Jean Dominique Jacquemet, syndicaliste suisse : «Il y a en Guinée un tissu de la société civile qui tient bon»

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JACQUEMET_Jean-Dominique_3_01Jean Dominique Jacquemet, syndicaliste, membre du Syndicat interprofessionnel des travailleurs et travailleuses de Genève, a effectué une visite de près de deux semaines en Guinée pour toucher du doigt l’état d’avancement des projets en œuvre dans le cadre de leur partenariat avec la CNTG et prendre contact avec les associations féminines avec lesquelles, ils ont récemment signé des accords de partenariat. Quelques heures avant son départ, nous l’avons rencontré pour en savoir davantage.


GuineeActu : Présentez-vous et dites-nous les raisons de votre présence en Guinée.

Jean Dominique Jacquemet : Je suis syndicaliste membre du Syndicat interprofessionnel des travailleurs et travailleuses de Genève.

Nous sommes en partenariat avec la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) depuis un certain nombre d’années pour développer des projets de formation, de renforcement institutionnel ; aussi des projets et des chantiers d’amélioration des conditions de travail sur les marchés pour les groupements ; mais aussi un nombre de micro-crédits avec la CNTG et tous les groupements, associations et coopératives, les mutuelles ; pour leur donner un coup de main pour développer leurs activités. Ça c’est dans le cadre du partenariat entre syndicats suisses et la CNTG.

Par ailleurs, je fais partie du comité d’une association qui vient de se créer. Il s’agit de Solidarité Suisse-Guinée, dont la présidente est Adjidjatou Barry Baud. Avec cette ONG, d’une cinquantaine de membres, nous essayons de développer un certain nombre de projets avec les femmes de la FEGUIREF, qui regroupe un certain nombre d’associations qui sont demandeuses de financements pour le développement de petits projets. Là, au tout début de l’année, nous avons pu trouver le financement d’un projet d’extraction de beurre de Karité à Siguiri avec le CEFED et à Kérouané avec AFPPDA, d’un projet de moulin pour le décorticage et la mouture des céréales. Ce sont-là les deux premières réalisations qu’on va pouvoir faire cette année. On a d’autres projets en attente : il s’agit d’une école de couture à Labé et, plus tard, d’un projet de maraichage à Mali.

On essaie, pour ces cas, de trouver des financements. Lorsque les associations font appel à nous, quand elles ont des projets, on présente ceux-ci aux bailleurs de fonds qui sont des communautés publiques de Suisse romande, des fondations. Après que les demandes ont été agréées et le financement obtenu, notre coordinatrice à Conakry, Binta Barry, assure le suivi et l’évaluation.


Comment avez-vous noué les contacts avec ces associations que vous appuyez actuellement ?

Notre présidente connaît la Guinée très bien. Elle a des contacts avec les instances de la FEGUIREF qui regroupe un grand nombre d’associations de femmes. Que ce soit pour la production agricole ou la promotion de la paix dans la sous-région. C’est grâce à ses contacts que nous avons pu identifier ces différents partenaires qu’on a choisis en tenant compte de l’aspect financier. Ce sont des micros projets. Ce sont des projets de dix mille euros. Ce sont aussi des associations qui se battent pour des gens qui sont dans des conditions précaires. Elles travaillent dans des zones isolées à l’écart des grands axes routiers pour essayer de développer toutes ces structures. Ce qui a fait que la priorité a été donnée à ceux qui travaillent dans des régions très éloignées comme Siguiri, Kérouané, Labé et Mali. L’idée de l’association étant d’aider les personnes qui sont dans des conditions les plus précarisées et isolées. Toutes ces femmes, lorsqu’on leur a demandé pourquoi elles voulaient un moulin, elles ont répondu qu’elles voudraient avoir plus de temps pour se consacrer à l’éducation de leurs enfants, à leur propre alphabétisation. Ces raisons-là sont très nobles et respectables.


