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Vient de paraître : "Jungle" de Jean-Sébastien Zahm
Ansoumane Doré Vendredi, 28 Novembre 2014 16:49
Voici un roman qui sent la terre d’une certaine Guinée, la Guinée-Conakry. Il est écrit par un expatrié français qui est né sur cette terre, y a fait sa prime enfance et demeure toujours attaché à cette Guinée et à l'Afrique. Jean-Sébastien Zahm est en effet né en Guinée de parents professeurs à l'école de Fria, ville située non loin de Conakry. L'exploitation d'une usine de bauxite à Fria par Péchiney y avait concentré, à partir du début des années 1960, une forte communauté d'expatriés français. L'indépendance de la Guinée, intervenue en 1958 dans un contexte d'hostilité de la part de l'ancienne puissance coloniale, fut suivie peu de temps après d'absence de relations diplomatiques entre les deux pays. Du fait d'un sentiment d'espionnite très développé par les autorités guinéennes, les expatriés qui travaillaient à Fria, menaient une vie très repliée sur eux-mêmes, un peu comme des insulaires. Pour qui a connu les décennies 60-70, on ne peut donc pas reprocher à ces expatriés ce repliement sur soi comme dans une enclave. Mais même sous le régime des territoires d'outre-mer français, où toute la population (métropolitains et autochtones) était censée être française, les expatriés métropolitains avaient toujours tendance à vivre en communauté fermée. Je me rappelle, d'un passage du discours d'usage d'un professeur à l'occasion de la distribution solennelle des prix de fin d'année scolaire à des collégiens et lycéens à Conakry, d'avant l'indépendance.
Dans ce passage, ce professeur s'adressant à ses collègues, composés pour l'essentiel de métropolitains, disait : « De même que je suis certain que les métropolitains ne viennent pas en Afrique pour "faire du CFA", je crois utile de rappeler (et aux enseignants, en particulier) que, pour remplir leur tâche d'éducation, ils ne doivent pas se contenter de vivre à côté des masses africaines, sans les voir, sans essayer de les comprendre et de les aimer, de s'en faire des amis. C'est une habitude – bien de chez nous – de vouloir parcourir le monde, en essayant de recréer, partout, à chaque étape, l'ambiance du petit coin de France qui nous a vus naître et grandir. Déjà Montaigne disait de ses contemporains qu'ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangères ; qu'ils voyagent couverts et enfermés dans une prudence taciturne et incommunicable, se défendant de la contagion d'un air inconnu. Retrouvent-ils un compatriote, ils festoient cette aventure : les voilà à se rallier et à se recoudre ensemble, à condamner tant de mœurs barbares qu'ils voient. Pourquoi non barbares puisqu'elles ne sont françaises ? »
Et, plus près de nous, le major Thompson s'amusait « de ces Français qui retrouvent le passage du Havre à Milan, la Côte d'Azur en Floride et Vézelay à Saint-Jacques de Compostelle »; nous pourrions citer encore ceux-là qui évoquent l'Auvergne quand ils parcourent le Fouta Djallon. », etc.
Pourquoi avoir fait ce rappel à propos du roman que publie Jean-Sébastien Zahm, sous le titre, Jungle ? C'est qu'à l'époque où se déroulent les faits que relate l'auteur, la Guinée est dans son ensemble une vaste jungle peuplée de tigres féroces et institutionnellement organisée pour ne laisser place à aucune valeur de la vie humaine. J'ai tenté de discuter nombre de fois, dans les années 60-70, avec des ingénieurs expatriés en vacances en France, sur ce qu'ils ressentaient à Fria, comme échos de la révolution de Sékou Touré. La simple évocation de ces questions « refroidissait » nos entretiens. Toujours l'espionnite... et les consignes qui leur étaient données par leurs employeurs sur la prudence à tenir sur ce type de conversations.
