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Interpellation des opposants : Aboubacar Sylla raconte leur calvaire
Moro Amara Camara Lundi, 22 Avril 2013 23:33
Le jeudi 18 avril, les militants et sympathisants des 4 coalitions de partis d’opposition, réunis au sein du Collectif, de l’ADP, du CDR et du FDP, étaient à nouveau dans la rue à Conakry pour protester contre ce qu’ils appellent la gestion unilatérale du processus électoral et en faveur d’un scrutin transparent. Cette marche qui se voulait pacifique initialement, a tourné malheureusement à l’affrontement entre manifestants et forces de l’ordre. Le porte-parole de l’opposition Aboubacar Sylla et Charles Pascal Tolno furent brutalisés et interpellés pour quelques heures, avant d’être relaxés. Monsieur Sylla revient dans cet entretien sur les circonstances de ces incidents.
Le Démocrate : Monsieur Sylla, pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé suite à votre interpellation ?
Aboubacar Sylla : « Naturellement, nous étions dans le cortège de la marche pacifique de protestation contre la gestion unilatérale du processus électoral et en faveur d’élections législatives transparentes. Nous avons fait les formalités administratives, le lundi 15 avril, en déposant les lettres d’information auprès des autorités locales concernées. C’est-à -dire les communes de Matoto, Matam et Kaloum. C’était le 15 avril. Nous n’avons reçu que le 17, c’est-à -dire 48 heures après, une lettre réponse du gouverneur de la ville de Conakry dans laquelle il nous a fait deux propositions : la première, c’était de lui indiquer le nom de ceux qui étaient membres du comité d’organisation, les cinq personnes ; deuxièmement, de changer d’itinéraire pour que nous nous contentions du tronçon Hamdallaye - Stade du 28 septembre. Nous avons répondu aussi par écrit. Donc, le 17 avril, la veille de la manifestation. Il y a aussi une lettre que nous lui avons adressée. Dans cette lettre, nous avons donné les noms des cinq personnes qui seraient donc responsable de la manifestation. Il y avait Elhadj Cellou Dalein, Sidya Touré, Lansana Kouyaté, Mouctar Diallo, et moi-même, Aboubacar Sylla. Ensuite dans la même lettre, nous lui avons dit qu’ayant été informés très tard, nous n’avions plus la possibilité de changer, de modifier l’itinéraire. Puisqu’il faudrait remonter l’information jusqu’au niveau de nos bases et structures, refaire une autre campagne d’information, on n’en avait plus le temps. Je rappelle au passage que la loi dit que pour nous exprimer un refus motivé pour proposer un autre itinéraire, il faut le faire au plus tard dans les 24 heures avant la manifestation. Or, dans l’après-midi du 17… vous vous rendez compte qu’on n’était plus qu’à quelques heures. On a donc dit que cet itinéraire ne pouvait plus être modifié puisque les autorités avaient dépassé le délai légal.
N’ayant pas eu d’autres réponses du gouverneur, pour nous, la cause était entendue et qu’on pouvait emprunter l’itinéraire initialement prévu. C’est ainsi donc que nous nous sommes retrouvés et que nous avons fait notre cortège.
Au niveau de l’aéroport, il y avait un cordon policier qui avait été installé là -bas. Comme les manifestants étaient très nombreux, le cordon a été donc démantelé. Quand nous sommes venus, le cortège de véhicules des leaders, nous sommes passés au niveau du rond-point de l’Aéroport et nous avons continué sur l’autoroute. Mais, au niveau de Gbessia-Kondébounyi, là où il y a l’échangeur, on a trouvé qu’ils avaient mis là , un autre cordon policier plus renforcé pour que nous ne passions pas. Puisque nous ne pouvons pas forcer un cordon policier avec des faibles véhicules, nous avons voulu prendre la bretelle qui remonte vers Concasseur pour aller donc du côté de Hamdallaye. C’est là que notre véhicule a été bloqué et que des policiers en nombre impressionnant se sont précipités sur ma voiture, je crois bien que des journalistes ont fixé les images. Comme par hasard, il y avait une équipe de journalistes qui était juste derrière moi, qui a fui mais certains sont restés quelque part et ont pu filmer cette partie de la scène. Il y a tout un monde qui a dévalé sur nous, de la côte, pour venir s’attaquer au véhicule. Comme les portières du véhicule était bloquées, ils ont pris des grosses pierres, ils ont cassé le pare-brise avec, ont défoncé le capot, à l’aide des crosses de fusil, ils ont percé les vitres, ont défoncé les portières et les ont ouvertes. Ils ont frappé presqu’à mort mon garde du corps qui était devant. Il y a même des traces de sang sur le siège du véhicule. Ils nous ont sortis en nous molestant et nous ont emmenés avec brutalité. Le doyen Charles Pascal Tolno ne pouvait même pas suivre la cadence, ils l’ont pris complètement pour aller le jeter dans le pick-up de la police. Ils nous donc amenés directement à la CMIS. Avant cela, ils avaient frappé à sang les deux gardes du corps qui étaient avec moi. Lorsque nous sommes arrivés à la CMIS, nous y avons fait quelque moment. Je crois qu’ils ont appris que mes collègues des autres partis politiques d’opposition avaient décidé de se rendre à la CMIS pour se constituer prisonniers ou tout au moins, exiger notre libération immédiate. C’est ainsi qu’ils nous ont déplacés pour nous amener à la DPJ en ville. Lorsque nous sommes arrivés là -bas, nous y avons trouvé le ministre Gassama Diaby qui a tenu vis-à -vis du directeur de la DPJ, des propos corrects et d’apaisement. En rappelant quand même que bien que nous soyons des opposants, nous avons des droits, qu’il fallait tout faire pour préserver ces droits. Puis, on a vu qu’ils voulaient nous écouter sur PV, en un paragraphe, nous avons dit tout ce que nous avons subi et notre indignation par rapport à ces actes. Puisqu’on nous dit que même du temps du général Lansana Conté, tout militaire qu’il était et bien qu’on en était aux premiers balbutiements de la démocratie en Guinée, on n’a pas connu des violences de ce type surtout à l’endroit des leaders politiques.
