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Anniversaire de PDG-RDA : Boubacar Barry rappelle les défaillances du parti unique
Alpha Amadou Diallo Jeudi, 12 Avril 2018 10:12
Le vice-président de l'Union des Forces Républicaines (UFR), membre de l'association des victimes de Camp Boiro. Boubacar Barry a dans un entretien accordé à nos confrères de la radio Lynx FM, parlé les péripéties et la raison son exil face au régime de feu Ahmed Sékou Touré, déplore les défaillances et les caractéristiques. M. Barry dénonce aussi le titre qu'on lui a attribué « Père de l'indépendance de la Guinée ». Pour lui, le mérite revient à un certain nombre de leaders politiques qui sont entre autres, Barry Diawadou, Barry III et Mamba Sano.
Bonjour M. Barry ! Quelle analyse faites-vous de la naissance du mouvement Sékou Touréiste ?
Merci beaucoup ! Ce qui a motivé ma présence ici aujourd'hui, c'est au tour de mon appartenance à l'association des parents des victimes de Camp-boiro. Au regard de l'actualité actuelle, je crois qu'il y a un processus en cour. « Processus vérité, justice et réconciliation ». Et un mouvement des jeunes émerge, apparemment il y a quelque mois qu'ils sont sur le terrain. Curieusement, ce mouvement prône, je dirais l'idéologie d'un des acteurs principaux de ce processus de réconciliation, parce qu'il a été en réalité, un des acteurs, un des auteurs des principaux massacres dans ce pays.
Donc je dirais véritablement une sorte de contradiction de vouloir faire l'apologie de la haine. Moi, je considère qu'il ne refuse pas l'apologie de la haine au contraire, il est en train de faire l'apologie de la haine. Parce qu'il y a un certains nombres des victimes qui ont subi une situation difficile au temps de ce régime. Et qu'un groupe des jeunes aujourd'hui, dit, nous faisons la promotion sur les valeurs de ce même président, donc tout ça nous interpelle.
Pensez-vous vraiment qu'on doit réhabiliter le président Ahmed Sékou Touré ?
La question ne se pose pas en ce terme, Sékou Touré n'a pas été condamné à ce que je sache. Il n'a subi aucune condamnation de quelque ordre que ce soit. Il a présidé les destinés de la Guinée jusqu'à sa mort. Et je voix aujourd'hui, le feu Lansana Conté a baptisé le palais présidentiel de son nom, donc la question de sa réhabilitation ne se pose pas, simplement les tenants de cette idéologie sont essentiellement représentés par un parti politique, qui s'est fait évaluer à mon avis à l'occasion des différentes joute électorale. Depuis 93 le PDG-RDA est en course que ce soit de la présidentielle, législative et dernièrement les communales.
Je crois que les Guinéens ont tourné le dos à ce type de langage, à ce type d'idéologie qui ma foi à inclus là haine, il ne faut pas oublier parmi les différents complots, il y a quand même un président de la République qui a pris la parole publique pour lancer appelle à la discrimination et à l'extermination d'une ethnie. Je ne vois pas comment on peut parler d'une idéologie et de valeur d'un tel homme, en disant que c'est rassemblé tous les Guinéens au tour de ça. Je m'interroge sérieusement.
Quand vous faites allusion aux joutes électorales, il y a quand même Aminata qui est fils de son père a été première à Kaloum même si les voix ne sont pas assez nombreuses par rapport aux autres formations politiques. Peut êtes que le PDG-RDG peut rebondir par-là ?
Attention ! Elle a présenté une liste indépendante, il faut que ce soit clair, elle n'a pas dit qu'elle s'est présenté au nom du PDG-RDA, elle s'est présenté en tant que candidate indépendante, ça veut dire à mon sens, qu'elle se démarque de RDA. Même si le langage est double parce que d'un côté, elle assume être du PDG-RDA, de déposer les valeurs de ce parti, l'idéologie de ce parti. Mais, en attendant, c'est en tant que candidate indépendante qu'elle s'est présenté à Kaloum.
Mais c'est la fille de Sékou Touré, Est-ce qu'elle ne va pas rebondir ?
Non ! Être la fille de Sékou n'est pas forcement responsable des fautes de ses parents, j'imagine. Mais, en fait, tout ça. C'est parce que le PDG-RDA a fait de l'amalgame. Quand par exemple, il y avait des arrestations au temps de ce régime-là , c'était des punitions collectives, c'est-à -dire ; nous parlerons éventuellement de la réalité de cette justice révolutionnaire. Quand on arrêtait le père c'est toute la famille qui est frappée, même les enfants sont responsables, donc il y avait cet amalgame, c'était une punition collective. Nous, nous ne voyons pas ça comme ça, si madame Aminata Touré revendique son appartenance au PDG-RDA et cette idéologie, elle aurait porté le couleur de PDG-RDA qui par ailleurs était candidat dans d'autre pays, dans d'autres régions.
Ce qu'on veut faire remarquer, dans la posture actuelle, quand Aminata a été plébiscité, le PDG-RDA par la voix de son président, Camarde Mohemed Touré a été le premier à monter au créneau pour dire « c'est la victoire du PDG-RDA ». Est-ce qu'il n'y a pas un risque de récupération avec le temps, parce que vous, voyez les mouvements des jeunes commencent à germer çà et là ?
C'est toujours ça, leurs approches. C'est d'essayer de profiter de tous qui se présentent. Moi, jusqu'à preuve du contraire. J'observe que, madame Aminata Touré s'est présenté comme candidate indépendante. Jusqu'à preuve du contraire, elle ne dit pas que c'est la victoire du PDG-RDA. Donc je m'en tient à ça. Mohamed Touré et son parti ont été candidat dans d'autres circonscriptions, mais qu'il ne se glorifie pas de la victoire de sa sœur qui est indépendante, même si c'est sa sœur. C'est Elle en tant que personne qui a été choisie, plutôt éventuellement le parti que son père a fondé.
