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Déclaration de la COJEF à l’occasion de la commémoration des tristes évènements survenus à Zogota le 4 août 2012

  Mercredi, 07 Août 2013 23:00

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4 août 2012 – 04 août 2013, cela fait un an, jour pour jour, que de paisibles citoyens de Zogota ont été nuitamment et sauvagement tués par des hommes lourdement armés, après avoir réclamé le droit d’être recrutés par la société ZAGOPE chargée de l’exploitation du mont Yönö, longtemps et jalousement conservé par leurs ancêtres. En nous souvenant de ce triste évènement, nous célébrons la mémoire de nos dignes pères, frères et fils morts à Zogota et implorons pour eux les mânes de nos ancêtres et la miséricorde de Dieu, afin qu’ils entrent dans la vie éternelle. Nous voulons affirmer notre compassion à l’endroit des familles éplorées et exprimer notre détermination de ne jamais laisser dans l’oubli le sang de ces innocents, versé sur le sol de nos ancêtres, qui aujourd’hui sont des martyrs.

En commémorant ce triste souvenir la Coordination de la jeunesse de la Guinée Forestière voudrait attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale, de la cour de justice de la CEDEAO et de la Cour pénale internationale sur la suite réservée à cet évènement tragique et ignoble, que nous considérons comme une atteinte grave aux droits de l’homme et un crime contre l’humanité.

La Coordination de la jeunesse de la Guinée Forestière à Conakry, en prenant acte de l’ouverture d’une enquête judiciaire par l’Etat, constate tout de même une lenteur effroyable dans la gestion de ce dossier. Beaucoup de voix s’étaient élevées pour condamner le carnage de Zogota et demander que justice soit rendue. Des manifestations et meetings ont été organisés qui, malheureusement, ont été étouffés par la police et l’Etat, au lieu de mettre en mouvement l’action publique. C’est plutôt les victimes qui se sont constituées partie civile pour provoquer l’action publique. Et aujourd’hui, un an plus tard, aucune personne physique et morale n’est inquiétée ou inculpée, aucune enquête sérieuse et responsable n’est menée.

Nous ne pouvons pas comprendre que dans une république comme la nôtre, des citoyens soient nuitamment, froidement et injustement abattus et que nous sentions la torpeur et le laxisme de la justice. Etant donné que la lumière est faite sur d’autres dossiers similaires, non moins importants que celui de Zogota, par nos cours et tribunaux.

C’est cette justice à deux vitesses que nous condamnons et dénonçons. C’est cette injustice orchestrée que nous fustigeons. C’est cette impunité qui a fait déborder le vase que nous déplorons et laminons.

En nous souvenant des victimes de Zogota, nous nous souvenons de nos morts de Saoro, des citoyens déchus de leurs droits à disposer de leurs propres terres qui seront assassinés et certains jetés en prison jusqu’à nos jours. Nos morts de Guéckédou, des citoyens injustement tués et certains arrêtés pour avoir dit non à une autorité d’un autre temps. Nos morts de Cosa que l’Etat a fait passer pour des rebelles, et ceux des récents évènements tragiques de N’Zérékoré depuis le 15 juillet 2013.

Qu’attend donc la justice guinéenne pour écrire avec des lignes droites dans les annales de l’histoire judiciaire de notre pays ?

Nous croyons que cette passivité coupable de la justice guinéenne, cette impunité satanique, sont des conséquences immédiates du déclenchement de nombreux évènements tragiques et macabres dans notre pays, dont N’Zérékoré. Comment certaines personnes peuvent vouloir se rendre justice dans une République ? Pourquoi certaines personnes d’un autre temps peuvent-elles s’attaquer aux symboles d’une communauté, de toute une région : Zogota, berceau de nos traditions, Hazaly Zogbèlèmou, doyen des sages de N’Zérékoré, les églises et les mosquées, et certaines personnes charismatiques de la région de N’Zérékoré ? Nous pensons que cela n’est pas un fait du hasard, si ce n’est une machination ou une manipulation savamment orchestrée. Et pourquoi c’est toujours dans la région de la Guinée Forestière que surviennent de tristes et sinistres évènements ?

C’est à la lumière de cette réalité très sombre, que la Coordination de la jeunesse de la Guinée Forestière à Conakry se pose un certain nombre d’interrogation par rapport à l’organisation du 55e anniversaire de l’indépendance à N’Zérékoré. Pouvons-nous célébrer les souvenirs de notre indépendance sur des morts sans indépendance, sur les corps des innocents ? Pouvons-nous honorer la fête de notre indépendance en étant sur des nattes de deuil ? Et mieux, où allons-nous accueillir nos hôtes au moment où, nombre de nos maisons d’accueil et certains hôtels ont été brulés, saccagés et vandalisés et pire les infrastructures prévues à cet effet par l’Etat, ne sont pas encore réalisées ? Nous pensons plutôt que l’heure est à la consolation, au respect de nos morts et à une justice responsable pouvant faire une lumière sur ces évènements tragiques. Les jours à venir nous diront comment l’Etat saura s’y prendre.

Nous en appelons à cet effet, à la haute responsabilité des dignes fils de la Guinée Forestière à parler d’une même voix, à la retenue et au calme. Nous les invitons à réfléchir à toute organisation d’anniversaire ou de manifestation car l’heure n’est plus au bruit et à la récréation mais au recueillement, à la réflexion et à l’avenir de la Guinée Forestière et non aux intérêts partisans et personnels.

Nous invitons humblement le président de la République et son gouvernement à œuvrer inlassablement pour la paix et l’unité nationale, à socialiser ses déclarations en observant une stricte neutralité. Car cela relève du rôle régalien et trinitaire de l’Etat : une bonne administration, une rigoureuse sécurité des citoyens et de leurs biens, une justice responsable.

Nous exhortons le président de la République à conduire le peuple de Guinée sur des herbes vertes, sur les prés des rochers et des rivières afin que ce peuple n’ait pas soif d’eau, de nourriture, de courant et d’un développement harmonieux. C’est pour cela que nous l’avons élu à la magistrature suprême.

Nous comptons sur le président de la République afin que justice soit rendue sur les nombreuses tueries des citoyens de ce pays et les douloureux évènements perpétrés dans la région de la Guinée Forestière.

Nous invitons le ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques à déployer ses hommes et à user des prérogatives que lui confère la loi afin que les droits de l’homme soient respectés en Guinée et à N’Zérékoré en particulier.

Nous condamnons avec la dernière énergie l’arrestation arbitraire des citoyens innocents qui viennent des champs, par les forces de l’ordre à N’Zérékoré. Nous exigeons des autorités civiles et militaires de N’Zérékoré d’agir dans une stricte impartialité, avec plus de professionnalisme et de responsabilité au risque de mettre le feu au poudre de nouveau.

Nous invitons les institutions nationales et internationales, les organismes des droits de l’homme et des libertés publiques à ne pas jouer à la passivité afin d’éviter que l’irréparable surgisse en Guinée. Nous leur demandons humblement de redoubler davantage d’effort dans le renforcement des capacités institutionnelles, dans la consolidation de la paix et du développement dans notre pays, la Guinée.

Que Dieu Bénisse la Guinée et les Guinéens.


Fait à Conakry, le 4 août 2013

La Coordination de la jeunesse de la Guinée Forestière (COJEF) à Conakry


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