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Mamadou Bah Baadikko enfonce : «l’entourage du président actuel n’est pas moins pourri que celui décrié du régime Conté. »

Abdoulaye Bah   Vendredi, 28 Juin 2013 00:21

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BAH_Mamadou_Baadikko_2_01« Nous ne contestons pas le droit du RPG de nommer même une chèvre à tous les postes qu’ils veulent mais leur échec lamentable est patent ». Ou encore : « Nous sommes prêts à travailler mais pas à devenir la cinquième roue d’un carrosse qui tue la Guinée ». Ou enfin : « ce pouvoir a été incapable de débaucher un chat de l'opposition. C’est un fait inédit, un signal fort, un exploit sans précédent ». Ce sont en en clair les propos du leader de l'Union des forces démocratiques (UFD) dans un entretien qu’il a accordé à Guinéenews.

Très connu pour ses prises de positions tranchées, Mamadou Bah Baadikko, a fait des révélations : « Il y a même eu des tentatives en notre direction pour former des groupes contre les anciens premiers ministres, mais nous leur avons répondu que ceci n’est pas notre crédo ». Parlant de la stratégie de l'opposition aux législatives, le coordinateur du Front d'union pour la démocratie et le progrès (FDP) conseille : « si nous refusons d’aller en rangs dispersés, il y a de très fortes chances, surtout que les populations en ont assez et de partout, de battre absolument le RPG à plate-couture ». Lisez !


Guinéenews : On s'attendait à la tenue imminente des élections législatives au lendemain du dialogue politique national. Mais hélas, l'opposition guinéenne a suspendu sa participation aux négociations. Pourquoi cette volte-face de dernière minute ?

Mamadou Bah Baadikko : Oui, malheureusement, il a bien fallu recourir à cette décision puisque les événements que nous avons vécus, le mercredi 19 juin, après la convocation du président de l'UFDG, Elhadj Cellou Dalein Diallo, au tribunal de Dixinn, a montré que le pouvoir, contrairement à tous ses dires, n'est pas dans une logique de décrispation, ni d'apaisement mais plutôt qu’il est dans une logique de harcèlement judiciaire et surtout d'agression, de répression de l'opposition. Dans ces conditions, nous estimons que nous ne pouvons pas avoir un dialogue sérieux, fructueux et honnête, alors que le pouvoir déploie des mesures de terreur contre les leaders de l'opposition que nous sommes. Ce qui est totalement en porte-à-faux par rapport à la tenue d'un dialogue qui nécessite un minimum de tranquillité, de sécurité, de sérieux et de quiétude pour tous les acteurs.


L'opposition guinéenne a multiplié les manifestations de rue souvent meurtrières pour exiger le départ de Waymark. Mais elle a fini par l’accepter. Nombreux sont vos détracteurs qui crient aujourd’hui à la trahison, à la capitulation ?

Il est important de remettre les choses dans leur contexte. Effectivement, l'opposition a manifesté comme le veut notre constitution pour exiger le départ de Waymark-Sabari Technology parce ces deux sociétés ont été frauduleusement introduites en Guinée en violation du code des marchés publics. Et mieux, leur rôle est connu : aider le pouvoir à avoir une mainmise sur tout le processus électoral.

Alors, lorsque vous participez au dialogue, il faut bien s'attendre au principe du compromis. Dans toute négociation, on ne peut pas tout obtenir absolument. C'est dur mais c'est le principe. Nous avons accepté Waymark pour trois raisons. Premièrement, nous ne voulions pas être statique, ni nous barricader surtout que la mouvance présidentielle espérait que nous commettions l'erreur de nous polariser sur des noms fétiches comme Waymark ou Sabari Technology pour empêcher tout accord politique. Ensuite, nous avons tenu compte de la position de la communauté internationale, qui estime qu'il est grand temps de parachever la transition en cours. Enfin, nous n'avons pas voulu tomber dans le piège du pouvoir qui voulait nous faire passer comme des adeptes de la violence, de la confrontation et de la force ou ceux qui ne veulent pas des élections.

