Serge Lamah Mercredi, 11 Avril 2012 10:07
Le 1er mars, en annonçant la date des législatives pour le 8 juillet 2012, le président de la CENI avait dit que le vote des Guinéens de l’étranger n’était pas prévu, comme cela demanderait 30 jours de plus dans le chronogramme.
À ce propos, Guinéenews© a contacté l’un des représentants des Guinéens de l’étranger au CNT, le docteur Mahmoud Bensaid Bah, pour recueillir son avis.
Guinéenews© : Que pensez-vous de la déclaration du président de la CENI excluant le vote des Guinéens de l’étranger aux prochaines législatives ?
Mahmoud Bensaid Bah : Je considère cela comme un simple point de vue. Ce n’est pas possible de leur ôter ce que la loi leur octroie. Le code électoral précise même la méthode à suivre pour le vote des Guinéens installés ou en service à l’étranger. Le temps presse, nous le savons, nos ressources financières sont limitées, c’est connu, mais cela ne justifie pas l’exclusion systématique des Guinéens de l’étranger. Depuis l’élection présidentielle, on a déjà attendu près d’un an et demi. Ce n’est donc pas à cause d’un mois supplémentaire que l’on peut d’un coup priver tous les Guinéens de l’étranger d’exercer leur droit de vote. À la rigueur on pourrait, peut-être, comprendre que la création de nouvelles zones électorales pose des problèmes, mais on ne peut pas comprendre que les 18 mises en place lors de la présidentielle soient exclues aux législatives. Je pense donc que les Guinéens de l’étranger doivent se lever pour le respect de leur droit, en usant de tous les moyens légaux.
En fait, ce problème ne concerne pas que les Guinéens de l’étranger. Les Guinéens de l’intérieur doivent soutenir leurs compatriotes de l’étranger en disant non, eux-aussi, à cette proposition de la CENI. Les Guinéens, qu’ils soient au pays ou ailleurs, sont les mêmes. Et ils ont des intérêts communs. Ceux qui vivent à l’étranger bénéficient de diverses manières de l’aide de leurs sœurs et frères qui sont au pays, mais cela est réciproque. Ce sont des milliards d’euros que les expatriés envoient chaque année dans leur pays d’origine. La France a précisé récemment que pour l’Afrique seulement, le montant annuel transféré est de l’ordre 30 milliards d’euros…
Au-delà de cette entraide, il y a aussi le devoir de combattre les violations du droit. Tous les Guinéens doivent réagir, individuellement et collectivement, à travers leurs différentes organisations sociales et politiques. Évidemment le gouvernement, surtout le ministère chargé des Guinéens de l’étranger, et les institutions républicaines doivent normalement intervenir pour empêcher une telle injustice.
Justement, au CNT que comptez-vous faire ?
Je suis de la Commission Suivi et Évaluation du Processus Électoral et de la CENI. Je sais que le problème a été posé au sommet de l’institution et j’ai la certitude, et d’ailleurs des preuves, que le CNT ne sera pas indifférent. Pour le moment je ne peux pas aller plus loin dans les détails. Mais encore une fois, à mon avis, le plus important est au niveau des Guinéens de l’étranger. Il faut qu’ils comprennent eux-mêmes que c’est leur droit, qu’ils se mettent à l’esprit qu’ils doivent voter, parce que rien ne justifie leur exclusion. Une fois que cette décision est prise, ils doivent se lever pour faire respecter ce droit.
Concrètement parlant, que pourraient-ils envisager ?
Leurs actions peuvent aller du lobbying aux manifestations de rue, en s’adressant non seulement à nos missions diplomatiques mais aussi à nos partenaires, je veux dire les gouvernements des pays hôtes et les institutions internationales. Ils doivent se concerter, uniformiser leurs efforts et éviter tout amalgame avec d’autres problèmes. Évidemment, comme je vous le disais au début, pour le moment ce n’est qu’un avis de la CENI. Si cet avis se concrétisait par un acte officiel, tout Guinéen qui se verrait exclu pourrait alors saisir les tribunaux. Parmi les Guinéens de l’étranger il y a des juristes et autres professionnels du droit. Il suffira que l’un d’eux prenne l’initiative et associe certains de ses pairs pour saisir la justice guinéenne.
Le fait que la CENI soit indépendante ne signifie pas qu’elle soit au-dessus de la loi. En fin de compte, ce sera à la Cour suprême de nous dire pourquoi les Guinéens de l’étranger ne devront pas voter... Bref, pour nous éviter tout cela, la CENI doit simplement budgétiser l’élection et établir un calendrier électoral en tenant compte de la participation de tous les Guinéens, de l’intérieur comme de l’extérieur.