Donc, tout de suite après, on nous a libérés et on nous a dit qu’on pouvait rentrer avec mille excuses pour les violences qu’on aurait subies. Nous avons dit que, de ce point de vue, la réforme des forces de sécurité est très loin d’avoir atteint ses objectifs, vu les brutalités que nous avons subies. C’était non seulement quelque chose d’anormal mais c’était aussi inédit. En Guinée, nous n’avons pas connu de tels excès de violence sur des personnes politiques. Nous avons dit que c’est un grave recul pour la démocratie et pour les droits de l’homme dans notre pays. Le ministre Gassama a mis son véhicule à notre disposition pour nous ramener dans nos familles.
Est-ce que vous avez été vous-même brutalisé ?
Oui. J’ai été brutalisé comme tous les autres qui étaient avec moi dans le véhicule. Imaginez quelqu’un qu’on essaie de sortir d’une manière aussi violente… on ne peut pas le prendre gentiment. Si vous voyez le véhicule, si on vous dit que ce véhicule n’a pas fait de tonneau, un accident grave de circulation, vous n’allez pas croire. Les portières sont défoncées, le pare-brise cassé, le capot enfoncé, il y a même les traces de brodequins sur les portières.
Ces éléments étaient des policiers, des gendarmes ou des membres des deux corps ?
C’était des policiers de la CMIS puisque c’est là -bas qu’on nous a conduits. Mais, je me pose une question simple, pourquoi c’est sur moi que c’est tombé ? Parce que je ne crois pas aux coïncidences. Il y avait une file de véhicules, pourquoi ils se sont concentrés sur mon véhicule et pourquoi avec une telle violence…? Je me dis que c’est simplement une tentative d’intimidation à l’endroit du porte-parole que je suis en croyant qu’en se comportant ainsi, ils arriveront à baisser mon ardeur politique et réussiront à diminuer mes convictions politiques. Qu’ils se détrompent complètement. Si peut-être c’est une leçon qu’on a voulu donner à d’autres pour qu’ils ne puissent s’en prendre à la grille et effrayer les uns et les autres, c’est peine perdue. Nous, nous n’avons pas eu peur de la junte militaire en 2009, on a été au stade du 28 septembre pour aller défendre ces valeurs de démocratie malgré les injonctions d’une junte militaire qui dirigeait une armée parmi les plus indisciplinées d’Afrique… nous avons quand même lutté sans avoir peur. Alors que le Pr Alpha Condé, comme tout le monde le sait, avait quitté la Guinée à l’époque. Ce n’est donc pas un régime civil pour lequel nous nous sommes battus pour qu’il accède au pouvoir à la place des militaires qui voulaient se pérenniser à ce pouvoir, ce n’est vraiment pas un régime civil qui pourra nous intimider, nous empêcher de jouir de nos droits politiques. C’est une perte de temps. Au contraire, c’est ce qui nous renforce davantage dans nos positions et nous n’allons pas céder un iota, nous nous battons rien que pour la démocratie, pour le respect des droits de l’homme, pour que la Guinée ne retombe plus dans une nouvelle dictature, nous nous battons pour un avenir radieux pour ce pays. Nous ne nous battons pas pour des strapontins à l’Assemblée, que sais-je, préfabriquée. Nous ne voulons pas que l’Assemblée nationale soit une caisse de résonance mais plutôt le reflet des suffrages que les Guinéens auront effectivement exprimés le jour du vote. On se bat pour que l’Assemblée nationale puisse jouer son rôle fondamental de contrepouvoir, d’amener l’exécutif à exercer une gouvernance irréprochable aux plans politique, économique tout comme social. Voilà , nous nous battons pour que les prochaines présidentielles et avant les communales et les communautaires se passent aussi dans la transparence.
Nous nous battons pour qu’un « État RPG » ne s’installe pas en Guinée. Pour cela, nous nous battrons jusqu’au bout puisque, ne pas le faire, ce serait trahir non seulement nos idéaux, ce serait aller à contre-sens de nos convictions politiques mais c’est également trahir la mémoire de tous ceux qui sont morts pour ce combat que nous menons. Donc pour tous ces gens-là , nous ne pouvons pas reculer. La preuve, c’est que dès la semaine prochaine, nous continuerons notre processus de manifestation et que nous allons engager la marche pour le 24 avril prochain qui sera suivie, le lendemain le 25 avril de la journée « ville morte ».
Propos recueillis par Camara Moro Amara
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
C'est un juste un retour des choses.Il est pas à plaindre.Tous les auteurs de crimes en Guinée vont payer leurs forfaitures , tôt ou tard.Demandez la bande à Nouhou Thiam .Y'en a beaucoup à venir, la liste est longue.








