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Antoine Dramou, société civile de N’Zérékoré : « Si les administrateurs ne font pas bien leur travail, la paix sera menacée »

Abdoul Malick Diallo  Mercredi, 28 Novembre 2012 17:58

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Dans cet entretien que nous a accordé Antoine Dramou, président du Conseil régional des Organisations de la société civile de N’Zérékoré, des sujets comme les tueries de Zogota, les violences intercommunautaires ont été abordés.


Le Démocrate : Selon vous, la région forestière peut-elle échapper à la turbulence que pourraient engendrer des tensions ethniques ?

Antoine Dramou: Oui. Moi, je pense que cela dépend de la manière dont on présente les choses. Mais, à la société civile, nous travaillons à la consolidation de la paix. Si nous prenons certaines dispositions, je pense que la région peut échapper, tout comme le pays. C’est-à-dire que nous sommes dans une situation où il y a une sorte de manipulation de l’opinion de certaines franges de la société. Si on veut travailler dans le sens de l’apaisement, de la cohésion pacifique ou de la coexistence pacifique des populations, je pense qu’on peut préserver cette région. Nous avons eu par le passé à travailler dans ce sens. Vous savez, il y a eu des oppositions très graves depuis 1991 dans cette région entre les ethnies qui vivent dans cette région. Bon, il y a eu des moments de difficultés avec des confrontations très meurtrières on peut le dire. Je pense que si on travaille avec les gens sur le fait que les ethnies sont entremêlées, parce que moi qui vous parle, j’ai des neveux Keita, j’ai des neveux ou nièces Bah, Barry. La Guinée est une famille. Et quand vous voyez dans les quartiers comment les gens vivent, vous allez constater qu’il n’y a pas de problème entre les communautés. Les oppositions ne viennent souvent que pendant les campagnes électorales. Ou bien par l’interprétation de certaines choses par les partis politiques ou par certaines personnes malintentionnées. La région tout comme le pays peut échapper à une turbulence. Mais, il faut travailler justement à ce que les gens ne se confrontent pas, ne se fassent pas la guerre.


Les événements de Zogota qui ont été marqués par la mort de six personnes et des dégâts matériels importants illustrent la précarité de la paix dans cette région, n’est-ce pas ?

Oui ! Tout comme dans d’autres régions du pays. Vous savez, comme je le disais, si les choses se passent mal, si les administrateurs ne font pas bien leur travail, la paix sera menacée. C’est aussi un exemple pour dire seulement, vraiment si on ne fait pas attention on peut mettre le feu partout. Donc cette région aussi ne tient pas à cela. Ce qui s’est passé c’était dans une société minière. Et on le voit à travers le pays il y a des problèmes partout où il y a des sociétés minières qui font l’exploitation ou qui font la prospection. Donc ce n’est pas seulement spécifique à la Guinée forestière. Bon, là on a déploré quand même six morts. C’est beaucoup, c’est énorme. Mais, aussi, nous avons déploré, à la société civile, les dégâts matériels causés à la société Vale parce que si on veut profiter de l’exploitation des mines il faut qu’on s’entende avec les sociétés. Parce que jusqu’à preuve du contraire nous n’avons pas les moyens d’exploiter nos ressources naturelles qui sont là. Nous n’avons pas les possibilités techniques et financières pour faire des investissements au niveau de ces mines pour en tirer profit. Il faut qu’on s’entende avec les sociétés qui viennent. Et là encore, je reviens sur une mauvaise gestion de la chose parce qu’il y a eu l’interpellation des autorités locales qui n’ont pas pris toutes les dispositions qui ont amené les populations ou d’autres personnes malintentionnées à causer des dégâts matériels à la société.


Quelles solutions à court, moyen et long termes faut-il envisager pour garantir la paix et la sécurité en Forêt et dans toute la Guinée de façon générale ?

Non ! Mais, d’abord c’est le renforcement de l’Etat de droit, le respect de la loi par tous les citoyens. Moi, je suis au CNT. Vous m’avez trouvé au siège de la commission constitutionnelle. C’est nous qui avons élaboré la Constitution. Cette constitution donne la primauté aux droits avec l’homme au centre, l’homme comme vraiment le référentiel de tout. Dans cette constitution on a bien dit que tous les citoyens sont égaux devant la loi. Donc la première des choses c’est de chercher à appliquer la loi de façon impartiale. Et que si quelqu’un faillit ou va à l’encontre de la loi, il faut que ce que la loi prévoit comme sanction soit appliqué. Ça c’est la première des choses. La deuxième des choses, il faut d’abord améliorer la gouvernance. La gestion de la chose publique doit être bien faite. C’est-à-dire que les biens publics c’est les biens de toute la population. Et la Constitution ou les lois ou les règlements déterminent l’utilisation de ces fonds publics. Il faut respecter ces fonds publics-là. Ensuite au niveau de la gouvernance, vraiment la gouvernance politique, il faut l’améliorer. C’est-à-dire que nos partis se sont créés sur la base ethnique ou régionale. Ce n’est pas une bonne chose. Au niveau de la constitution c’est très clair. Un parti, pour être agréé, doit être implanté dans toutes les régions naturelles et doit être vraiment un parti qui mélange toutes les ethnies du pays. Alors ça, il faut qu’on travaille dans ce sens parce que tant que les partis resteront constitués sur une base ethnique ou régionaliste ça va réveiller les vieux démons. Et ça va créer des tensions entre les populations. Et puis il faut aller vers le développement du pays pour créer plein de richesses et partager cette richesse au maximum de la population parce qu’aujourd’hui, il y en a qui sont frustrés. Ils n’ont pas de travail, ils n’ont pas le minimum vital et il y en a qui ne mangent pas. En région forestière, je sais qu’il y a 20 ou 30 ans les gens avaient trois repas par jour. Mais aujourd’hui un bon repas ce n’est pas à la portée de tout le monde. Alors que nous sommes dans un pays qui a des potentialités agricoles énormes pour que tout le monde puisse avoir à manger. Donc ça c’est un problème. Donc, il faut aller vers le développement pour donner la possibilité à chaque citoyen de vivre décemment. Vous allez voir si on développait un peu plus pour qu’il y ait le maximum je pense que beaucoup de conflits vont finir. Ou bien les gens n’iraient pas s’attaquer comme ça ou à vouloir coûte que coûte être à tel poste. Parce que tout le monde voit aujourd’hui que c’est à ce poste-là qu’on peut gagner plus vite beaucoup d’argent. Mais s’il y a d’autres voies comme le travail ou les entreprises privées que les gens peuvent créer pour avoir des ressources plus importantes, cela contribuerait aussi à diminuer les tensions que nous vivons dans le pays.


Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu

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