Vous venez de parler de ce que vous faites pour les associations féminines. Avec la CNTG, dites-nous concrètement quelles sont les actions que vous menez sur le terrain.

Avec la CNTG, on a lancé un grand plan de micro-crédit de plus de deux cent millions de francs pour appuyer les associations et groupements à développer leurs activités. On a renforcé les capacités institutionnelles pour capitaliser les expériences lors de notre seizième congrès de 2011. On a lancé des travaux de construction de latrines sur le marché de Lélouma pour les femmes qui viennent commercer. Pour une coopérative de sept éleveurs à Boffa, on a entrepris la construction d’un parc animalier composé de hangars et de pâturages clôturés. Voilà les grands projets qu’on a. A part ça, il y a une série de formations pour les nouveaux membres, les secrétaires syndicaux, les personnes élues dans les instances publiques, les chefs d’entreprises ou les comités d’entreprises, les femmes pour la gestion coopérative. Il y a eu énormément de formations qui ont été données par les formateurs de la CNTG.


Pour parler toujours de la CNTG, votre partenaire. Depuis un certain temps, elle traverse une crise sans précédent. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

C’est vrai qu’on était tous inquiets en 2012 suite à ce qui s’est passé au seizième congrès. Personnellement, j’ai trouvé que le bureau exécutif a su redresser la barre et qu’il a pu normaliser ses rapports avec les autres institutions, le gouvernement et le patronat. Il y a une série de protocoles d’accords qui ont été signés entre le patronat, le gouvernement et les syndicats ouvriers ; la mise en place du SMIG. Il y a aussi une série d’accords d’augmentation de salaire à la fonction publique. Pour moi, cela signifie que la CNTG continue à aller de l’avant. Elle a su surmonter sa crise. Aujourd’hui, elle est sur le bon chemin. Il y a des commissions qui ont été mises en place. Je suis très confiant en l’avenir. Je suis sûr que ce qui est arrivé ne pourra pas péjorer le travail du prochain plan quinquennal de la CNTG.


Jusqu’à présent, Yamoussa Touré refuse de reconnaître l’élection de l’actuel Secrétaire général, son rival Amadou Diallo. Cela n’est pas pour vous une source d’inquiétude ?

Cela ne m’inquiète pas du tout. Je sais qu’il est minoritaire. Et je crois qu’il y a eu dans toute cette histoire, un front commun de tous les syndicats. Qu’ils soient africains ou européens ou d’ailleurs, tout le monde a donné son avis et conforté Amadou Diallo dans ses fonctions. Je crois que s’il y a encore des troubles dans le fonctionnement de la CNTG, ça risquera de poser de gros problèmes pour le financement extérieur de l’organisation. Encore une fois, je n’ai pas d’inquiétude à ce sujet parce que tout le monde est au clair avec ça.


Avant de terminer, dites-nous, quel regard portez-vous sur la situation socio-économique de la Guinée ?

Tout le monde regrette le fait que le processus démocratique ne soit pas allé à son terme. Ce qui est important est que les gens soient acteurs de leur propre développement. Parce que quand les gens n’ont pas la parole, ils ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent. On souhaite que ces différents groupements, ces différentes personnes soient représentés au niveau des instances de prise de décisions (politiques et syndicales). Notre mission à l’intérieur du pays m’a permis de voir une très forte mobilisation des groupements. Les différentes associations sont bien organisées et fonctionnent correctement. J’entends par là qu’il y a un débat de fond qui fonctionne en permanence. Donc c’est très rassurant. Parce que ça montre qu’il y a en Guinée un tissu de la société civile qui tient bon et qui va permettre de poursuivre cette tâche de développement. La Guinée est parmi les pays les plus pauvres. Il faudrait donc accélérer le mouvement. Et notamment cet aspect de stabilité politique qui serait très encourageant pour les investisseurs.


Propos recueillis par Heinan Goba
pour GuineeActu


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