Donc, il a fallu expliquer pourquoi nous ne voulions pas de Waymark et pourquoi nous suspections la CENI. Ce couple a fabriqué un véritable monstre, un fichier électoral truqué avec 2,2 millions d’électeurs de plus par rapport à 2010, dont 1,5 million fictifs ou des inscriptions massives d'enfants dans les zones contrôlées par le parti au pouvoir. Ceci dit, nous avons eu des assurances de la communauté internationale qui a garanti qu'elle est capable de nous aider à éliminer tous les doublons dans le fichier fabriqués par Waymark. En plus, il a été promis la réouverture des commissions administratives de révision des listes électorales (CARLE) avec la participation des délégués de l'opposition guinéenne. Enfin, Waymark sera assisté de deux de nos experts payés par la communauté internationale pour assainir le fichier de tous les doublons. Il le faut parce que depuis deux ans, le pouvoir a multiplié les recensements ou révisions sporadiques et ciblées.

Toutes ces garanties étant obtenues, l’opposition républicaine a estimé qu'elle ne devait pas se polariser sur des noms fétiches Waymark- Sabari, surtout que ce couple ne participera pas à la centralisation des résultats du vote. En plus, un nouvel opérateur sera recruté en 2015 par appels d'offre et dans la transparence. Donc, ce n'est pas du tout une capitulation. Les très lourds sacrifices consentis par les populations n'ont pas été vains. Figurez-vous, le gouvernement refusait tout dialogue, y compris avec la participation de la communauté internationale. En janvier-février 2012, un dialogue interne exclusivement a été organisé à Conakry mais il a été totalement vidé de son contenu. Il est resté sans lendemain. Aucun engagement n'a été respecté par le pouvoir.

Donc, les sacrifices sont extrêmement lourds mais ils ont permis la conclusion des avancées. Mais ces accords ne sont pas la finalité, ils seront ce que l'opposition guinéenne voudra qu'ils soient. Autrement dit, si nous nous mobilisons pour contrôler les CARLE, ainsi que tout le processus électoral, si nous verrouillons toutes les possibilités de fraude au niveau des inscriptions des électeurs, de la distribution des cartes d'électeurs, de la surveillance des bureaux de vote, nous pouvons espérer un scrutin transparent et honnête.

La meilleure preuve que les accords auxquels nous sommes parvenus sont bons pour le peuple de Guinée est que la mouvance présidentielle est actuellement désemparée devant l’échec de sa tentative de coup d’Etat électoral. Elle s’attendait à ce que le dialogue se termine en queue de poisson pour lui permettre de passer à son coup électoral fomenté. Aujourd’hui, on est en train de les priver de leur outil principal, qui est la fraude.


Vous dites souvent que le report des élections législatives, initialement fixées le 30 juin, a fait échouer un coup d'Etat électoral en cours de préparation.

C'est notre opinion, le pouvoir du RPG-Arc-en-ciel a subi une défaite politique mémorable dans l'arène politique guinéenne puisqu'il s'est totalement discrédité en voulant nous imposer une Assemblée à cent pour cent monocolore et de parti unique, avec un fichier électoral truqué sur mesure. Il n’y aurait pas d’élection. Le 30 juin, on n’aurait pas voté mais on aurait fait semblant de voter, tout en proclamant les listes « élues » le lendemain. Donc, nous disons que l'opposition a enregistré une grande victoire.

Et mieux, le coup d'Etat électoral a échoué parce que le pouvoir a été incapable d'acheter, de corrompre un seul leader de l'opposition. Ce qui a convaincu la communauté internationale de l'isolement du régime sur l'échiquier politique. Le général Conté, paix à son âme, avait réussi en son temps à s'attacher les services de feu Siradiou Diallo et du doyen Jean Marie Doré. Ce qui lui avait permis de faire son affaire pour produire l'Assemblée que nous savons tous. Mais ce pouvoir a été incapable de débaucher un chat de l'opposition. Ceci est un fait inédit dans les annales de l'histoire de la politique guinéenne. Et c'est à mettre au crédit de l'opposition, qui est restée soudée et unie avant, pendant et après le dialogue. Cela est un signal fort, un exploit sans précédent.


