Heinan Goba Lundi, 28 Novembre 2011 18:50
Le procès du commandant Sékou Resco Camara et de deux autres commis de l’État, qui a été interrompu par la présidente Hadja Kadiatou Traoré (la juge en charge du dossier) sous le prétexte fallacieux d’une coupure électrique alors qu’en réalité elle ne tenait plus devant le cafouillage planifié par les prévenus, reprend ce lundi.
On attend de voir ce qui va se passer ce lundi, il faut dire que ce qui s’est passé mercredi dernier prouve déjà que la justice guinéenne fait semblant de juger le gouverneur de Conakry, le directeur de la sûreté régionale et le commandant de la brigade d’intervention, de sécurisation et de protection (BISP). Pour de nombreux observateurs, c’est pour se débarrasser seulement de la pression des avocats.
En effet, lors de la première audience, les débats de ce mercredi 23 novembre qui ont duré plus de 8 heures, ont été émaillés de pagaille du début à la fin. Aux jeunes et femmes de Kaloum sont venues s’ajouter les forces de l’ordre pour soutenir les deux chefs de la police guinéenne. On ne savait plus qui est qui ou qui fait quoi dans la salle.
Après le passage à la barre des deux premiers prévenus, la vraie pagaille a commencé au moment de la comparution du commandant Sékou Resco Camara. Toutes les déclarations du gouverneur étaient suivies d’acclamations et de « c’est ça ! » de la part des policiers.
Les avocats de la partie civile (du barreau), par contre étaient hués, à chaque fois qu’ils posaient des questions aux prévenus. « C’est faux ! », « quitte là -bas », « ils prennent de l’argent avec des parents de criminels pour les libérer clandestinement », ont été entre autres réactions de ses hommes et femmes qui ont bravé les avertissements de la juge et les tentatives d’expulsion des gardes pénitentiaires. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à proférer des menaces verbales à l’endroit des avocats de la partie civile. Ce, sous l’œil complaisant de la juge et du représentant du ministère public.
Me Foromo, président de l'ONG les Mêmes Droits pour Tous (MDT), une des victimes présumées, monte à son tour au prétoire. Bonjour encore les murmures et les réactions spontanées.
Face à cela, les avocats de la partie civile ont demandé, en vain, au tribunal d’expulser ces gens de la salle d’audience. N’ayant pas obtenu gain de cause, Me Mohamed Traoré, au nom des avocats de la partie civile, a sollicité la suspension de l’audience. En affirmant se sentir en insécurité. Le procureur et la juge sont intervenus pour rassurer les avocats.
En dépit de ces promesses les troubles ont continué, contrairement au comportement normal d’un public dans une salle d’audience. Et ce, au vu et su du procureur et de la présidente du tribunal. Le prétoire a été envahi. On ne savait même plus qui est qui. Seules les robes et les tenues faisaient la différence. L’application de l'ordre de la juge interdisant l’usage des caméras et dictaphones, elle ne souffrait de rien.
Quoi qu’il en soit, a dit Me Traoré, nous avons décidé de défendre notre confrère. « Nous avons eu affaire par le passé à des hommes en uniforme qui nous ont maltraités dans l’exercice de notre fonction, mais lorsque ces mêmes hommes en uniforme ont eu maille à partir avec la justice ils ont recouru aux mêmes avocats pour les défendre », a rappelé Me Mohamed Traoré qui se dit conscient des risques liés à l’exercice de son métier. Ce qui l’amène d’ailleurs à assumer l’insécurité qui caractérise le présent procès.
C’est dans ce climat qu’est intervenue la coupure électrique que notre présidente, qui ne parvenait plus à assurer la police d’audience, a prise comme motif pour renvoyer l’affaire.
Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu.com