notions et procédures biométriques comme celles de dé-doublonnage, d’arbitrage, de monitoring, de découpage électoral, etc., sont parfaitement maîtrisés par les leaders de l’opposition que nous sommes et plus encore par nos experts présents à la CENI et au site central. Moi par exemple, je dispose du fichier électoral au complet dans mon ordinateur, j’ai le découpage électoral, les bureaux de vote, leur implantation avec leur composition, le nombre d’électeurs qui y sont rattachés, nous avons tout dans nos ordinateurs respectifs. Donc, il faut dire qu’à l’avenir, les fraudes vont être extrêmement compliquées pour le pouvoir. Nous le savons, il faut renforcer la surveillance notamment au niveau des délégués des bureaux de vote pour être présents dans tous les bureaux de vote afin de disposer effectivement des PV authentiques originaux à partir desquels les totalisations peuvent être faites à tous les niveaux. Bref, nous avons acquis une expérience importante qu’on n’aurait jamais pu avoir si on était resté en dehors du processus électoral.
Aujourd’hui, vous avez décidé de faire recours à la Cour suprême pour demander l’invalidation totale sinon partielle du scrutin. Peut-on savoir autour de quoi sont formulés les griefs de l’opposition ?
Comme on le sait, il y a eu des anomalies, des manquements et des fraudes de tous genres avec des bourrages d’urnes, des falsifications, voire des disparitions de PV, le sous-enrôlement des électeurs au niveau des fiefs de l’opposition, les taux de participation record qui dépassent même les 95% allant jusqu’à 97% dans certains bureaux de vote de la Haute Guinée, le fait que dans certains bureaux de vote, les suffrages exprimés sont plus importants que le nombre d’inscrits rattachés à ces bureaux de vote… Il y a eu énormément de fraudes mises en évidence non seulement par nous mais également par la mission d’observation électorale de l’Union européenne qui a fait un travail, à notre avis, remarquable parce que neutre, indépendant, impartial et aussi courageux. Nous estimons que tout cela est de nature à entacher sérieusement ce scrutin, c’est pourquoi nous avons demandé purement et simplement son annulation. Nous espérons que la Cour suprême va nous suivre en annulant ou totalement ou à tout le moins partiellement, ce scrutin pour que le vote dans les circonscriptions qui ont été indexées comme étant celles où les fraudes ont été massives pour ne pas dire monstrueuses, où les résultats sont très loin de refléter la réalité des suffrages exprimés par les électeurs fasse l’objet d’invalidation… Je pense qu’il est possible que la Cour suprême, soit invalide partiellement ou totalement ces élections pour que le vote soit repris, soit corrige les résultats dans le sens de la transparence et de leur conformité aux suffrages réellement exprimés par les Guinéens. Et je crois que tout cela pourrait donc profiter à l’opposition. Mais nous avons décidé d’introduire ces recours, parce qu’encore c’est l’institution qui est habilitée à annuler le scrutin. Donc, nous n’avons pas d’autres choix si nous voulons que ce scrutin connaisse le sort que nous lui souhaitons. En l’état actuel de notre législation, ni le chef de l’Etat ni le gouvernement encore moins le parti au pouvoir n’a les attributions, les prérogatives pour invalider partiellement ou totalement un scrutin. Donc, nous restons dans notre logique de demande d’annulation mais notre interlocuteur, pour que cette requête d’annulation puisse être prise en compte, c’est la Cour suprême. C’est pourquoi nous avons décidé de recourir à la Cour suprême en faisant en sorte que nos pourvois soient accompagnés de toute la documentation, de tous les éléments de preuve pouvant emporter la décision de la Cour suprême par rapport à ce scrutin.
Le verdict de la Cour suprême étant sans recours une fois rendu, est-ce que l’opposition est prête à l’accepter même s’il ne lui est pas favorable ?
