Dimanche, 14 Octobre 2012 13:17
M. le Président,
À la suite de votre déclaration lors de la célébration de la 54e année de l’indépendance de la Guinée, nous venons par cette présente lettre vous faire part de notre profonde déception, au nom des peuples de Guinée et au nom des militants de l’association Pottal-Fii -Bhantal Fouta-Djallon (l’Union pour le développement du Fouta-Djallon) qui est une organisation non gouvernementale constituée aux États-Unis avec des sections à travers le monde. Nous constatons avec consternation que les exigences universellement admises de démocratie et du respect du droit comme points de départ du développement économique et comme conditions de l’aide française viennent d’être battues en brèche par votre administration. Succombant aux mauvaises habitudes de la « Françafrique », votre administration a perdu une occasion essentielle de rappeler au gouvernement guinéen les principes élémentaires qui doivent régir l’aide et la coopération française. Le poids des inerties historiques vous a certainement emporté pour que vous publiiez un communiqué félicitant le président guinéen, M. Alpha Condé, avec une litanie d’accomplissements et de réalisations fictives, tout en passant sous silence les violations continuelles des dispositions constitutionnelles et des droits de l’homme par son gouvernement.
Contrairement à d’autres gouvernements occidentaux qui se sont servis, à juste titre, de cet évènement pour exiger l’instauration effective de la démocratie en Guinée, votre administration vient de donner un blanc-seing à M. Alpha Condé, et de l’encourager dans son œuvre d’implantation d’une nouvelle dictature dans notre pays. Les organisations humanitaires, les agences multilatérales de développement ainsi que maints gouvernements occidentaux, au cours des deux dernières années, ont saisi toutes les occasions pour inviter ‒ en vain malheureusement ‒ le gouvernement guinéen à la décence, à purger de ses rangs des officiers et fonctionnaires accusés de crimes contre l’humanité par la commission des droits de l’homme des Nations-Unies. En outre, des informations dignes de foi indiquent que M. Alpha Condé s’active à la création de milices à sa dévotion et à noyauter les forces armées de la Guinée par des recrutements ethniques, avec le soutien de l’Angola notamment. Enfin, vous n’êtes certainement pas sans savoir que la Guinée reste secouée par des agitations sociales constantes, réprimées dans le sang, comme le montrent les récentes tueries de citoyens innocents et la récente tentative d’assassinat des dirigeants de l’opposition.
Tout cela ne vous a pas empêché de donner du crédit à M. Alpha Condé pour sa supposée lutte contre l’impunité et sa réforme des forces de sécurité dans notre pays. Cela est-il dû à de la mauvaise information ou à des calculs politiques occultes de votre part ? A ces félicitations imméritées, vous rajoutez un satisfecit au gouvernement guinéen pour avoir obtenu son ticket d’entrée dans le club peu enviable des Pays Pauvres Très Endettés. Nulle part dans votre déclaration il n’y a une trace d’appel à la compassion pour les nombreuses victimes anonymes dont des femmes violées et des familles de disparus. Cet oubli regrettable ne fera que conforter le président Condé dans son refus de répondre aux appels répétés, pour un minimum de justice, des différentes organisations des victimes des violences d’avant et d’après son accession au pouvoir.
M. le Président,
La France a des relations privilégiées avec la Guinée du fait de l’histoire et de la présence d’une forte communauté guinéenne dans votre pays. Elle devrait donc donner le ton quand il s’agit d’interpeller les autorités guinéennes sur le problème fondamental du respect des droits de l’homme.
Notre association, Pottal Fii Bhantal, regrette vivement la caution morale que vous venez de donner à un des régimes les plus décriés d’Afrique. Nos membres, les victimes, ainsi que de nombreux citoyens africains et français notent avec déception que votre administration, de par son soutien aveugle, paternaliste et méprisant aux régimes honnis sur le continent, a décidé d’entretenir les plus mauvaises habitudes de la « Françafrique ». Cette position, faite de cynisme et de manque de considération envers les citoyens guinéens qui bravent les forces de l’ordre pour défendre leurs droits, n’est pas de nature à renforcer l’image de votre pays sur le continent.
Nous espérons que votre administration fera preuve de plus de diligence dans le futur afin de préserver l’amitié entre les peuples d’Afrique et de France. Nous restons à votre disposition pour communiquer à votre département des Affaires étrangères toutes les informations qui permettront d’aligner la position de la France avec les principes moraux inaliénables et non avec des intérêts à court-terme ou des habitudes surannées.
Veuillez agréer, M. le Président, l’expression de notre très haute considération.
New-York le 13 octobre 2012.
La Commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal Foutah-Djallon