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Jean-Marie Doré, secrétaire général de l’UPG : « Un Africain ne peut pas militer pour le mariage homosexuel »

Moro Amara Camara & Sarifou Barry  Dimanche, 09 Décembre 2012 17:21

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DORE_Jean-Marie_10_01Dans cette troisième partie de l’interview qu’il nous a accordée, l’ex-premier ministre et leader de l’UPG, Jean-Marie Doré, sort de sa réserve pour pourfendre, une fois n’est pas coutume, la politique africaine des Occidentaux. Notamment, le discours que le président français, François Hollande a prononcé à Dakar puis celui fait lors de sa visite controversée à Kinshasa. Dans le même entretien, Jean-Marie Doré exprime toute sa rage contre le président Obama pour s’être déclaré favorable au mariage gay et également flétri et maudit les chefs d’Etat africains qui ont cautionné l’attaque et la mort du Guide de la Jamahiriya libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi.


L’Indépendant : Après les impairs historiques de Nicolas Sarkozy à Dakar, quel commentaire faites-vous, en tant qu’ancien premier ministre et intellectuel africain tout court, des récents discours tenus par François Hollande à Dakar puis à Kinshasa ?

Jean-Marie Doré : J’ai commencé à militer pour l’indépendance de la Guinée lorsque j’avais 16 ans. Nous avons activement milité pour que nous votions « Non ». J’étais l’un des principaux animateurs avec les Sidy Diarra, Ba Kaba, Diallo Alpha Taran, Charles Diané, Ly Baïdy du Sénégal et tant d’autres. Le cinéma VOX, qui est en train de tomber en ruines aujourd’hui, était notre lieu de meeting pour préparer l’arrivée du général de Gaulle, ce qu’il fallait dire et ce qu’il fallait faire. Comme Sékou a dit « Non », il faut soutenir. Je suis toujours dans l’esprit de cette période héroïque-là. Il faut que les Africains s’affranchissent de cette façon d’être. Ils ont toujours besoin d’aller chercher des conseils à l’étranger. Que ce soit monsieur Sarkozy ou monsieur Hollande, je crois qu’il ne faut pas donner trop d’importance à ce qu’ils viennent raconter.


Mais, est-ce qu’il n’y a pas un décalage entre ce qu’affirmait Hollande à Dakar et son attitude lors du sommet de la Francophonie à Kinshasa ?

J’y arrive. Je dis et je le répète, il ne faut pas accorder trop d’importance à ce que les gens disent à droite ou à gauche. Parce que cela participe de la même politique. C’est une question d’enveloppement. Comment faire passer notre politique d’être toujours présent là-bas, parce que l’autre est parti avec des griffes alors, on crie au loup. Quel type de gants il faut porter pour continuer à attirer les Noirs comme une goutte de miel qui attire les mouches. Alors Sarkozy, un peu ignorant de la réalité africaine, est venu dire ce que les autres pensent exactement comme lui. Parce qu’il ne faut pas lancer la pierre à Sarkozy seulement. Tous, même les communistes pensent toujours de la même chose de l’Afrique. Donc, cela ne me fait ni chaud ni froid. Ce que je voudrais, c’est que les Africains prennent conscience qu’ils ont un destin à défendre et que cela suppose des sacrifices, des traversées de désert, des marécages, il faut peiner. J’avais une sorte de honte à un moment donné, tous les Africains se référaient au discours de Mitterrand à La Baule. La Baule, c’est quoi ? Il a parlé d’un système qui s’applique chez lui suivant un parcours déterminé. Nous, nous connaissons notre parcours et nous sommes encore tributaires des traditions de chez nous qui ont donné leur preuve de fiabilité et d’efficacité. Mais depuis qu’on nous a privés de cela, la Guinée erre. La Guinée est un pays décentré. Parce qu’il n’y a pas de références historiques. J’étais un militant discipliné du PDG. Mais, il y a deux choses que je n’ai pas acceptées dans les actes historiques du PDG : la suppression de la chefferie et puis un autre qu’il n’est pas temps de dire maintenant. Parce que ça aurait servi à renforcer le tissu social à la base. Or aujourd’hui, ce tissu est effrité, lacéré et il n’y a pas une autorité locale pour appeler les uns et les autres à se souvenir. Donc, ce n’est pas bon. Ça m’aurait étonné que monsieur Hollande aille s’abstenir de dire à Kinshasa ce que le souvenir de son concurrent a laissé comme traces au Sénégal où il devait paraître sous son meilleur jour. Sincèrement, j’ai vu des Africains, malheureux, danser avec la réélection de monsieur Obama, pourquoi ? Obama est un Américain pur qui a le complexe en plus d’être basané et qui veut démontrer au reste des Américains que malgré qu’il soit basané, il est plus américain que Bush, Clinton. Donc moi, j’ai trouvé indécente la danse de ventre de certains Africains. Alors que j’aurais préféré personnellement un Américain blanc pur avec lequel vous discutez, il n’a pas de complexe. Monsieur Romney n’a pas de complexe. On a vu Bush paru sans masque sur la scène politique. Mais, Obama est obligé de porter un masque. Un Africain ne peut pas militer pour le mariage homosexuel.

