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« Notre action capitalise l’ensemble des interventions des bailleurs de fonds dans le système éducatif en Guinée », dixit Siaka Barry

Alpha Kabinet Sidimé  Samedi, 12 Mai 2012 11:38

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BARRY_Siaka_01La qualification du système éducatif reste l’une des priorités des nouvelles autorités. Dans cet entretien exclusif que le coordinateur national du programme sectoriel de l’éducation a bien voulu nous accorder, il nous parle des domaines d’intervention de son service et plusieurs aspects allant dans le sens de parfaire l’école guinéenne. Lisez…

Présentez-vous à nos lecteurs.

Je m’appelle Siaka Barry. Je suis un agent de développement ayant fait l’essentiel de ses expériences dans les institutions et organisations non gouvernementales de développement ici en Guinée et à l’étranger. J’ai été nommé en septembre 2011 comme coordinateur national du programme sectoriel de l’éducation (PSE).

Qu’est ce que le programme sectoriel de l’éducation ?

Pour la petite histoire, à l’avènement de la deuxième République, au vu des grandes difficultés auxquelles le système éducatif était confronté, le gouvernement guinéen a concocté un programme avec les bailleurs de fonds qui a été dénommé à cette époque programme d’ajustement sectoriel de l’éducation. Nous étions à l’époque dans l’ère des ajustements structurels avec la Banque Mondiale. Ce programme a fait son petit bonhomme de chemin et à l’issue de ce programme, il y a eu des résultats satisfaisants tout comme il y a eu également des défis qui ont été relevés çà et là sur le terrain. Les insuffisances qui ont été relevées ont donné naissance à un nouveau programme qui s’insérait dans ce que l’on appelait à l’époque le programme éducation pour tous (EPT). C’est ce programme d’éducation pour tous qui a donné naissance à partir de 2007-2008 à un nouveau programme triennal qu’on a appelé programme sectoriel de l’éducation (PSE).


Est-ce donc suite à l’échec des autres programmes que le PSE est né ?

Non, ce n’est pas suite aux échecs multiples. Je dirai que le programme éducation pour tous a fait son temps et c’est un programme qui a eu tout de même à relever beaucoup de défis au niveau du système éducatif guinéen. Mais comme vous le savez, un programme est fait pour durer un certain temps. Après donc cette durée de vie, il est appelé à disparaître et à laisser place à un autre programme qui vient avec de nouveau défis. Le programme sectoriel de l’éducation est venu avec des défis qui dérivent surtout de ce qu’on appelle les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces objectifs du millénaire pour le développement dans le secteur de l’éducation sont entre autres l’accès des enfants en âge d’aller à l’école à un taux de 100% à l’horizon 2015, le taux brut de scolarisation à 88% à l’horizon 2015, etc. Donc, il y a eu des nouveaux défis qui ont été constatés et qui ont donc donné naissance à un nouveau programme qu’on a dénommé programme sectoriel de l’éducation (PSE). Ce programme a été initié en 2007 et l’approbation a été obtenue auprès des bailleurs de fonds. Mais malheureusement, le coup d’Etat survenu en 2008 n’a pas permis l’expérimentation dans les règles de l’art de ce programme à partir de cette année-là. Donc, on a assisté à un gel des activités du programme à cause de l’instabilité politique que le pays a connue à ce moment. Ce qui a fait que le programme n’a pu renaître qu’en 2011 avec l’avènement d’une ère démocratique.

Peut-on connaître les principaux bailleurs qui accompagnent le programme sectoriel de l’éducation ?

Oui, le programme sectoriel de l’éducation comme son nom l’indique est un programme transversal. C’est-à-dire que le ministère de l’Enseignement pré universitaire et de l’éducation civique est bien notre ministère de tutelle. Mais nous intervenons sur l’ensemble des ministères qui ont en charge l’éducation en Guinée. Je veux donc parler des ministères de l’Enseignement pré universitaire, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Alphabétisation et celui en charge de la Petite enfance. Nous intervenons avec l’ensemble de tous ces ministères qui sont impliqués dans le système éducatif guinéen. Nous capitalisons à notre niveau et nous coordonnons l’ensemble des interventions des bailleurs de fonds aussi dans le système éducatif. Que ce soit par une gestion directe assurée par la coordination où une gestion indirecte parce qu’il se peut qu’un bailleur de fonds vienne injecter de l’argent dans le système éducatif guinéen mais en passant par un autre opérateur qui n’est pas étatique. Mais du moment que le bailleur a accepté d’injecter ses fonds dans le système éducatif guinéen, il tombe déjà dans le domaine du programme sectoriel de l’éducation. C’est un peu la nuance que les gens doivent comprendre. On doit se mettre en tête que le programme sectoriel de l’éducation n’est pas seulement l’ensemble des activités qui sont mises en œuvre par la coordination nationale. Notre action capitalise l’ensemble des interventions des bailleurs de fonds dans le système éducatif en Guinée.