Nous avons de solides raisons de douter de l’indépendance de la Cour suprême. Je le dis très franchement, et nous sommes d’abord instruits par le passé et ensuite nous avons vu que nous sommes aujourd’hui dans un pays où le Conseil supérieur de la magistrature, dont l’avis conforme est indispensable pour gérer la carrière des magistrats, pour les nommer ou les affecter, n’est pas mis en place trois ans après l’investiture du président de la République. Tout cela semble fait à dessein. Et ceci contribue à violer le sacro-saint principe de séparation de pouvoirs dans tout régime démocratique. Ce qui fait que l’exécutif interfère en toute liberté mais aussi en toute illégalité sur le fonctionnement du système judiciaire. Il en fut ainsi lorsque le président de la République a décidé de révoquer deux magistrats de la Cour suprême et de les remplacer par d’autres, ce qui est totalement illégal et anticonstitutionnel. Normalement toute nomination, toute affectation de magistrat sans l’avis conforme de la Cour Suprême, est nulle et de nul effet. Cela est inscrit textuellement dans notre constitution. Mais on n’a pas entendu après cette violation grave des lois, le président de la Cour suprême protester. Tout cela nous amène à dire que la Cour suprême s’est volontairement ou involontairement inféodée à l’exécutif et refuse d’assumer son statut d’institution réellement indépendante dont l’autonomie est garantie par la constitution. Les autres éléments qui nous amènent à douter, c’est que nous avons déjà eu de mauvaises expériences avec la Cour suprême que nous avons déjà saisie, en tant qu’opposition, de certains faits qui n’ont jamais connu de suite. Lorsque le président de la République a nommé les dix commissaires de la CENI, c’était en violation de la loi portant composition, organisation et fonctionnement de la CENI, qui prévoyait que les dix commissaires devaient être désignés par l’opposition. Le dixième commissaire qui avait été désigné à l’époque, avait revendiqué sa non-appartenance à l’opposition. Nous en avons donc conclu qu’il y avait violation de la loi. Nous avons introduit une requête en bonne et due forme avec un collège d’avocats et cette requête a été soutenue par 4 partis d’opposition qui ont apposé leurs signatures au bas du dossier, à savoir l’UFDG, l’UFC, le PEDN et l’UFR. Ce dossier, aujourd’hui encore, n’a pas connu de suite. Deuxièmement, lorsque le président de la République a convoqué le corps électoral pour le 30 juin dernier, nous avons aussi attaqué ce décret auprès de la Cour suprême. Là également, nous avons confectionné un dossier en bonne et due forme que nous avons introduit. Mais nous n’avons jamais reçu même un accusé de réception de la part de la Cour suprême. Donc, nous sommes instruits par l’expérience mais nous espérons que cette fois-ci, la Cour suprême va appréhender les enjeux de la mission actuelle qui lui est dévolue, de gérer ces contentieux électoraux, et qu’elle va avoir un sursaut de responsabilité pour vraiment examiner ces pourvois à la lumière du droit. C’est tout ce que nous lui demandons, de dire le droit. Nous lui demandons d’assumer sa responsabilité et de refuser d’obéir aux injonctions du pouvoir, de s’affranchir totalement de la tutelle qu’ont toujours exercé sur elle les présidents de la République dans notre pays, pour dire le droit compte tenu des enjeux actuels de paix et de stabilité politique de la Guinée.
Est-ce que vous êtes prêt à accepter le verdict quel qu’il soit ?
Si le verdict est conforme au droit, s’il est argumenté de manière convaincante, si les éléments de preuve que nous avons apportés sont attaqués par la Cour suprême du point de vue de leur authenticité, de leur capacité à remettre en cause ce scrutin, que ceux-ci nous convainquent dans l’argumentaire, pourquoi pas. Mais ce qui m’étonnerait, compte tenu que ce sont des faits avérés qui sont prouvés, parfois même qui sont accompagnés d’images et de photos…, je ne vois pas comment ceux-ci peuvent être contestés. Ceci dit, nous nous retrouverons au lendemain de la publication des résultats définitifs et l’opposition républicaine, en toute responsabilité, va examiner la situation politique qui en résultera pour prendre les décisions qui s’imposent tout en excluant aucune éventualité.
En attendant le verdict de la Cour suprême, l’heure est au jeu d’alliance comme on le voit déjà avec la mouvance présidentielle. Est-ce que c’est le même exercice actuellement au niveau de votre alliance en vue de la constitution d’une majorité parlementaire ?
Nous, nous avons une opposition qui est très bien connue et bien identifiée, qui a eu des députés au niveau du scrutin, qui vont être députés et qui vont appartenir au même groupe parlementaire, donc cette question ne se pose pas. C’est au niveau de la mouvance qu’il y a ce jeu de débauchage qui est déjà engagé alors que les résultats définitifs ne sont pas encore publiés. Nous avons une opposition qui est unie, qui a déjà au moins ses 55 députés connus qui appartiennent à l’opposition, y compris monsieur Jean-Marie Doré qui assume aujourd’hui son statut d’opposant ainsi que monsieur Ibrahima Silla Bah qui étaient des centristes mais, dans le cas présent, qui se sont rangés résolument du côté de l’opposition… Je crois que nous avons 55 députés qui sont du même bord. Et puis de l’autre côté, vous avez également à ce jour, 55 députés qui se réclament de la mouvance présidentielle… Nous allons d’abord attendre les résultats définitifs. Nous espérons vivement, et nous y comptons, que les résultats vont remettre en cause la répartition que je viens d’indiquer et que l’opposition républicaine au terme du recours, va se retrouver avec la majorité absolue. Puisque la majorité absolue comme on le voit, tient à peine entre deux et quatre députés.
Vous affirmez que l’opposition plurielle est unie. Cependant et selon plusieurs sources, cette unité de l’opposition est mise à rude épreuve en raison d’un antagonisme ambiant entre le bloc des centristes (UPG, PEDN notamment) qui, à défaut d’obtenir une annulation totale du scrutin, préconiserait la politique de la chaise vide à l’Assemblée, et l’aile dite républicaine originelle qui, elle, pencherait plutôt à défaut d’une annulation totale, pour une annulation partielle et au pire des cas, maintenir le statu quo.
