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Andriy Zayatts : « Mes autorités ont pris la décision de délocaliser l’ambassade de Conakry à Dakar »
Mamadou Dian Baldé Jeudi, 31 Mai 2012 16:25
Son Excellence Andriy Zayatts, ambassadeur d’Ukraine en Guinée, a bien voulu nous accorder cet entretien avant son départ définitif de Conakry pour Dakar, où les autorités ukrainiennes ont décidé d’établir dorénavant leur représentation diplomatique. Andriy Zayatts qui ne fait pas dans la langue de bois, répond sans détour aux questions de notre reporter.
L’Indépendant : Excellence Monsieur l’ambassadeur, vous vous apprêtez à quitter la Guinée au terme d’une mission qu’on considère bien remplie. Quels sont les sentiments qui vous animent à la veille de ce départ ?
Andriy Zayatts : Je pars de Conakry mais je ne quitte pas définitivement cette capitale. Mes autorités ont pris la décision de délocaliser l’ambassade de Conakry à Dakar. Donc je continue à être accrédité en Guinée, mais avec résidence à Dakar. Ma mission, pour le moment, n’est pas terminée. Il serait donc tôt de dresser un bilan total de ma mission.
Des souvenirs, vous en garderez certainement de votre séjour sur le sol guinéen. Pouvez-vous nous en citer ?
Il y a beaucoup de souvenirs puisque j’ai passé ici plus de quatre ans. Depuis février 2008 quand je suis venu à Conakry pour la première fois, il y a eu beaucoup d’évènements dans ce pays. Donc c’était une mission très riche en évènements, riche aussi en souvenirs. La première chose que j’ai découverte, est que le peuple guinéen est un peuple généreux, sincère, franc et laborieux. C’est le premier souvenir que je garde. Mais je garde aussi des souvenirs de difficultés de la période de la junte, de la période de la transition, des exactions commises contre la population civile en septembre 2009 et aussi les violences lors de la période entre les deux tours de l’élection présidentielle, on pourrait continuer la liste. Donc c’est vraiment un peuple qui a beaucoup souffert et qui continue à juste titre à espérer l’amélioration de ses conditions de vie et de ses droits.
Pouvez-vous, Monsieur l’ambassadeur, dresser un état des lieux de la coopération guinéo-ukrainienne de ces dernières années ?
Comme je l’ai dit tantôt, il est trop tôt pour dresser un bilan exhaustif puisque je ne termine pas ma mission ; je la continue. Donc je dirai que le domaine dont je suis le plus fier, c’est le domaine de l’enseignement supérieur. C’est en 2008 après mon arrivée que l’Ukraine a repris le système d’octroi de bourses aux étudiants guinéens. Nous avons mis de l’ordre dans la procédure d’octroi de visas pour les étudiants guinéens qui se rendent dans des universités ukrainiennes dans le cadre privé. Ce qui a, d’une part, augmenté le pourcentage de refus. Mais, d’autre part, il nous a permis d’éliminer les problèmes en grande partie que les Guinéens rencontrent lors de leur séjour en Ukraine. Le deuxième domaine dans lequel le bilan est plutôt positif, c’est le domaine du commerce. Si je ne me trompe pas, nous sommes le quatrième ou le cinquième partenaire commercial de la Guinée en ce qui concerne ses exportations. Malgré l’instabilité politique qui a prévalu en 2009-2010, nous avons pu, au moins, préserver nos positions dans ce domaine. J’espère que les changements économiques qui sont en cours en Guinée, vont davantage encourager la coopération entre les sociétés de nos deux pays.
Concernant les étudiants guinéens, parfois leur sort serait peu enviable avec les conditions de survie. Il y a eu récemment le cas d’une dame qui nous a contactés, pour avoir été victime d’une arnaque de la part d’un passeur qui lui aurait pris 4000 à 5000 euros pour envoyer son fils à Tchernobyl. L’enfant y a galéré ; finalement ce sont les autorités ukrainiennes qui auraient même payé son billet pour qu’il quitte leur pays. Il est en ce moment au Maroc. Est-ce que vous avez de telles informations au niveau de votre chancellerie ?
