Vendredi, 17 Août 2012 21:25
C’est avec amertume que le peuple de Guinée a appris les massacres de la population de Zowota, dans la préfecture de N’Zérékoré, perpétrés par des éléments des forces de l’ordre guinéennes dans la nuit du 03 au 04 août 2012 à 1 heure du matin. Ces actes barbares qui relèvent d’un autre âge ont entraîné sur le champ cinq (5) morts: Monsieur Nyankoye Kolié (chef du village), Moriba Tokpa Kolié, Nazio Kolié, Foromo Kolié et un autre, et ce, dans des conditions inhumaines et dégradantes. Ces crimes ont également fait plusieurs blessés et des dégâts matériels importants ; le bilan s’étant d’ailleurs alourdi avec un mort de plus parmi les blessés.
En effet, depuis 2008, la société minière Vale exploite des ressources minières à Zowota. Les populations de ce village et des villages concernés par ces activités minières ont déclenché une grève le 31 juillet 2012 contre le refus par cette société de leur offrir de l’emploi la plupart non professionnel. Après la visite d’une délégation gouvernementale la veille, des éléments des forces armées guinéennes ont nuitamment fait irruption dans ce village pour mettre fin à la vie de paisibles citoyens sans arme, mutiler et blesser certains d’entre eux et saccager des habitats.
Suite à ces massacres, il est regrettable que le gouvernement n’ait pas cru utile de faire une déclaration condamnant ces actes ignobles et illégaux. Il a plutôt choisi la voie du mensonge, niant les tueries à Zowota, préférant protéger le site minier de la société Vale et mettant en place des stratagèmes pour endormir la conscience de cette pauvre population en utilisant, malheureusement, des fils et filles de la Guinée Forestière à cet effet.
Face à ce comportement criminel, nous, fils et filles de la communauté de la Guinée Forestière au Canada :
Au président de la République, nous demandons son implication personnelle dans la résolution de ce conflit entretenu et alimenté par des représentants de l’État. Nous lui demandons d’aller au-delà de simples décrets de limogeage, d’adresser à la nation guinéenne un message de condoléances et de condamnation de ces crimes crapuleux.
À la communauté internationale, nous demandons qu’elle augmente la vigilance et la pression contre ce gouvernement civil duquel les Guinéens, victimes de plus de 50 ans de dictatures et de bavures attendent des gestes concrets contre l’impunité et pour l’instauration de l’État de droit et le respect des droits fondamentaux.
Aux leaders politiques et aux intellectuels de la Guinée Forestière, vos parents, victimes de la barbarie des forces de l’ordre comptent beaucoup sur vous. Au risque de vous faire rattraper par l’histoire, nous vous demandons de ne pas vous laisser corrompre par l’argent du sang en participant à l’endormissement de la conscience de ces pauvres populations endeuillées. Votre honneur et votre dignité en dépendent.
Enfin, nous voulons remercier tous les acteurs de la paix: religieux, ONG, société civile, partis politiques, personnes engagées, etc., qui ont apporté leur soutien de toute nature depuis le début de ces évènements malheureux. Nous les exhortons à continuer d’appuyer la lutte des populations de Zowota et de tous les villages concernés par l’exploitation minière du Mont Yono, jusqu’à la satisfaction totale de leurs revendications légitimes.
Vive l’unité nationale !
Vive la paix en Guinée !
Montréal, le 15 août 2012
La communauté de la Guinée Forestière au Canada