Je vous le concède : le pouvoir n'a pas réussi à débaucher un chat de l'opposition pour l'accompagner aux urnes le 30 juin, certes, mais il pourrait se rattraper avec son projet de formation de gouvernement d'union nationale. Qu’en dites-vous ?

Nous prenons cette initiative avec la plus grande suspicion. Toute initiative en politique, il faudrait voir le pourquoi et le comment. Si le RPG voulait réellement d'un gouvernement d'union, il ne se serait pas pris comme ils l'ont fait depuis deux ans et demi. A l'entre-deux-tours, les deux candidats s'étaient engagés à Ouagadougou à travailler ensemble au lendemain des élections en tenant compte de la fragilité du tissu social et du retard du pays. Mais au lendemain de sa victoire, le RPG a fait fi de toutes ses promesses. Toute sa volonté était de contrôler immédiatement tous les rouages politiques, économiques, sécuritaires, administratifs et judiciaires. Ils se sont empressés de balayer les maires des communes urbaines jusqu'au chef des secteurs. Ils ont parachuté partout des responsables à leur solde. Leur volonté était de tout contrôler, tout verrouiller, tout régenter comme dans un système totalitaire de parti unique. Conséquence, le double échec est total aujourd'hui. L'échec du coup d'Etat électoral qui lui aurait permis d'imposer le système de parti unique et de dictature du style digne de la première République. C’est pourquoi du 30 juin, ils ont annoncé les élections le 15 juillet, comme elles sont intenables, ils ont proposé le 28 juillet. Tout ceci ayant lamentablement échoué, il est tout à fait normal qu'ils trouvent autre chose : en ce qui nous concerne, nous ne voyons pas comment on pourrait travailler avec un gouvernement sans responsabilité. Tous les ministres ne venant pas du RPG bon teint sont flanqués de super-ministres qui font le travail, alors qu'eux sont réduits à l'état de planton.

On voit mal une politique de gouvernement d'union nationale initiée dans ce contexte actuel. Sont-ils prêts à changer la donne pour enfin travailler honnêtement avec des bons partenaires ? On ne peut qu'en douter. Et au pire, on peut dire que leur politique a totalement échoué sur tous les plans, la régression est totale, rien ne marche en Guinée, les populations souffrent comme elles n’ont jamais souffert dans l’histoire du pays. Même les années 1975, qui sont les plus difficiles en Guinée, n’ont pas atteint le stade actuel. Comme l’échec est patent, on suppose que le RPG serait désireux de trouver un bouc-émissaire avec qui partager son échec. Leur problème n’est pas la reconstruction du pays mais de passer ce cap difficile face à toutes les défaites politiques et diplomatiques qu’ils ont subies. Pour nous, l’urgence n’est pas un gouvernement d’union mais plutôt de mener à bien et rapidement le processus électoral pour parachever la transition.


Donc, si on vous appelait aujourd’hui dans ce contexte, vous refuseriez.

Le problème est que nous ne voyons pas comment ils comptent changer leur façon de faire. Leurs pratiques sont connues. La politique du RPG, c’est la magie du décret. Pour notre part, nous ne leur contestons pas le droit de nommer même une chèvre à tous les postes qu’ils veulent mais les résultats sont là, l’échec est lamentable. Non seulement il y a les postes pourvus par décret mais également ils ont fait des pressions aux sociétés privées de ne prendre que les partisans du RPG-Arc-en-ciel. On va entrer dedans pour quoi faire ? Pour bouffer comme tout le monde ? On ne peut pas être d’accord avec cette méthode. S’il s’agit de travailler, nous avons toujours donné notre accord. Nous n’avons jamais souhaité l’échec du Pr Alpha Condé au lendemain de sa victoire. Nous avons pensé qu’il a beaucoup lutté et souffert. Nous n’avions pas été tout le temps d’accord avec lui mais nous nous sommes dit qu’il aurait la sagesse de comprendre que le pays est dans un tel état qu’il fallait travailler avec tout le monde sans faire d’ostracisme et d’exclusion dans le choix des compétences. Il ne l’a pas voulu, et aujourd’hui, nous ne sommes pas prêts à assumer son échec.

