Imprimer

Fodé Mohamed Soumah : « En lieu et place du changement, je voudrais utiliser des termes comme tuer l’espoir, […] »

Saliou Bah  Jeudi, 22 Novembre 2012 18:06

Facebook

 

SOUMAH_Fode_Mohamed_01Fodé Mohamed Soumah de la GéCi et Kassory Fofana de GPT (Guinée pour tous) pourraient s’envoler en noces. C’est la substance d’une interview que nous a accordé le premier. En plus, le président de la Géci, membre du Collectif  est revenu sur le dossier Waymark, la gouvernance politique et économique d’Alpha Condé. Il est aussi revenu sur le recours en annulation introduit à la Cour suprême par l’ADP et le Collectif, ses rapports avec Abé Sylla et Kassory Fofana. Car selon lui « un homme politique sans fief, un parti sans bastion et une force politique sans vision sont voués à un échec certain ».


Lejourguinee.com:
Bonjour M. Fodé Mohamed Soumah ! Bienvenue aux Etats-Unis d’Amérique. Est-ce votre première visite dans le pays de l’oncle Sam ?

Fodé Mohamed Soumah : Bonjour à vous et à vos lecteurs. Je suis heureux d’être dans vos murs et d’apporter un autre son de cloche à nos compatriotes d’ici. Non, je crois être venu aux States plus d’une dizaine de fois. D’abord en tant qu’étudiant à New-York puis à San Francisco. Ensuite je rendais visite à ma fille Naba que j’avais envoyée à Atlanta pour son MBA couronné par un PHD à Washington. Enfin, je suis venu en d’autres occasions depuis que je suis entré en politique comme lors de la convention de la Basse Côte organisée à New-York.


Comment se porte aujourd’hui la GéCi dans le paysage politique guinéen ?

Elle se porte bien et vient d’intégrer la nouvelle CENI. Elle a été de tous les combats de l’opposition et se présente de plus en plus comme un acteur incontournable dans le paysage politique guinéen. Enfin, elle se bat pour obtenir des députés dans la prochaine Assemblée nationale, à défaut d’avoir son propre groupe parlementaire.


Récemment, il y a eu le décret nommant les membres de la CENI. L’ADP et le Collectif, principaux groupes d’opposition, ont eu 9 sièges contre dix prévus par la Constitution. Votre commentaire ?

Nous avons assisté à une violation flagrante de la loi sur la parité qui nous a enlevé une vraie compétence en la personne de Bayo. Nous avons introduit un recours avec l’espoir, pour ne pas dire la certitude, de voir la Cour suprême dire le droit.  C’est vraiment malhonnête de vouloir  nous opposer l’incompatibilité de sa présence au sein de la CENI avec son statut de président de parti. En fait, il était déjà membre de cette institution et les mêmes dispositions étaient en vigueur.

Pis, le parti de l’ancien Premier ministre Jean-Marie  Doré, qui ne s’est jamais réclamé de l’opposition, est venu compléter notre liste. C’est pourquoi nous avons saisi la Cour suprême.


Vous avez introduit un recours en annulation. La Cour suprême ne s’est toujours pas prononcée là-dessus. Est-ce qu’on peut s’attendre à ce que l’opposition ait raison ? A défaut, comment l’opposition réagira-t-elle ?

Il est difficile de préjuger mais je reste confiant comme je viens de vous le dire. Attendons la décision de la Cour suprême avant de dire ou de faire quoi que ce soit. Par ailleurs, je pense que nous n’en serions pas là si le CNT avait réellement joué son rôle de parlement provisoire. Il n’avait pas besoin d’associer le ministre de l’Intérieur, encore moins l’exécutif. Il aurait pu interpeller la Cour suprême en l’absence du Conseil constitutionnel.  En fait, c’est une pyramide inversée et c’est comme ça que les choses se passent dans notre pays depuis longtemps. On met la loi de côté et on interprète les textes pour enfin arriver à un consensus. C’est ce qui retarde la finalisation de la transition.


La société Waymark, choisie unilatéralement par le pouvoir, est récusée par le Collectif et l’ADP qui exigent le recrutement d’un nouvel opérateur. Est-ce la condition pour que l’opposition aille aux législatives ?