Pour revenir à votre question, nous avons beaucoup de bailleurs de fonds. Nous avons au niveau de la coordination nationale ce que nous appelons le fonds commun. Le fonds commun est un fonds qui est constitué par l’initiative de mise en œuvre accélérée pour l’éducation pour tous et plusieurs autres bailleurs. La gestion de ce fonds est confiée à la Banque Mondiale. Donc, la Banque Mondiale à travers ce fonds reste un bailleur privilégié. Autre bailleur est l’Agence Française pour de le Développement (AFD) qui se trouve aujourd’hui être le chef de file des bailleurs du programme. Nous avons deux autres contributeurs au fonds commun dont le financement souffre aujourd’hui à cause de certains problèmes qui sont d’ordre politique. C’est notamment la KFW qui est l’agence de financement allemande et la GTZ qui est l’agence technique allemande. Nous avons avec ces deux bailleurs de petits soucis de financement, mais il faut avouer que ces partenaires apportent en temps normal leur financement au programme sectoriel de l’éducation. Nous avons d’autres assistances techniques qui sont assurées par l’UNICEF, nous avons aussi la JICA qui est la coopération japonaise, nous avons la BAD et la BID qui interviennent de façon sectorielle avec d’autres départements de l’éducation, mais toujours dans le cadre du programme sectoriel de l’éducation.

Vous êtes à la tête de ce service depuis le mois de septembre dernier. Pouvons-nous savoir les différentes actions posées par votre équipe ?

Je vous remercie pour cette question. Dès après notre nomination, nous nous sommes inscrits dans la vision de notre ministre de tutelle, Docteur Ibrahima Kourouma, afin de pouvoir l’aider à réaliser ses nobles ambitions pour l’école guinéenne. Vous n’êtes pas sans savoir que le ministre, à son arrivée à la tête de l’enseignement pré universitaire, a imprimé une marque indélébile à l’éducation guinéenne à travers les bonnes initiatives qu’il a eu à entreprendre dans le domaine de l’enseignement en Guinée. Donc, nous, nous avons pris le train en marche et nous nous sommes immédiatement inscrits dans la même dynamique. A notre niveau, c’est-à-dire au niveau du programme sectoriel de l’éducation, nous avons commencé par là où le pays souffre le plus, c’est-à-dire le manque d’infrastructures scolaires. Nous avons procédé au mois d’octobre dernier à l’inauguration de plus de 247 salles de classes qui nous ont été livrées par l’ONG Plan Guinée dans le cadre du partenariat qui unit le programme sectoriel à l’UNICEF. Pour votre information, ces 247 salles de classes qui ont été livrées ont été réalisées à partir des fonds du programme sectoriel de l’éducation. Nous avons donc procédé à la réception provisoire de toutes ces infrastructures. Nous nous sommes attelés également au renforcement des capacités de l’enseignement à l’intérieur du pays. A ce jour, plus de 600 enseignants du tiers moyen ont été formés à l’intérieur du pays après notre arrivée au niveau du programme sectoriel de l’éducation. Nous sommes actuellement à pied d’œuvre pour la réception technique de 99 salles de classes ici en Basse Côte, et cela ne concerne uniquement que deux (2) préfectures à savoir Boké et Boffa, cela sans oublier que nous avons procédé à la pause de la première pierre de près de 1200 salles de classes tous azimuts, un peu partout à l’intérieur du pays. Que ce soit en Basse Côte, en Moyenne Guinée, en Guinée Forestière ou en Haute Guinée, les travaux sont en cours et pratiquement après six (6) mois, nous allons être plus heureux d’offrir à la Guinée un nombre très important de salles de classes à la rentrée scolaire prochaine.

Quels messages avez-vous à lancer aux élèves et aux différents acteurs de l’école guinéenne ?

Aux parents d’élèves, je dirai que le programme sectoriel de l’éduction tient à cœur l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement. Que les parents d’élèves soient rassurés. Nous avons trouvé un système éducatif qui était dans une situation très difficile. Pour ce motif, les parents doivent faire preuve de beaucoup de patience. Nous sommes pleinement conscients de l’énormité des enjeux qui nous attendent pour relever le système éducatif de notre pays. Et nous partageons les peines et les douleurs de ces parents d’élèves face aux défaillances que notre système éducatif a connues dans un passé récent. La qualification de l’école guinéenne est une tâche titanesque à laquelle le ministre Docteur Ibrahima Kourouma s’est déjà attaquée, lui-même s’inscrivant dans une vision plus globale donnée par son Excellence, le Président de la République, le Pr Alpha Condé. Vision à laquelle nous adhérons tous. Donc, les parents doivent faire preuve d’un peu de patience. Car nous pensons que la lancée actuelle est bonne et très bientôt les infrastructures scolaires dignes de ce nom vont être livrées à nos enfants avec des équipements adéquats pour assurer un meilleur accès des enfants à une éducation saine et viable.

A l’endroit des enseignants, c’est de demander de redoubler d’effort. Le programme sectoriel est là pour les épauler, les appuyer pour renforcer leur capacité d’action. Notre service est leur maison et ses portes leur sont grandement ouvertes. Si par le passé il y a eu très peu d’interaction entre eux et le programme sectoriel de l’éduction, nous disons maintenant que cela n’est qu’un souvenir révolu. Aujourd’hui, nous sommes à leur écoute et nous sommes disposés à les accompagner dans la lutte qui est la nôtre pour la qualification de notre système éducatif.

Aux autorités et aux bailleurs de fonds, c’est un cri du cœur que je lance en tant que premier responsable de ce programme sectoriel de l’éducation pour qu’ils puissent continuer à nous accompagner comme ils l’ont toujours fait sur le plan financier, technique et moral pour que la bataille que nous sommes en train de mener soit couronnée de succès. La bataille de l’éducation est à mon avis la bataille la plus noble qui puisse être menée au niveau de la nation. Que cette bataille là connaisse un succès au finish grâce à leurs actions salvatrices.


Propos recueillis par Alpha Kabinet Sidimé


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