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Entretien avec Fodé Mohamed Soumah, président de la GECI

Mamadou Baldet   Mardi, 27 Novembre 2012 22:56

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SOUMAH_Fode_Mohamed_01Dans le cadre de ses activités politiques hors de la Guinée, El Hadj Soumah, président de la GéCi, poursuit les échanges avec ses compatriotes. Dans sa dernière interview, donnée à aminata.com, il revient sur les manœuvres du RPG pour dresser la population contre les leaders politique, pour piéger l’opposition dans son entité.


Aminata.com : Peut-on savoir les raisons de votre visite aux USA en ce mois de novembre 2012 ?

Fodé Mohamed Soumah : Suite à notre échec à la présidentielle, la GéCi a tiré des conclusions dont la plus importante se résumait en la multiplicité des candidatures issues des rangs de la Basse Côte, qui regorge de plus de la moitié de l’électorat.

Donc, j’ai reçu mandat de notre BEN pour aller vers les 8 autres candidats, afin de nous mettre d’accord sur l’éventualité d’une liste commune, ou à tout le moins, de trouver des accords pour éviter de nous marcher dessus.

Cela passe par y aller tous ensemble en désignant des candidats soutenus par toute la coalition ou nous mettre d’accord pour ne pas diluer les voix de cet électorat qu’on partage.

Il reste clair, par exemple, que pour le natif de Kaloum que je suis et où se trouve le siège national de la GéCi, j’y ai plus de chance de l’emporter face à n’importe quel candidat que si j’allais me présenter dans l’une des autres régions naturelles du pays. C’est ce qui fait la différence entre une élection présidentielle « nationale » et des élections législatives « locales ».

Au demeurant, la GéCi ne fait que reprendre à son compte, le ressenti de notre base électorale et une réalité politique qui voudrait qu’un politique soit d’abord représentatif dans son terroir pour pouvoir espérer une reconnaissance à l’échelle nationale.

C’est une réalité indéniable pour Obama à Chicago, Hollande en Corrèze, Macky Sall à Fatick et les principaux leaders politiques de la Guinée. Ce serait un faux procès que de nous taxer de repli ou de communautarisme. Ça s’appelle la « realpolitik ».

A ce jour, j’ai rencontré toutes les personnes concernées et je poursuis les consultations même si c’est loin d’être gagné au moment où je vous parle.

Donc, je suis venu à la rencontre de mes frères et amis Abé Sylla et El Hadj Kassory Fofana. Nous avions beaucoup échangé en Guinée et maintenant, ici à Washington, avant nos prochaines retrouvailles à Conakry autour d’un protocole d’accord avec d’autres partis politiques.

J’en ai profité pour échanger avec nos compatriotes d’Amérique du Nord à travers les médias et de visu, ainsi que les responsables de la Fédération GéCi aux Etats-Unis.


Parlons de la CENI. Vous avez fait recours à la Cour suprême pour qu’on vous restitue la place du 10e commissaire. Et si la Cour tranchait en votre défaveur, accepteriez-vous le verdict ?

Comme vous le savez, il est impossible d’opposer un quelconque recours face aux décisions de la Cour suprême. Mais je reste convaincu que nous aurons gain de cause si l’examen du dossier se fait uniquement sur le fond.

La loi a fixé la parité à 10 membres pour l’opposition qui s’est retrouvée amputée d’un commissaire remplacé par un membre du Centre qui n’est pas reconnu par cette même loi.

Le commissaire Bayo qui a brillé par sa compétence et une honnêteté irréprochable dans l’ancienne CENI, a été retiré de notre liste parce qu’il serait président de parti alors que cette disposition était de rigueur dans les textes qui régentaient cette institution. On ne peut pas être et avoir été.

Pour revenir à votre question, il ne me revient pas d’anticiper sur l’attitude de l’opposition à laquelle appartient la GéCi, et où les sujets sont débattus et soumis au vote. Wait and see.


Dans la nomenclature actuelle de la CENI, la mouvance présidentielle a la majorité même si on vous restituait la 10e place. En cas de vote, vous êtes toujours en minorité. Et si la CENI adoptait à la majorité un chronogramme complet des élections sans que la question de l’opérateur ne soit réglée, que feriez-vous ?

Bien qu’ayant des oreilles attentives dans l’opposition, la GéCi n’a pas encore les moyens de peser sur certaines dispositions et décisions qui engagent tout le Collectif et l’ADP. Je le regrette franchement. Sinon, les manœuvres pour dresser la population contre nous ou piéger l’opposition dans son entité étaient grosses comme une baleine.

Le débat devait porter sur la majorité qualifiée ou le rejet des 2 commissaires de l’administration puisque c’est la CENI seule qui organiserait les élections désormais.

Le mandat de cette CENI étant de 7 ans, c’est elle qui organisera les législatives de 2013 ?... jusqu’à la présidentielle de 2020 ? A présent, le coup est parti. Le vin est tiré.

Mais il nous reste encore des moyens de pression dans la mise en place des démembrements pour sécuriser tous les votes et le choix de l’opérateur qui ne devrait/pourrait se faire qu’à travers un nouvel appel d’offres pour restaurer la confiance.

Waymark a montré ses limites et il ne sert à rien de le rafistoler ou de lui mettre des habits de lumière. D’ailleurs, l’OIF commence à prendre ses distances afin de ne pas être associée à cette mascarade.

J’insiste sur le mot pression afin de ne pas laisser couler au point de se retrouver dans une logique d’affrontement qui serait un échec patent pour toute la classe politique et la porte ouverte à toutes les éventualités.