Oui tout à fait. Tout ce qui concerne la régularisation de la situation des étrangers qui sont en situation illégale et dans certains cas leur expulsion relève des autorités en Ukraine. Evidemment l’ambassade a aussi son rôle à jouer. Dans ce sens nous essayons d’éviter que les étudiants (parce que c’est surtout des étudiants) qui partent pour l’Ukraine se retrouvent là -bas sans moyens financiers. Si ce ne sont pas des boursiers qui sont pris en charge par l’Etat, les autres doivent compter uniquement sur les ressources financières de leur famille. Les étudiants en Ukraine n’ont pas le droit d’avoir un travail rémunéré. Donc pendant cinq ans ce sont les familles qui doivent subvenir à leurs besoins. Je sais qu’il y a des cas, mais par rapport à la période 2004-2007, pratiquement tous les mois on avait des cas d’expulsion des Guinéens qui se trouvaient dans une situation illégale. Depuis fin 2008 jusqu’à aujourd’hui ce sont des cas uniques. Donc par année, on a trois, quatre, au maximum cinq cas. Je pense que nous avons réussi à mettre de l’ordre dans ce domaine. Et les gens qui obtiennent leurs visas, ils l’obtiennent en toute transparence et en comprenant quelles sont les conséquences y compris financières de leurs études.
A un moment donné, vous étiez monté au créneau pour dénoncer des actes de piraterie le long des côtes guinéennes dont un navire ukrainien était victime. La situation s’est-elle améliorée depuis ?
Effectivement fin septembre 2011 un navire marchand britannique mais avec un équipage ukrainien a subi une attaque pirate tout près des côtes guinéennes ici à Conakry. Ensemble avec les collègues des grandes puissances maritimes, nous avons essayé d’attirer l’attention des hautes autorités guinéennes sur la gravité de ce problème. Surtout pour le développement socioéconomique de la Guinée qui reçoit la majorité de ses importations par voie maritime. Je pense que nous avons réussi puisque les autorités de notre Etat ont pris des mesures pour renforcer les capacités des forces navales de la République de Guinée qui n’avait pratiquement pas de possibilité de patrouiller. D’autre part, il y a eu un effort d’amener plus de discipline parmi les hommes de rang. Donc je considère que du point de vue général, le bilan est positif. En ce qui concerne cette attaque, malgré l’assurance des autorités guinéennes qu’une enquête judiciaire serait ouverte, nous n’avons aucune information qui nous indiquerait que cette enquête judiciaire aurait abouti à quoi que ce soit.
Nous allons à présent aborder le volet de votre départ. Il parait que l’ambassade de l’Ukraine en Guinée est sur le point de déménager définitivement pour Dakar. Pouvez-vous nous donner les raisons de cette délocalisation ?
Comme je l’ai expliqué lors de mes nombreuses rencontres avec les autorités guinéennes, il n’y a pas de raisons politiques qui ont motivé cette décision de nos autorités. L’Ukraine n’a pas d’ambassade dans tous les pays de l’Afrique. Nous avons des ambassades régionales. Et pour des raisons pratiques et logistiques nos autorités ont jugé qu’il serait plus pratique d’avoir une ambassade à Dakar. Et je dois vous l’avouer, ce sera aussi moins cher. Puisque Conakry devient très cher, surtout du point de vue du loyer.
Donc l’ambassade d’Ukraine en Guinée était la seule dans la sous-région ?
Tout à fait. Notre circonscription consulaire couvre huit pays, allant du Cap-Vert jusqu’en Côte d’Ivoire. Donc pour le moment Conakry n’est pas facile d’accès.
Nous avons appris que les autorités de votre pays avaient invité une délégation guinéenne à se rendre en Ukraine et que celle-ci n’aurait pas honoré cette invitation. Est-ce que cela n’a pas précipité ce projet de déménagement ?
Effectivement une délégation guinéenne devait se rendre en Ukraine. Malheureusement 48h avant l’arrivée de la délégation, la partie guinéenne a annulé son programme. Cela peut arriver dans les relations entre tous les pays, parce qu’il y a toujours des circonstances qu’on ne peut pas prévoir. Mais ce n’est pas un point qui a joué dans la prise de décision. Je le souligne encore une fois, c’est le côté pratique et pragmatique qui a prévalu quand mes autorités ont pris la décision de fermer l’ambassade de Conakry et d’en ouvrir une à Dakar.
Avez-vous un dernier message ?
J’adresse au peuple guinéen et à vos lecteurs en particulier, le message de la cohésion nationale dans le but du développement de ce pays. Sans cohésion et sans transparence, la Guinée ne pourra pas accélérer la vitesse de son développement. Tant que la transition n’est pas terminée, et la transition sera terminée uniquement après l’élection de l’Assemblé nationale qui sera acceptée par tous et acceptable pour le monde extérieur, le pays continuera à se battre avec les difficultés quotidiennes.
Interview réalisée par Mamadou Dian Baldé
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com








