Samedi, 31 Décembre 2011 14:51
Les euphémismes que les organisations internationales utilisent pour parler de la Guinée, masquent mal la situation explosive à laquelle un an de règne d’Alpha Condé a conduit le pays. Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon ainsi que nombre d’observateurs notent avec anxiété la célérité de la ruine des possibilités de changement. Notre association s’interroge sur les motivations que le président Mr. Alpha Condé a de maintenir dans son gouvernement pléthorique des apparatchiks de l’ancien régime et des militaires sur lesquelles pèsent des accusations de crimes contre l’humanité, après une campagne menée sur le thème du «changement ».
Il est superflu de disputer l’énuméré de projets déguisés en réalisations qui émaillèrent le discours de célébration d’un an de règne par le président de la république. Il est impossible cependant d’ignorer le désenchantement des populations, le délabrement de l’état et la décomposition du tissu social de la nation. Le gouvernement guinéen fait preuve d’une négligence coupable envers les multiples crimes impunis, malgré les appels réitérés des militants des droits de l’homme, des citoyens et des victimes. Les massacres et viols du 28 septembre 2009, les pogroms électoraux dans le fief du RPG, la répression postélectorale à Conakry, Dalaba et Labé, l’exécution froide de citoyens exerçant leur droit d’expression sont des sujets que le gouvernement ignore à ses propres risques. Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon note par contre que l’administration d’Alpha Condé s’active à militariser la vie de la nation avec la prolifération des groupes paramilitaires (donzo). Les barrages, les campements militaires de la présidence, les escadrons militaires dans les bourgades du Fouta-Djallon, l’encouragement de scissions parmi des populations de cette région qui ont vécu ensembles des siècles durant sont des actes qui ne contribuent en rien au dialogue social et à l’instauration de la démocratie. En une année on a assisté à l’émergence de nouvelles normes de gestion : la tribalisation outrageuse de l’administration et des purges ethniques. La justice guinéenne qui est supposée être le pilier de la construction de l’état de droit est négligée et déliquescente pour mieux servir le pouvoir exécutif. Les forces de sécurités guinéennes restent toujours gangrénées par des sbires du régime et des malfrats qui spolient les citoyens en plein jour ou opèrent des raides nocturnes dans les habitations. La campagne de réconciliation lancée par le gouvernement sur un fond de complaisance envers les criminels, de divisions ethniques et de rumeurs de complots n’est que de la propagande dans la mesure où elle ignore les victimes de la répression et décore des criminels présumés. Le débat de « réconciliation nationale » est, à tort, centré sur des tensions ethniques, des vœux pieux et des généralités ; en somme, une volonté manifeste de diluer les responsabilités du gouvernement et de ses agents.
Pottal-Fii-Bhantal tient à attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur le fait que les agissements d’apparence irresponsable du nouveau président guinéen s’inscrivent en fait dans un projet clair de noyautage de l’état pour favoriser l’émergence d’un régime totalitaire et autocratique. Le sabotage de l’organisation des élections législatives qui étaient censées finaliser la transition vers la démocratie participe à ce projet. Les incertitudes politiques ainsi créées se traduisent par la misère grandissante des populations.
Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon en appelle aux leaders nationaux et internationaux, notamment le Groupe de Contact, pour la mise en place d’un plan drastique de sortie de crise pour éviter une répétition des massacres de 2006, 2007 et de 2009. La situation de notre pays n’est pas d’essence ethnique, tribale ou régionaliste. Elle est le produit de plus de cinquante années de politiques répressives qui ont entrainé la fuite des bras valides et l’entretien d’un climat d’hostilité incompatible avec le développement économique. Reconstruire la Guinée requière donc un élan hardi de correction des crimes politiques et d’éradication de la culture de l’impunité. Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon demande que les crimes du passé soient dénoncés et que les préparateurs des crimes récents soient traduits en justice. Les victimes vivantes doivent être soulagées et compensées ; la mémoire des victimes innocentes du passé doit être honorée. Sans ces préalables, notre association pense que c’est une provocation que de parler de « réconciliation nationale » et de « changement ».
Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon demande la mise en place d’un contrat social et politique qui s’inscrit dans la durée et recommande la préparation d’une conférence nationale de justice et de vérité sous les auspices d’un gouvernement d’union nationale. Le contrat politique et social doit inclure une refonte constitutionnelle en profondeur avec un renforcement des pouvoirs des régions. Le rôle et les prérogatives de chef d’état doivent être revus dans le but d’un équilibrage des pouvoirs et l’encouragement de l’émergence d’institutions républicaines indépendantes. Un référendum constitutionnel doit être organisé et mis à profit, avec la conférence nationale, pour engager un débat sur la situation présente et sur que la Guinée doit être eut égard à son passé d’échec économique et de répression politique. L’organisation d’élections locales devra suivre le référendum pour consolider l’appareil électoral. En même temps les reformes des forces de sécurités et la consolidation de l’appareil judiciaire doivent être poursuivies avec l’assistance internationale et régionale.
L’échec évident d’un an d’expérience de démocratique électorale dans notre pays doit être une occasion pour la coalition de toutes les bonnes volontés et des forces vives de la nation. Il demande l’abandon des calculs politiques et du clientélisme ethnique afin d’éviter à la Guinée des mésaventures politiques aux conséquences imprévisibles. Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon exige des actions volontaristes et délibérées fondées sur un programme cohérent afin empêcher que les prochaines consultations électorales ne soient une répétition des tragiques événements de 2010. Notre association estime que sans un plan fondé sur la cohésion sociale, les actions du gouvernement n’auront aucun effet : la révision du code minier n’aura aucun sens, l’électricité fera défaut et les routes construites au rabais ne seront jamais entretenues. La fuite des élites et des bras valides va décourager les investissements directs. La contribution de la Diaspora à l’économie restera dans l’informel pour juste assurer la survie des familles. Il sera impossible de créer et de faire fonctionner les institutions nécessaires pour supporter le changement attendu par les populations.
Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon dénonce la politique belliqueuse du gouvernement ainsi que la confrontation avec les états voisins qui s’inscrivent dans la logique de l’instauration de l’autocratie par Mr Alpha Condé. Ces actions sont non seulement contre-productives mais dangereuses car elles exposent nos citoyens exilés à des dangers imprévisibles ; elles menacent la stabilité régionale et portent atteinte à la paix civile à l’intérieur du pays. Notre pays, au cœur de l’Afrique de l’Ouest et à cheval sur des aires culturelles, linguistiques et politiques avec de fortes communautés d’exilés dans les états voisins se doit d’être un agent actif d’intégration régionale et un modèle de coopération économique.
Une année après l’élection présidentielle, Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon rappelle au président de la république la lourde responsabilité qui lui revient de remettre la Guinée sur les rails comme il s’est engagé durant sa campagne. Les aspirations au changement pour lesquels des citoyens se sont sacrifiés doivent être prises au sérieux et non utilisées comme slogan pour masquer l’incurie et promouvoir des intérêts partisans. La faillite que préfigure le premier an du régime sera une tragédie avec des pertes de vies humaines. Mr Alpha Condé ne peut pas continuer à jouer la politique de l’autruche, à porter le blâme sur la mauvaise gestion du passé, sur des ethnies ou des groupes socioprofessionnels, à cultiver les divisions sociales, à se complaire avec des criminels et croire qu’un quelconque progrès va en résulter. Il lui reste peu de temps pour adopter une politique inclusive et citoyenne par l’abandon des rancœurs, des règlements de comptes, des provocations stériles, des imprécations irresponsables contre des citoyens ou les états voisins. Si la construction de la nation est une œuvre collective, la préparation du terrain est le devoir et le seul travail d’un président élu. Il appartient à Mr. Alpha Condé de déterminer si l’histoire devra mentionner sa première année de gouvernance comme une année chaotique d’apprentissage ou comme l’année de la semence des graines du totalitarisme et de la guerre civile en Guinée.
La commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal
Washington DC