Ce qui est mis en cause, c’est l’orientation politique du RPG-Arc-en-ciel. Même quand ils ont des initiatives louables et correctes, qui auraient dû produire des bons résultats, elles se sont souvent soldées en échec. On a injecté des milliards de francs dans la campagne agricole, aujourd’hui, on n’en parle plus parce que le RPG-Arc-en-ciel est un système prédateur basé sur la préférence communautaire ou politicienne où on case des parents, des amis, des soutiens. On n’a pas pu récupérer les engrais, ni récupérer l’argent de ceux qui ont payé. Le président de la République a même dit que nous devons faire comme les Etats-Unis, que si quelqu’un vient aux affaires, qu’il vienne avec tous ceux qui l’ont soutenu. Mais Bon Dieu, est-ce qu’on peut comparer la Guinée et les Etats-Unis ? Quand vous dites que vous ne pouvez travailler qu’avec vos gens, les résultats sont là, l’échec est total. Nous sommes prêts à travailler dans la sincérité mais nous ne pouvons pas non plus être la cinquième roue d’un carrosse qui tue la Guinée.


Ce dimanche, le président Alpha Condé a bouclé son mi-mandat. Votre bilan.

Nous voudrions bien qu’ils nous donnent le vrai bilan. En tout cas, je n’en ai pas entendu parler.


Pourtant, les institutions financières internationales félicitent son régime…

Ils nous disent que le FMI est très content d’eux, mais je dis que c’est lamentable. La politique du RPG-Arc-en-ciel est-elle que le FMI soit content de nous ? La monnaie s’est stabilisée, la planche à billet a cessé, c’est la moindre chose pour un gouvernement responsable mais ce n’est pas une fin en soi. Les prix grimpent, le chômage grandit, les sociétés minières et leurs sous-traitants ont plié bagage. La desserte électrique a chuté plus que par le passé. La crise d’eau est d’actualité en hivernage.


Les inconditionnels du régime vous citeront, par exemple, l’unicité des caisses…

Oui, on nous dit qu’ils ont réussi l’unicité des caisses mais cela n’a pas empêché les détournements, les marchés de gré à gré et la grande bouffe dans le bien public. Ce qui est dramatique aujourd’hui est que sur le plan de l’éthique, on peut dire que l’entourage du président actuel n’est pas moins pourri que celui décrié de feu général Lansana Conté. Il y avait plus de transparence sous le général Lansana Conté qu’aujourd’hui. Tout se passe dans l’opacité totale avec des emprunts à la volée un peu partout et des dénonciations directes de corruption comme dans cette histoire de Rusal où le numéro du compte bancaire qui perçoit les prébendes et l’argent versés à l’entourage présidentiel a même été révélé. Donc, on comprend qu’ils ne peuvent pas imposer un minimum d’ordre à Rusal pour que celle-ci puisse rouvrir Fria et permette aux travailleurs de reprendre le service pour gagner leur vie. On ne voit pas le changement.

Dans le secteur de l’éducation, par exemple, ils avaient promis de tout redresser. Ils ont même fourni un effort une année durant. Ils ont promis des livres à tous les écoliers du pays, ils ont également promis de tout redresser, et après on est retombé sur le lot commun. En plus cette année, 2012- 2013 a été une année terrible, les enfants n’ont pas étudié six mois dans le meilleur des cas. Le calendrier scolaire a été assujetti aux calendriers politiques. On a anticipé les examens en raison de la tenue des élections. L’éducation reste plus sacrifiée qu’avant. On forme des inadaptés sociaux. Même si les investisseurs arrivent, ils sont obligés d’importer la main d’œuvre, alors que nous avons des chômeurs. Même la césarienne n’a eu aucun impact, les gens meurent comme des mouches. N’eût été Médecins sans frontières, le choléra ferait des ravages cette année encore. On se demande aujourd’hui, ce qu’ils ont réalisé réellement. Mais je commence à penser qu’eux-mêmes se rendent compte qu’ils n’ont absolument rien fait. D’où ces appels de gouvernement d’union nationale pour les aider, non pas peut-être pour embellir le bilan mais à partager vis-à-vis de la population, le tort de l’échec qui est le leur.


