Dimanche, 02 Septembre 2012 17:57
Depuis l’accession à l’indépendance de notre pays, la République de Guinée, les différents régimes qui se sont succédé au pouvoir n’ont cessé de s’illustrer, dans le mépris total des populations et la violation des droits élémentaires de l’homme. Cette attitude des gouvernants est à la base de plusieurs crimes contre l’humanité commis dans notre pays. Les dernis en date étant les massacres crapuleux de Zowota, survenus dans la nuit du jeudi 02 au vendredi 03 aout 2012, vers 1h00 du matin ; que nous, ressortissants de la Guinée Forestière, avec nos compatriotes guinéens vivant en Amérique, avons appris avec regret et indignation.
Ces massacres ont eu pour bilan six (6) morts (cinq sur le champ et le sixième quelques jours plus tard), plusieurs blessés, 21 arrestations et des portés disparus. Les auteurs de l’attaque ‒ des membres des forces de sécurité et de défense guinéennes; les victimes – des civils non armés et endormis, abattus comme des bêtes dans une humiliation totale, en font un véritable crime contre l’humanité. Cette tragédie aurait pu être évitée si les autorités considéraient la vie humaine et respectaient les droits de l’homme les plus élémentaires.
A l’origine, les populations de Zowota n’avaient pas reçu les indemnisations liées l’expropriation de leurs terres et champs et encore moins la contribution de la société brésilienne Vale au Fonds de développement local (code minier, article 130, p.61). En outre, la priorité dans l’emploi aux postes non-qualifiés n’a pas été donnée aux résidents du village (code minier, article 108, p.52-53). Le mépris de ces requêtes légales, après plusieurs tentatives de négociation, a créé la colère des populations qui ont saccagé le site de la société Vale, le 31 juillet 2012.
Suite à ce saccage, la protestation a été suspendue et de nouvelles négociations entreprises. C’est pendant cette période qu’une délégation ministérielle, forte de cinq ministres, est venue de Conakry, le jeudi 02 aout, et s’est directement rendue sur le site de Vale pour s’enquérir de la portée des dégâts qui auraient été causés par les populations de Zowota. Cependant, la délégation n’a pas visité le village de Zowota pour y rencontrer et écouter les populations. C’est cette même nuit, après leur passage, que les massacres ont été perpétrés. Le lendemain du massacre, la même délégation, encore présente à N’Zérékoré, chef-lieu de la région, n’a pas jugé utile de se rendre dans ce village pour constater les faits. Elle s’en est plutôt retournée à Conakry en niant les massacres par la voix du porte-parole du gouvernement. Contrairement à cette attitude inexplicable de nos gouvernants, une mission composée de trois (3) ONG de défense des droits de l’homme (Avocats Sans Frontières, Les Mêmes Droits pour Tous et Pacem Guinée), d’une représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et d’un prêtre de l’Eglise catholique, a visité le village de Zowota le samedi 4 aout, 2012 (le lendemain des massacres). Cette mission a fait des constats, recueilli des témoignages des habitants de la région et de la localité, et en a fait une analyse profonde et professionnelle (voir attaché).
Ces massacres barbares ne sont pas les premiers et les seuls dans la région ces deux (2) dernières années. D’autres non moins meurtriers ont eu lieu à Gallakpaye (mai 2011), Saoro (septembre 2011), et Lola (novembre 2011), où des natifs ont été tués, torturés parfois par les forces de l’ordre pour avoir réclamé leurs droits contre ceux qui les expropriaient de leurs terres et plantations. L’histoire du pays n’enregistre aucun cas dans d’autres régions où des différends domaniaux ont été résolus par l’envoi de contingent militaire dans un village pour en exterminer les habitants. Ces tragédies visent à contraindre la population forestière à la résignation et annihiler toute tentative de réclamation de leurs moindres droits. Ce dernier cas constitue une violation flagrante de la Constitution guinéenne et de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et de fait un crime contre l’humanité, tel que définit par la Convention de Rome, dont la Guinée est signataire. C’est pourquoi :
nous, membres de l’ARGUIFA (Association des ressortissants de la guinée forestière en amérique) et de la communauté guinéenne des Etats-Unis, après avoir vu la vidéo du massacre (http://www.youtube.com/watch?v=zEAERv8NO4E) et pris connaissance des différents rapports :
exigeons :
A- des autorités guinéennes :
B- de la société Vale :
Ces exigences, entre bien d’autres, visent à rappeler à nos gouvernants et aux compagnies minières qui opèrent sur le sol guinéen, le sens de leurs responsabilités et leurs devoirs, dans un Etat de droit. Car ils continuent d’ignorer ces devoirs et les droits des citoyens qu’ils doivent protéger et défendre à la lumière de la déclaration universelle des droits de l’homme.
Sans ces droits primaires, notre peuple qui n’a connu que des dictatures sanglantes durant les 53 ans de son indépendance, ne pourra jamais s’épanouir sur les plans socio-économique et politique. Rendre justice aux victimes de ces récents massacres serait la condition sine qua none d’arrêter l’impunité et promouvoir la paix sociale et durable en République de Guinée.
Vive la Justice,
Vive la Paix Sociale,
Pour que vive la République de Guinée dans l’unité et la solidarité !
Le Bureau exécutif de l’ARGUIFA