Votre question contient un début de réponse puisqu’on ne peut pas concevoir un tel choix fait de façon unilatérale. Cette affaire est éminemment politique et il appartient à la classe politique de s’accorder sur le choix de l’opérateur à partir d’un appel d’offres international, puisque celui qui avait organisé la présidentielle n’est plus d’actualité. C’est une question de bon sens.  Les faits ont donné raison à l’opposition depuis que  l’OIF a relevé les insuffisances des kits dudit opérateur, qui n’a d’ailleurs aucun haut fait d’armes à son actif.  Aussi, il n’y a que la confiance dans le matériel utilisé et la transparence dans les opérations qui pourraient nous amener à des élections crédibles et incontestables.


Sur les ondes de RFI, le président Alpha Condé a dit qu’il n’y a plus de problème en ce qui concerne Waymark. Votre opinion ?

A la place du président de la République,  ces élections seraient déjà un lointain souvenir avec l’installation du Conseil constitutionnel, les élections communales et communautaires, l’amendement de la constitution soumis au référendum, etc. La Guinée avait la possibilité d’asseoir ses institutions, de consolider les acquis démocratiques, de rassurer ses partenaires, de mettre ses populations au travail, etc. Il y a de la place pour refaire le monde depuis l’investiture du PRG (21 décembre 2010) qui doit regretter de ne pas avoir respecté certaines dispositions des accords de Ouaga dont le partage du pouvoir et l’organisation rapide des législatives par exemple. J’irai plus loin en disant que tout ce que fait le pouvoir actuel, c’est en prévision de la prochaine présidentielle. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge car les élections présidentielles auront lieu en 2015 alors que l’Assemblée nationale, dont le mandat est de 5 ans, n’est toujours pas en place.


Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance politique et économique du président Alpha Condé ?

Même s’il est difficile, voire malhonnête, de déclarer de façon péremptoire que c’est bon ou nul, on peut admettre à mi-mandat que les résultats sont très éloignés de l’attente des populations et de ce qui aurait pu être réalisé. Les crises sont multiples et le plus dur reste à faire.  En lieu et place du changement, je voudrais utiliser des termes comme tuer l’espoir, vendre l’illusion, brasser du vent, s’en remettre au seigneur tout-puissant, naviguer à vue, tenter le diable, etc. La Guinée va mal et nul ne sait de quoi sera fait le lendemain.  Face à cette incertitude, toutes les supputations sont permises. Il est temps que le PRG sonne la fin de la récréation et se focalise sur les résultats qu’il aurait dû atteindre, ceux qu’il va devoir présenter à mi-mandat et pour sa réélection s’il était tenté par un second mandat.


Vous avez rencontré M. Abé Sylla. Qu’est-ce que vous vous êtes dit ?

Beaucoup de choses. Abé est mon frère et mon ami. De plus, nous avons la chance de voir le monde de la même façon. Nous voulons que Conakry soit une mégalopole, que le progrès soit visible et partagé, que nos institutions soient dignes d’une démocratie, que l’éducation et la sécurité alimentaire permettent à la Guinée de retrouver ses lustres d’antan… Toutes choses qui nous ont poussés à entrer en politique afin d’apporter notre pierre à l’édification nationale et continentale. Nous avons suffisamment vécu à l’étranger et sillonné notre pays depuis quelques années pour en avoir identifié les besoins et apprécié les potentialités, afin d’établir un parallèle entre notre vision et les solutions idoines. Une chose reste sûre, si Abé, certaines compétences  et moi étions aux affaires suite aux résultats de la présidentielle, la rupture aurait été une réalité vivace au moment où je vous parle. Les Guinéens aurait eu accès aux infrastructures de base et nous serions en train de conjuguer le progrès avec des termes comme la bonne gouvernance, l’éthique, la justice sociale, la tolérance zéro, la concorde nationale, la sécurité à tous les niveaux, la transparence... Ce ne serait pas la Guinée is back mais une avancée vers l’émergence citoyenne et économique de notre beau pays. Les bonnes intentions et les vœux pieux ne sont plus de mise. Les Guinéens veulent du concret.


Pour vous, peut-on s’attendre aux législatives au premier trimestre de 2013 ?