Colin, le héros de Jungle, était jeune, quinze ans, au cours de l'aventure contée. Mais Jean-Sébastien Zahm, qui a fait des études supérieures de lettres, puis le FEMIS (Fondation européenne des métiers de l'image et du son) anciennement Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC), aurait pu, à l'âge où il écrivit son roman, non pas le consacrer à la Guinée des années de fer et de sang , mais les rappeler comme arrière-plan de l'ensemble guinéen reconstruit, de son récit, d'autant plus que Jean-Sébastien Zahm, formé dans les départements de l'image et du son de la FEMIS, en avait la capacité. L'absence de cet arrière-plan, même reconstruit et dont on sent les reflux sur tous les personnages du roman: effets d'enfermement même inconscient à Fria, sensibilité à fleur de peau ; me paraît dommageable.
Rappeler à cet égard la double formation de Jean-Sébastien, c'est dire que l'écriture du roman se ressent, du reste, de cette double formation et aurait pu enrober cet arrière-plan et rendre plus de palpitant au parcours initiatique du héros, Colin, qui tient cependant le lecteur en haleine. Il a quinze ans et vit à Fria avec son père, expatrié dans une sorte de tension continue. Le lecteur sent que les échos lointains des tumultes révolutionnaires parviennent dans la cité « insulaire » de Fria, même si cela ne semble pas préoccuper ouvertement les personnages du roman. La touffeur psychologique sur l'ensemble de la Guinée, est tout de même présente, car la totalité de la population africaine qui ne subit aucune forme de ségrégation dans la cité minière, est totalement encartée par le parti politique (unique) au pouvoir en Guinée.
Le père de Colin est souvent absent de la maison, abandonnant son fils à sa jeune compagne Fatou, avec qui des liens troubles se tissent. Colin devine que son père rumine de sombres secrets. Cette situation le turlupine. Avec l'aide de Luc, son ami de toujours, et Luna, une fille de coopérant dont Colin s’éprend, il va peu à peu accéder au secret qui tourmente leur vie.
Roman initiatique, rappelant par moment la crudité et les tourments du héros de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, Jungle de Jean-Sébastien Zahm, est construit comme une enquête familiale qui mène la vie du héros de quinze ans à l'âge adulte. Même si l'on a fait des remarques sur le caractère d'enclave de la cité de Fria par rapport à l'ensemble de la Guinée de l'époque où se situent les faits de cet roman ; l'auteur a su bien rendre des données de géographie humaine. Fria était une enclave mais une communauté humaine sans ségrégation raciale : « Comme tous les ans, la communauté des coopérants et des cadres africains se réunissaient pour fêter les grands départs de juillet... Nombre de couples mixtes s'étaient d'ailleurs formés et/ou séparés à cette occasion.», des aspects pittoresques de la petite cité sont également abordés. Mais aussi des éléments de géographie environnementale, comme ces lancinantes saisons des pluies et le sentiment de torpeur qu'elles étendent sur les hommes : « Une pluie fraîche commença à s'abattre sur leurs épaules. Elle frappait la pierre brûlante avant de s'évaporer en millions de particules vaporeuses. », « Les flots majestueux du fleuve s'approprièrent les teintes vertes et brillantes de la forêt » et nombre d'autres considérations dans lesquelles s'inscrit le roman Jungle qui se lit avec bonheur.
Ansoumane Doré
Jean-Sébastien ZAHM ‒ Jungle, roman, Paris, L'Harmattan, 2014, 265 p. (Collection « Ecrire l'Afrique »)
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Commentaires
Tant disqu'en Afrique du Sud,Blancs(expatries)et Noirs(aborigenes) ne pouvaient frequenter la meme sale de classe.Oubien une fois ces deux races se retrouvaient dans la meme sale,l'indigene prend place sur soite un tronc d'arbres ou a terre.
Imaginez-vous le reste?
D'abord au jardin d' enfants puis Kimbo jusqu'en 1971 et pendant ce temps la l'africanisation des postes étaient en cours dont les meilleurs produits se nommaient CHERIF MAMADOU,BALDE ALPHA,THEODORE MASSANDOUNO,etc....








