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Lettre ouverte au ministre de la Justice à propos des enquêtes sur le meurtre de Mme Aissatou Boiro
Mardi, 08 Janvier 2013 19:01
M. Christian Sow, Garde des Sceaux
Ministre de la Justice
S/C Ambassade de la Guinée
2112 Leroy Place
Washington DC, 2008
Washington, DC le 7 Janvier 2013,
Monsieur le Ministre,
L’assassinat de la directrice nationale du Trésor de la Guinée a soulevé l’indignation de l’opinion nationale et internationale, non seulement du fait de l’horreur de l’acte, mais aussi du climat de violences impunies contre les femmes dans notre pays. Des mois après cet assassinat, Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon note avec consternation que le département de la Justice que vous dirigez observe un mutisme qui donne libre cours à des enquêtes fantaisistes. Le laisser-aller dont sont empreintes ces enquêtes révèle l’impotence dans laquelle la justice guinéenne a été réduite face à des forces de sécurité au passé marqué par des violations flagrantes de droit de l’homme.
L’année dernière, notre association vous avait interpellé publiquement et avait engagé une campagne sur le kidnapping, par les forces de sécurité de la présidence, de M. Ibrahima Kane Diallo. Vous n’aviez pas jugé utile de répondre à notre lettre. Aux personnes qui furent mandatées pour vous approcher à propos de cette disparition, vous aviez répondu ne pas être au courant de l’arrestation de M. Diallo. Toutefois, après des mois d’emprisonnement isolé et sans chefs d’accusation, M. Diallo fut libéré par le président Alpha Condé dont vous êtes le ministre d’Etat et de surcroît l’ami.
Pour des raisons qui vous sont personnelles, et en violation de la mission qui vous est confiée en tant que Garde des Sceaux de la République, vous avez choisi de jouer un rôle de figurant face à la détérioration de la sécurité des citoyens. Ce faisant, vous contribuez à réduire la justice guinéenne à un rôle de travesti. Cette attitude – irresponsable de quelque façon qu’on l’envisage – contribue à la psychose que les forces de sécurité sèment dans le pays. Dans une affaire aussi grave que l’assassinat d’un haut fonctionnaire en charge du Trésor national, votre département devrait être au front pour la conduite d’une instruction judiciaire rigoureuse et sereine. Mais on note plutôt des enquêtes multiples de la gendarmerie et de la police, sans justification technique et sans aucune supervision judiciaire. En outre, la manipulation de l’émotion qui consiste à nommer le mari de la victime à un poste ministériel constitue une subtile et dangereuse entrave à la justice. C’est une insulte à la morale que de faire croire qu’une position de ministre est une sinécure qui peut compenser la perte d’une compagne. Il vous aura échappé de vous opposer à ce flagrant conflit d’intérêt qui vide la justice de son contenu en réduisant un crime contre un haut fonctionnaire de l’Etat à une affaire qu’on pourrait régler à l'amiable par des compensations familiales.
Les versions contradictoires sur les circonstances du crime renforcent l’idée d’une diversion faite pour couvrir les vrais motifs de l’assassinat. La tentative regrettable de réduire ce crime à un banal fait divers dû à une balle perdue par des malfrats, qui comme par hasard sont tous peuls, constitue en soi une source de sérieuse préoccupation. Quand cette théorie est avancée pour contredire et nier les témoignages de présence d’agents des forces de sécurité autour de la voiture de la victime lors de son assassinat, comme le mentionnent les premiers rapports, il y a lieu de se poser des questions sur l’avenir de la justice en Guinée.
Votre silence est sujet à toutes les interprétations : à la peur ou à la complicité dans la couverture d’un assassinat politique commandité par des personnes bien placées dans le gouvernement. Plus tragiquement, il est une faillite pure et simple de votre mission qui, encore une fois, aura encouragé la violation des droits de citoyens. Le lynchage verbal public des accusés est une atteinte à la constitution qui garantit l’innocence présumée de tous les citoyens à travers le secret de l’instruction judiciaire. Ce lynchage rappelle de tristes pratiques de «justice populaire», avec leurs cortèges d’abus et de règlement de comptes, qui ont marqué l’histoire de la Guinée. Inutile de dire que ces pratiques ne font rien pour changer l’image d’une justice aux ordres dont vous étiez un des pourfendeurs dans le passé. Elles contribueront plutôt à renforcer le label infamant de pays de l’impunité qu’est devenue la Guinée.
Néanmoins, Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djalon a pris l’initiative de vous rappeler qu’il est de votre devoir de prendre des mesures pour répondre aux questions que l’opinion nationale et internationale se posent sur cet assassinat et de diligenter des enquêtes sérieuses pour neutraliser les personnes impliquées. Il y va de l’avenir de la Guinée où l'impunité chronique et les entraves à la justice préparent inexorablement des affrontements civils. Il y va aussi de votre personne qui sera tenue de répondre de tous les abus que les citoyens auront endurés durant votre présence à la tête du ministère de la Justice de la Guinée.
La Commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djalon
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Commentaires
A bon entendeur salut !
"Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende" (Matthieu, XIII).