Le président Alpha Condé résume souvent son opposition aux anciens premiers ministres qu’il dit avoir pillé le pays. Vous êtes opposants, et vous n’avez géré aucun poste par le passé, vous sentez-vous à l’aise face à ces critiques ?

Cette façon de polariser l’attention sur les premier ministres relève de l’amalgame. Il faut que le RPG-Arc-en-ciel fasse mieux que ces anciens PM. Là, on pourra discuter. Nous avons notre propre ligne politique. Comme le RPG, nous n’avons pas géré, mais il faut qu’il nous montre en quoi il est différent du régime précédent. En matière d’éthique gouvernementale, la constitution exige la déclaration des biens à commencer par le président de la République, jusqu’au ministre, en passant par les dirigeants des institutions, pourquoi l’ont-ils refusé ? Je vois mal quelle leçon ils peuvent donner aux anciens premiers ministres. On a trop agité des histoires d’audit, rien. Ils ne sont même pas capables de dire en quoi ces premiers ministres ont fait ceci ou cela. Moi, je préfère ces anciens premiers ministres, qui au moins ne nous ont pas trainés dans cette situation de guerre civile latente. Ils n’ont pas plongé le pays dans cette crise. Certains parmi eux ont fourni des efforts louables, dont les citoyens se souviennent parfois.

J’ouvre une parenthèse pour dire que faire la politique en Guinée n’est pas évident parce que nous sommes proches de la situation du Nigéria où seuls les généraux de l’armée pouvaient prétendre diriger le pays parce qu’ils avaient amassé des fortunes colossales leur permettant de le faire. On n’est pas loin de cette situation. Mais c’est inacceptable que tout soit polarisé contre les anciens PM. Il y a même eu des tentatives en notre direction pour former des groupes contre les anciens premiers ministres, mais nous leur avons répondu que ce n’est pas notre crédo et que nous travaillons sur des principes clairs et nets. D’abord, l’unité nationale et ensuite, la gestion honnête du bien public.


Etes-vous surpris de l’annonce du ministre du Plan qui soutient que les recettes de l’Etat guinéen ont connu une baisse en 2013 de mille milliards de francs ?

L’économie est aujourd’hui par terre. Elle s’est effondrée en raison de la gestion opaque et calamiteuse du RPG-Arc-en-ciel. Hormis le manque d’électricité, les entreprises se plaignent des rackets, non pas de l’opposition mais plutôt les hommes du régime. C’est tout à fait normal que le pouvoir récolte les fruits amers de sa mauvaise gouvernance. Quand Fria s’éteint, ce sont des recettes qui disparaissent. Quand Rio Tinto gèle ses activités, des milliers d’employés sont privés de salaires. Conséquence, le pays ne produit plus rien et les quelques entreprises qui marchaient ont fermé.


Mais le ministre du Plan explique cette baisse en raison de la détérioration du climat politique. Donc, les marches de l’opposition y sont pour beaucoup.

Ecoutez, le pouvoir veut faire comprendre à tout prix que c’est l’agitation de l’opposition qui fait fuir les investisseurs. Est-ce que l’opposition a manifesté à Fria ? Est-ce que l’opposition a manifesté à Sangarédi avec le départ de BHP Billiton ? Est-ce que l’opposition a manifesté à Beyla, au Mont Simandou ? Absolument non. Donc, c’est l’ambiance des affaires qui ne permet pas à une entreprise sérieuse d’y rester. C’est une spirale qui ne peut que continuer. Mais ils ne doivent que s’en prendre à eux-mêmes parce que c’est la politique du RPG qui a mené à cette catastrophe monumentale. Qu’ils assument leur responsabilité et qu’ils ne trouvent pas de bouc-émissaire.


Les législatives sont inévitables comment votre parti prépare-t-il le scrutin ?

