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Bah Oury : « Il ne s'agit nullement de rupture entre El hadj Cellou et moi-même. »

Adjidjatou Barry Baud  Mercredi, 24 Août 2011 13:48

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BAH_Oury_4_01Suite aux nombreuses rumeurs et prises de position ces derniers jours au sujet de la situation de l’UFDG, et en particulier de la rencontre de vendredi dernier, GuineeActu.com a souhaité en savoir plus en allant directement à la bonne source. Nous avons ainsi posé quelques questions à Bah Oury, vice-président de l’UFDG.

GuineeActu.com : Certains ont évoqué une rupture entre Bah Oury et Cellou Dalein Diallo. Qu'en est-il après votre rencontre de vendredi dernier ?

Bah Oury : Il ne s'agit nullement de rupture entre El hadj Cellou et moi-même. Les épreuves que nous avons vécues ces trois dernières années ont été éprouvantes à maints égards. Donc c'est tout à fait normal qu'à l'aune de cette expérience, nous nous retrouvions pour examiner en toute objectivité et franchise les divergences de points-de-vue que nous avons constatées, évaluer le style de management du parti, diagnostiquer la qualité de nos relations interpersonnelles et évoquer la situation difficile de notre pays .

Nous avons abordé tous les problèmes sans complaisance aucune, en toute fraternité. Des résolutions ont été prises afin de remédier aux maux qui ont affecté l'évolution de l'UFDG ces derniers temps. Tous les deux, nous tenons à la cohésion et à l'efficacité de notre institution politique.

A l'heure des nouvelles technologies de la communication, comment un déficit de communication peut-il être possible entre les dirigeants de l'UFDG ?

Vous devez comprendre que les techniques aussi modernes soient-elles ne peuvent ignorer le substrat culturel des différents acteurs. En effet, l'UFDG a intégré en son sein ces quatre dernières années des forces sociales et politiques ayant des cultures politiques différentes et des traditions de lutte inégales. Notre histoire récente, marquée par de profonds bouleversements, ne nous a pas permis de parvenir à intégrer ces divers courants socio-politiques de manière efficace. Ainsi, nous constatons une juxtaposition de cultures et de traditions politiques. Il faut du temps pour parvenir à faire émerger une identité politique commune pour l'institution. Les épreuves que nous avons traversées, nos défaites et nos succès, nous permettent dans le cadre d'une évolution démocratique de procéder à une « certaine décantation » et d’unifier durablement le parti. Pour cela, à tout moment un débat franc et courageux est indispensable pour forger des accords politiques solides. C'est à cela que personnellement je me suis employé pour que l'UFDG ne soit pas une écurie pour des ambitions individuelles sans rapport avec les exigences du combat et du triomphe des valeurs qui caractérisent notre parti : la défense des droits de l'homme, l'unité nationale, la modernisation du pays et des rapports sociaux, la bonne gouvernance et l'instauration d'institutions républicaines consacrant l'Etat de droit.

C'est pour cela qu’il vaut la peine de se battre et de faire des sacrifices pour que la Guinée puisse être debout. Donc à chaque moment, il faut faire un effort sur soi pour écouter, partager, rassurer et communiquer avec l'autre. El hadj Cellou et moi avons pris la résolution de mieux communiquer. En ce qui me concerne je ferai ce qu'il faut pour cela.

Un des vice-présidents de l’UFDG, Dr Saliou Bella, a été reçu par le Président Alpha Condé. Quelle signification doit-on donner à cette rencontre ?

Officiellement, je n'ai jamais été saisi d'un projet de rencontre d'un responsable de l'UFDG avec M. Alpha Condé. Si, comme des informations en attestent, le Dr Saliou Bella Diallo

a rencontré le Président guinéen, alors il s'écarte de fait de la ligne politique de l’UFDG. Son aventure politique n'engage que lui-même. L'UFDG devra se démarquer clairement de ce type de lâchage politique qui n'honore nullement son auteur.

Au-delà de Saliou Bella, notre société se révèle très souvent très complaisante avec n'importe quel pouvoir politique. C'est ce laxisme qui est le véritable lit des dictatures dans notre pays. Par exemple, le gouvernement viole impunément la constitution du pays, des notables s'expriment en insultant certaines composantes de la nation et des personnes sont injustement arrêtées, martyrisées dans leur chair et parfois même tuées dans une relative indifférence. C'est inacceptable, c’est lâche et c'est une trahison. Certains considèrent la compromission comme la preuve de leur intelligence ou de leur finesse. En réalité ils sont aveuglés par leur ambition personnelle pour bénéficier d'un « décret présidentiel » qui officialise leur forfaiture. Pour que la démocratie guinéenne puisse s'enraciner dans notre environnement, il faut une nette démarcation avec toute attitude politique fourbe et trouble. Les principes doivent nous guider, c’est comme cela qu’une véritable nation peut se construire.

Certains disent que les absences de Bah Oury et de Cellou Dalein Diallo favoriseraient le dialogue entre le gouvernement et l'opposition, dont l'UFDG est le principal parti. Qu'en pensez-vous ?

Je pense qu'il n'y a pas de dialogue actuellement entre le gouvernement et l'opposition. La stratégie qu'Alpha Condé applique est la même que celle qu'il avait utilisée entre les deux tours de l'élection présidentielle : d'abord louvoyer pour installer les moyens d'organisation de la fraude, ensuite faire semblant de lâcher du lest dans un pseudo-dialogue pour se donner un certain air de respectabilité. Voilà ce que fait le gouvernement. Le fichier électoral a été altéré par les agents du Ministère de l'Administration du Territoire. La CENI est inféodée au gouvernement avec Louncény Camara comme président de cette institution, violant ainsi un dispositif essentiel de la Constitution. Les élus communaux des principales villes du pays ont été démis en violation des dispositifs du code des collectivités. Des délégations spéciales composées essentiellement de responsables du RPG ont pris leur place. En plus de tout cela, le gouvernement dispose des préfets, des gouverneurs, des sous-préfets et des démembrements de l'Administration publique. Pour couronner le tout, M. Alpha Condé déclare dans des meetings politiques « qu'il ne va pas organiser une élection pour la perdre ». Le gouvernement utilise la « politique de la carotte » pour légitimer la fraude électorale qu'il est en train de préparer.

Ceux qui sont sur place en l’occurrence Mouctar Diallo de NFD, Faya Millimouno de la NGR et les responsables de l'UFDG se battent avec des armes inégales pour faire prospérer les revendications de l'Opposition. Avec Alpha Condé, je doute fort que les législatives soient libres, transparentes et crédibles. Il rêve d'installer l’Etat-RPG, alors il ne nous reste plus qu'à faire preuve de fermeté et de détermination dans le bras de fer qui nous oppose au gouvernement.

Votre message ?

L'UFDG continue sa route et sera à la pointe du combat pour la démocratie et les libertés en République de Guinée. Dans un contexte marqué par la politique répressive de M. Alpha Condé, nous devons réexaminer notre stratégie et nos méthodes de lutte pour être en mesure de contrer cette nouvelle dictature dans notre pays. Cela n'est pas facile car le pouvoir use de la violence et de la complotite pour neutraliser ses adversaires politiques. Malgré tout, nous ne baissons pas les bras et le combat continue pour une Guinée réconciliée, prospère et démocratique.

J'ai confiance en l'avenir de mon pays.


Propos recueillis par Adjidjatou Barry Baud
pour GuineeActu.com


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