Personne n’aurait à y gagner. Et le principal perdant serait la Guinée et les Guinéens.

Face à ce danger perceptible, le président de la République devrait intégrer le fait qu’il serait le premier indexé en cas de dérapages incontrôlés.


Parlons du Collectif et de l’ADP. Y a-t-il vraiment un climat de confiance qui y règne, entre les leaders dont les ambitions des uns et des autres ne se cachent à peine ?

Les intérêts sont le plus souvent divergents du moment que vous venez d’horizons divers et qu’une élection présidentielle a permis d’avoir une certaine visibilité sur le poids réel des parties en présence.

Aujourd’hui, le pouvoir devrait se focaliser sur son bilan à défendre et avoir une forte éthique opérationnelle qui serait un véritable gage de stabilité car l’attente des populations, tout comme le respect scrupuleux de nos textes laissent à désirer.

Notre démocratie devrait être le reflet du miroir de ce que nous aurions dû être et non pas la déclinaison des lamentations assimilables à un pays maudit, où la violence est encore omniprésente.


L’insécurité en Guinée est devenue une véritable arme de destruction massive. Avez-vous des propositions concrètes pour éradiquer ce mal ?

Bien qu’excessif, votre qualificatif résume un pis-aller à la dimension d’une démission des autorités qui n’ont pas le sens de la prévention ni une véritable politique sécuritaire.

La sécurité est à la démocratie ce que l’oxygène représente pour l’homme. C’est la base du mieux vivre ensemble et le baromètre dans la balance des droits et des devoirs.

Sachant que l’insécurité est surtout ressentie à la tombée de la nuit à Conakry, les mesures d’urgence devraient se concentrer sur l’éclairage public photovoltaïque, des brigades mobiles et fixes à des endroits stratégiques, des rondes nocturnes dans les quartiers avec les forces de sécurité associées aux polices municipales non armées qui ne seraient pas des milices populaires, mais des « citoyens de zone » censées savoir qui est qui, afin de rassurer les populations qui se barricadent à la nuit tombée. Il y a des milliers d’emplois de jeunes à la clé et tout le monde y gagnerait.

J’espère aussi que les commissions d’enquête mises en place vont aboutir afin de mettre un terme à l’amnésie collective qui frappe la Guinée depuis son indépendance.

On ne se contente plus de tourner des pages sans les lire. On porte des œillères ou on les ôte tout bonnement, et l’affaire est pliée.

L’insécurité génère la peur et la violence. Elle est accentuée chez nous par l’impunité et le manque de moyens octroyés aux professionnels chargés de la sécurité des personnes et des biens.


Une question très personnelle. Votre frère a été nommé conseiller du président de la République. Est-ce que vos jours dans l’opposition ne sont pas comptés ?

La nomination de mon grand frère El hadj Almamy est une bonne chose pour la Guinée car c’est une brillance intellectuelle qui intègre le cabinet présidentiel.

Il est professeur et également diplômé de Sciences-Po qui pourrait être assimilé à une institution, au même titre que l’ENA, qui sont des références dans le monde économique et politique français.

Il a étudié avec le président Alpha Condé à la Sorbonne et vient de prendre une retraite méritée après de bons et loyaux services au Gabon, où on lui avait même confié le lycée le plus prestigieux qui rivalisait avec l’école française basée à Libreville.

Il est à l’abri du besoin et partage une amitié vieille de plus de 40 ans avec le chef de l’Etat. Aussi, je pense qu’il est de ceux qui lui donneront de précieux conseils, pour ne pas dire qu’il ne lui mentira jamais. Il ne doit rien à personne ici.

Ceci dit, opposant je suis, et opposant je reste, parce que je n’appartiens pas à la majorité actuelle.

Mon combat s’articule autour de grands principes humanistes et dans un parti qui a une ligne politique très éloignée de ce que nous vivons en ce moment.

La GéCi a vocation à la conquête du pouvoir et sait qu’elle a les moyens de contribuer à l’émergence économique du pays.

Nous sommes confiants en l’avenir et attendons notre heure pour montrer aux Guinéens de quoi nous sommes capables.


Votre message à nos lecteurs ?

Nous avons pris la fâcheuse habitude de toujours regarder dans le rétroviseur alors que le monde bouge, avance, se transforme, au point de devenir un village planétaire à l’heure de la globalisation.

Notre pays : le château de l’Afrique, le scandale géologique, le grenier et la locomotive de la sous-région… est à la traine. Non pas par la faute de nos prédécesseurs ou de la gouvernance actuelle, mais tout simplement parce que nous n’avons pas encore décidé de prendre notre destin en mains.

La participation de citoyenneté active chère à la GéCi devrait amener les populations à demander des comptes à leurs dirigeants.

Nous devrions sortir de cette léthargie pour exiger des résultats auprès de ceux qui acceptent des nominations ou qui se présentent à des fonctions électives. Le fond du mal est là. Il ne faut pas se voiler la face, se regarder en chiens de faïence ou s’en remettre à la justice divine.

Si cette forme de pression était conjuguée au quotidien depuis l’indépendance, nous aurions été un pays émergeant avant la Chine, le Brésil et l’Inde qui croulaient sous la famine et les guerres intestines, au moment où il faisait bon vivre en Guinée et que 99,99% de sa population ne songeaient même pas à s’expatrier ou s’exiler.

A présent, il est temps de faire bouger les lignes et de savoir que la Guinée ne se fera pas contre certains, mais pour et avec tous les Guinéens.

Cette assertion devrait servir de viatique à une nouvelle voie pour une alternative citoyenne.


Mamadou Baldet
Aminata.com

 
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