 
C’est à cause donc de son positionnement en faveur du mariage gay que vous lui en voulez ?

Non. Je vous cite un cas parmi tant d’autres. Un Africain authentique n’aurait jamais, qu’il soit musulman, chrétien ou animiste, et la façon dont il est sexué, accepté de cautionner un certain type de relation.

 
Mais en France, François Hollande en tant que Français pur donc, de souche, veut faire voter à l’Assemblée une loi autorisant le mariage des homosexuels?

Non, je dis bien un Africain. Je n’ai pas dit que monsieur Hollande est un Africain pur. Hollande… C’est pour cela j’adhère alors à l’idéologie de la droite en France au moins où il y a encore des gens qui se souviennent qu’il n’y a pas si longtemps, la France a été la fille aînée de l’Eglise catholique. Aujourd’hui, il y a une évolution, je ne les juge pas, c’est l’évolution de leur destin. Mais, moi, Jean-Marie Doré jamais, je n’accepterai qu’une loi soit votée en Guinée et qui autorise Mamadou et Aliou à se marier ou que mademoiselle Fantagbè et mademoiselle Aïssatou se marient, jamais. Il faudrait faire une loi qui punit de mort quiconque voudrait militer en faveur de cette pratique. Je serai partisan que des personnes ainsi condamnées, soient pendues en place publique.

 
Ces pratiques, même si elles ne sont pas autorisées par la loi, existent chez nous aujourd’hui et d’ailleurs, prennent une proportion très importante maintenant…

Non, attendez. Je vais vous expliquer. Les Blancs profitent de la pauvreté des Noirs pour faire accepter aux désespérés certains comportements. C’est à cause de ces problèmes graves qui menacent notre avenir… Je ne voulais pas trop m’étendre sur la question. C’est toutes ces données qui font que nous devons vite nous donner la main dans la confiance pour organiser ces élections et nous atteler à donner à manger, à s’instruire, à se soigner à notre population afin de cesser de l’exposer à des travers sociaux qui ne sont pas originaires de chez nous. Mais, si nous laissons la paupérisation gagner de manière galopante notre société, nous serons victimes de ces phénomènes à notre corps défendant. Donc pour remédier immédiatement à cela, il faut penser à donner à vivre à chacun décemment. Parce qu’il y a certains qui prêtent leur derrière à des détraqués pour pouvoir avoir 100, 200 ou 300 mille francs guinéens. C’est la pauvreté qui est la mère de tous les travers. Il faut éviter que les gens tombent dans la pauvreté. Si j’étais le chef de l’Etat, je ne le suis pas, si je l’étais, je poserais des actes pour que le plus vite possible le maximum de Guinéens soit au travail. Même le comportement des fonctionnaires à l’intérieur du pays, participe un peu du comportement des Blancs qui viennent ici. Vous avez vu des hauts cadres de l’Etat qui sont à l’intérieur et qui n’hésitent pas à aller abuser des filles de 12, 14 ans. Parce qu’on donne à la grand-mère 50 mille francs. Parfois même 50 mille, c’est beaucoup. Ce que devient sa petite fille ne l’intéresse pas. Tout ceci, à cause de la pauvreté. Vous avez des pays de fortes traditions comme la Haute Guinée, la Forêt…, les valeurs là-bas sont telles qu’il n’y a pas de mot pour traduire le mot « homosexuel ». Mais, si la pauvreté continue de gagner du terrain, ils trouveraient un mot. Non seulement ils le trouveront, des hommes vont se disqualifier en se transformant en femmes pour autrui.

 
Vous avez apparemment une position trop réactionnaire face à la question ?

Non, je ne suis pas réactionnaire. Mais, seul l’homme a un sexe, la femme n’a pas de sexe, c’est ma conception. Donc, seul celui qui a le sexe peut aller avec celle qui n’en a pas pour que l’accouplement soit parfait. Mais, s’il faut forcer la nature, ça ne peut aller.

 
Mais, vous n’êtes pas allé au bout de vos idées sur les discours de Hollande en Afrique ?

Avant de poursuivre, vous ne m’avez pas posé la question sur ce qui est pire. Ce sont les Français, pour ce qui nous concerne en Guinée et dans les pays francophones, qui nous ont appris ce que c’est que la légitimité et la légalité du pouvoir.


Interview réalisée par Camara Moro Amara & Sarifou Barry
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu


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