Nous ne restons pas les bras croisés. Nous continuons à aller vers les populations surtout pour les écouter. On entend que des pleurs et lamentations. On se demande à quand la fin de notre calvaire. Vous ne pouvez plus acheter des médicaments, tout est du faux. Le gouvernement crie partout le changement, alors qu’il est confronté à des problèmes sérieux qui le dépassent. Le système de vente des faux médicaments est directement alimenté par des responsables de la santé publique. Vous ne pouvez pas acheter l’huile de palme parce qu’ils mettent du sirop. Ce sont tous ces travers que nous expliquons aux populations pour leur dire de faire le bon choix aux élections. Notre démarche est de montrer à quoi peut ressembler une vraie Assemblée demain.


L’opposition guinéenne ne sortirait-elle pas victorieuse, si elle acceptait de transformer ses cinq blocs politiques en une et seule alliance électorale ?

L’idéal serait l’unité d’action de l’opposition face au pouvoir et nous sommes convaincus que si l’opposition adoptait une telle stratégie, le RPG serait battu et à plate-couture malgré toutes les formes résiduelles de tricherie. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, quelqu’un qui a le pouvoir a plus de ressources qu’un opposant. C’est illusoire de croire que nous pouvons éliminer toutes les sources de fraudes mais néanmoins, si l’opposition refuse d’aller en rangs dispersés, il y a de très fortes chances, surtout que les populations en ont assez et de partout, on peut battre absolument le RPG.

Mais il faut comprendre que les élections législatives sont à deux niveaux : à la proportionnelle, il n’y a pas à priori nécessité forcément de concocter une liste unique mais à l’uninominal, on peut dire que l’opposition a intérêt à éviter des candidatures multiples au risque de favoriser le candidat de la mouvance présidentielle. Nous devons travailler ensemble pour faire des concessions réciproques et que chacun de nous reste raisonnable les pieds sur terre, et pour privilégier l’intérêt général comme aujourd’hui. En le faisant, nous réussirons à maximiser les chances de l’opposition de remporter les législatives.

Pour notre part, nous sommes un vieux parti, qui fera tout pour casser cette dynamique ethniciste dans le système électoral où on choisit les candidats, non pas en fonction de leur mérite supposé, de leur itinéraire ou de ce qu’ils sont mais plutôt en fonction de l’ethnie. Si nous cassons cette donne, je puis dire que nos chances seront très grandes. Heureusement, les populations ont compris qu’en 2010, le système a été biaisé. On a enfoncé la Guinée dans un système ethniciste dont on voit aujourd’hui les résultats catastrophes.


Que pensez-vous de l’accord formel sur le vote des guinéens de l’étranger ?

Dans le cadre de nos discussions, nous avons effectivement évoqué le cas des Guinéens de l’étranger. Compte tenu de la volonté de la communauté internationale qui souhaite des élections le plus rapidement possible, nous nous sommes entendus sur le vote de nos compatriotes résidents à l’étranger sur la base des inscrits en 2010. C’est une concession qui nous coûte cher mais nous n’avons pas d’autre choix.

Parlant de la communauté internationale, au début du dialogue, on ne peut pas dire forcément qu’elle était prête à écouter l’opposition parce que la tendance était que le pouvoir avait réussi à faire accréditer l’idée que l’opposition républicaine bloquait le processus électoral, qu’elle ne voulait pas aller aux élections. Mais nous sommes heureux aujourd’hui, avec cet esprit de compromis dont nous avons fait preuve, la communauté internationale a compris notre préoccupation et elle a en pris en charge. C’est elle d’ailleurs qui a empêché le pouvoir de foncer vers son coup d’Etat électoral du 30 juin.


Notre entretien est arrivé à son terme. Quel est votre mot de la fin ?

Je termine par une note d’espoir. Nous espérons une mobilisation générale pour passer ce cap difficile. Nous espérons également arriver à des législatives libres, transparentes, honnêtes dont les résultats seront acceptés de tous. Nous espérons enfin un nouveau départ positif pour la Guinée, non pas le début d’autres crises.


Entretien réalisé par Abdoulaye Bah
pour Guinéenews


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