Encore une fois,  on fixe un terme alors que rien n’est encore en place. La CENI vient de passer une semaine à ergoter alors que c’était un délai suffisant pour pondre au moins un règlement Intérieur.  Mais non, on parle de plusieurs sujets pour ne prendre aucune décision ni disposition in fine. Il est temps d’apprendre à être proactif, productif et efficace.  Selon moi, nous devrions attendre que la CENI soit prête, que l’opérateur ait été choisi, que les acteurs politiques qui sont les premiers concernés par cette élection en aient fini avec tous les points de discorde, pour ensuite envisager un chronogramme réaliste.  Où est le seul Guinéen qui aurait pu prédire que les élections législatives n’auraient pas eu lieu 2 ans après l’investiture du PRG ?  Nous avons perdu beaucoup de temps mais ce n’est pas le moment de confondre vitesse et précipitation.


Quels rapports entretenez-vous avec Elhadj Kassory Fofana ? Peut-on s’attendre à une possible coalition aux législatives ?

El Hadj Kassory Fofana, qui rentre fraîchement de la Mecque, est mon ami. Nous nous sommes connus sur le tard et nous le regrettons sincèrement. Nous avons beaucoup de points en commun : la loyauté, la franchise, la générosité, la conviction dans l’engagement, le respect de l’autre, les valeurs républicaines et africaines, l’amour de la Guinée, etc.  Tout ça pour vous dire que nous entretenons d’excellentes relations fraternelles et amicales.  Cette consolidation se retrouve jusque dans notre avenir politique et nos choix du moment puisque nous avons pris conscience de l’unification de la Basse Côte à travers un électorat de base que nous partageons.  Un homme politique sans fief, un parti sans bastion et une force politique sans vision sont voués à un échec certain. La présidentielle nous a édifiés par rapport à ce constat même si les élections législatives sont d’une autre nature. La Basse Côte étant le 1er foyer électoral de ce pays, nous avons décidé d’unir nos forces afin d’arriver à présenter des candidatures uniques soutenues par toute la coalition que nous sommes en train de mettre en place.  Nous travaillons pour ce faire et j’ose espérer que nous obtiendrons le groupe parlementaire le plus important au sein de la prochaine Assemblée nationale, tout comme le perchoir. Cette démarche n’a rien de communautaire ni de repli identitaire. C’est la real politique qui voudrait que nous puissions unir nos forces là où nous aurions le plus de chance de gagner, au lieu de nous disperser et diluer des voix qui ne pourraient pas se démultiplier face à l’impératif d’un bulletin de vote par personne. Déjà à Conakry et ici depuis mon arrivée, nous avons des entretiens très productifs qui pourraient s’élargir à d’autres partis politiques.


Votre mot de la fin ?

Il s’adresserait à la communauté guinéenne basée ici, tout comme à la diaspora en général.  Je vous demande de vous impliquer politiquement afin de changer la donne chez nous.  Ne vous limitez pas à soutenir financièrement vos familles respectives, mais donnez de la voix. La Guinée ne se fera pas sans vous car il est difficile d’imaginer nos populations sans l’aide venue de l’extérieur, ne serait-ce qu’un mois. Vous devez pouvoir mettre la pression à travers cette aide qui les tient sous perfusion comme le font les institutions internationales envers notre continent.  Bien que conséquent, cet apport reste insignifiant au regard du PIB (produit intérieur brut) car il ne crée pas de richesse.

Combien de Guinéens  vivent sans papiers ou dans des conditions misérables en Europe et en Amérique par exemple et qui souhaiteraient rentrer au pays?  Que gagnerait la Guinée à capitaliser cette manne financière et toutes ces compétences, à l’instar de la Chine et l’Inde qui étaient plus pauvres que nous avant l’indépendance ?  Au-delà de tout ce que les autorités devraient/pourraient faire pour vous inciter à investir au pays, à défaut de véritables mesures de retour ou de réinsertion, je vais prendre l’exemple des nombreuses Guinéennes qui sont dans la coiffure.

Imaginez quelques centaines de femmes qui seraient accompagnées dans ce cadre ! Le paysage architectural conakryka s’en trouverait modifié immédiatement, sans compter les dizaines de milliers d’emplois à la clé, les instituts de beauté, les centres de formation, les magasins, les boutiques, les pôles commerciaux,  les écoles, les entreprises, etc.

Sans compter que pour celles qui ont des idées, des compétences et de l’argent, on pourrait étendre le champ d’activités sur toute l’étendue du territoire national. Franchement, il y a fort à faire.


Merci à vous, bon courage et à très bientôt en Guinée.


Interview réalisée le 21 novembre 2012

Saliou Bah

AAA_logo_guineeactu_article 

Facebook