Pour le moment, il n’y a absolument aucune fausse note au sein de l’opposition républicaine. A l’heure où je vous parle, il n’y a aucune contradiction. Nous sommes régulièrement en contact, nous continuons à faire nos réunions conjointes, nous continuons à publier nos déclarations conjointes. Ce qui veut dire que nous avons une identité de position par rapport à la situation politique actuelle. Ceci dit à l’Assemblée nationale, chaque parti politique est libre de vouloir siéger ou non, c’est évident. Mais au jour d’aujourd’hui par rapport au traitement de ces contentieux électoraux, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Nous allons évidemment introduire séparément nos recours auprès de la Cour suprême car, c’est ce que la loi prévoit. Chaque parti politique qui a participé à ces élections, introduit ses propres recours. Nous allons harmoniser ces recours de manière à ce que les conclusions arrivent toutes à la nécessité d’invalider totalement ou partiellement le scrutin, et nous allons apporter ou échanger les preuves qu’ont les uns et les autres, de manière à ce que nos dossiers emportent la conviction de la Cour.
Est-ce que l’opposition entend présenter un candidat pour le perchoir ?
C’est évident que nous allons présenter un candidat. Mais je ne peux pas vous dire encore lequel, bien que cela semble déjà évident… Puisque nous sommes dans une situation de ballotage, nous espérons que les résultats de la Cour suprême vont nous conforter dans notre majorité auquel cas il n’y aurait absolument aucune raison que nous ne présentions pas un candidat. L’opposition est aujourd’hui, contrairement à ce que certains imaginaient, en position de remporter ces élections législatives et de gagner la présidence de l’Assemblée nationale. Puisque la majorité se joue à trois ou quatre voix près. Donc, je crois que ceci mérite d’être souligné et l’opposition guinéenne que nous sommes, mérite d’être encouragée et félicitée pour ce travail remarquable que nous avons fait dans un environnement extrêmement difficile.
Une autre question qui taraude les esprits aujourd’hui est celle concernant votre alliance électorale avec l’UFDG et les NFD. Après ce scrutin législatif, cette alliance va-t-elle s’arrêter là ou entend-elle se prolonger jusque dans l’Assemblée ?
Comme je l’ai déjà dit, quand cette alliance a été formalisée par les directions respectives de ces partis, elle ne mettait pas fin à l’existence de l’UFC ou des NFD. Nous restons des partis au même titre que l’UDG de Mamadou Sylla qui est sur la liste commune du RPG Arc-en-ciel et d’autres partis qui étaient sur la liste commune par exemple du PUP dans le cadre de la FEDEPAC ainsi que d’autres partis qui étaient sur la liste du BOC-ADC ou du GRUPP. Donc, nous restons le parti politique UFC. Nous avons fait une alliance électorale conjoncturelle avec l’UFDG mais nous ne perdons pas notre personnalité juridique et morale en allant à l’Assemblée nationale. Ceci dit, les voies sont totalement ouvertes, des voies que nous sommes tous en train d’explorer en ce qui concerne une autre alliance pour le futur ou même une fusion, cela n’est pas exclu, entre nos différents partis. Mais cela devrait faire l’objet, si fusion il y a, d’un accord entre les structures des différents partis et cela va être traduit évidemment par un congrès qui va entériner tout cela, qui va remettre en forme les documents constitutifs fondant ce nouveau parti politique qui va résulter de cette fusion. Mais encore une fois, ce sont des idées qui sont jetées en l’air. Aujourd’hui, l’UFDG, les NFD, l’UFC, représentent chacune en ce qui la concerne, un parti politique. Mais nous restons tous solidaires, nous serons dans le même groupe parlementaire que l’UFDG à l’Assemblée nationale.
Ce qui voudra dire que dans l’hémicycle, vous répondrez au nom du député de l’UFC, votre parti politique ?
Bien sûr ! Nous sommes député et nous resterons député de l’UFC.
Votre mot de la fin ?
Je crois que c’est le lieu de saluer et de féliciter le peuple de Guinée qui a fait la preuve de sa maturité politique. D’abord en acceptant d’aller à ces élections dans la paix, la sérénité mais aussi et surtout en donnant un signal fort à ce pouvoir qui exerce depuis trois années une gouvernance politique économique et sociale dont les résultats sont catastrophiques en termes d’emploi, de sécurité, de services sociaux de base, de pouvoir d’achat, de justice sociale, d’unité nationale, de droits de l’homme, et j’en passe. Les Guinéens ont donc décidé de présenter un carton jaune à ce pouvoir dans l’attente du carton rouge qu’ils vont surement lui adresser lors de l’élection présidentielle de 2015.
Entretien réalisé par Camara Moro Amara
L’indépendant, partenaire de GuineeActu