Alors, le 26 Mars 1984 lorsque vous avez appris le décès de Sékou Touré. Qu'est-ce que vous avez ressenti et où étiez-vous ?
Quand cela s'est passé, j'étais à Bruxelles. J'y vivais depuis une dizaine d'année, comme vous savez pendant ces périodes difficiles là , plus de deux millions de Guinéens se sont exilés, sur une population qui était estimé à l'époque environ 6 millions. C'était des exiles forcées, ou pour de raison économique, surtout pour de raison politique. Donc, je me trouvais en Belgique, il faut dire que j'ai observé ça avec beaucoup de Bonheur, parce que c'était à mon sens l'occasion de revenir dans mon pays parce que j'étais empêché de revenir dans mon pays.
Comment êtes-vous sorti de la Guinée ? Parce que la quasi-totalité des personnes qui se sentaient persécuter à l'époque ont choisi l'exil, alors si c'est le cas explique-nous comment vous êtes sorti de la Guinée ?
Par air brousse ! (rire). Par les petits sentiers, à partir de Mamou, aller à Wourékaba, se faire passer pour un apprenti Camion.
Qu'est ce qui a fait germer en vous l'idée de partir et comment l'idée a pris forme et comment vous l'avez mise en exécution ?
C'est personnel mais je vais bien témoigner. A l'arrestation de mon père qui s'appelle El hadj Mody Oury Barry, c'est le deuxième fils de l'Almamy de Mamou. A son arrestation, la stigmatisation à l'école, j'étais au lycée, à la rentrée des classes on criait des slogans qui insultaient nos parents. Il fallait forcement qu'on assiste à ça. Encore une fois, les arrestations avaient un caractère nationale, j'ai apporté un document ici, liste indicative élaboré par Alseny René Gomez, qui a fait dans son livre « parler ou périr » il a fait une liste exhaustive, vous verrez que toute la Guinée est représentée, ce n'était vraiment pas une question de communauté. C'était le système totalitaire, dans ses bases, dans ses fondements. C'est un système qui dresse une sorte de profil, si vous ne cadrez pas avec le profil, vous devez être éliminé.
Et dans ce cas d'espèce, les intellectuels quels que soient leurs origines ethniques étaient visés. Vous prenez les personnalités de premier plan. Les gens qui sont capables de résister, les gens qui sont capable de créer, tous ces gens-là ont été progressivement éliminés. Encore une fois, stigmatisation, difficulté au niveau d'environnement familiale, parce que dans le cadre de la punition collective. Quand on arrête votre Papa, vous êtes dépossédé du jour au lendemain de vos biens. On vous demande de sortir de l'habitat où vous êtes. Et à partir de là , étant dans l'imprévu, les mamans se retrouvent tout d'un coup chef de famille, avec des familles nombreuses. Nous, on était plus d'une dizaine avec tous les cousins et frères qui venaient de l'intérieur habitaient là -bas, donc il a fallu éclater la famille, chercher un point de chute pour chacun d'entre nous, ce qui est quand même traumatisant.
Et ensuite, encore une fois, il y a eu un autre événement, moi j'ai quitté la Guinée en 76, juste après le complot peulh, ça aussi, ça en a rajouté, c'est-à -dire, on vous disait clairement. Vous n'avez pas droit à ça, vous êtes un Guinéen de second ordre. Vous devez justifier pour tout ce que vous faite. Pour ça des discours ont été ténus. Les gens étaient obligés d'aller se justifier à la radio, en tant que cadre pour un peu confirmer leur adhésion etc. En tant qu'ethnie, vous êtes mise à l'index, stigmatisé. Donc, vous êtes susceptible de ne pas être en accord avec l'idéologie du parti.
Qu'est-ce qu'on reprochait à feu votre Papa ?
A ma connaissance, après avoir enquêté, il y avait absolument rien, c'était des présomptions de culpabilité, parce qu'ici la présomption d'innocence n'existait pas. A l'arrestation d'un des amis proches, feu Baldé Ousmane ministre de finance, c'était un ami à lui historiquement et familialement. Comme à la pratique, un jour on entend à la radio que Baldé Ousmane dénoncé mon père comme étant son complice et à partir de là , le processus est déclenché. On l'a donc arrêté nuitamment, en violent les procédures. J'imagine qu'il a dû être torturé. Lui aussi arrête, il faut qu'il dénonce une ou deux personnes obligatoirement, c'était comme ça que le système fonctionnait.
On extorquait les aveux, on jugeait les gens sans avocat, devant le tribunal qui n'a pas la compétence, après, ils sont condamnés à leur insu et sans avocat. Donc, cela prouve que la culpabilité n'a jamais été établie, à partir de là , on rentre dans une sorte de stigmatisation, d'isolement, de persécution. Donc, adolescent vivant à cet environnement, mes jeunes frères, mes grands frères, mes grandes sœurs, on était tous complètements désemparés. On ne savait plus à quel saint se voué, finalement certains d'entre nous, en tout cas moi en particulier, l'exil me semblait la meilleurs solution. Parce que je ne sais pas ce que je serais devenu en restant. Étant toujours en rupture de bancs, commençant à m'isoler, déprimant.
J'ai convaincu ma mère en particulier qui ne voulait pas du tout entendre parler, de me laisser sortir. Au risque de me perdre en réalité parce que je n'avais plus aucun espoir, entre temps, comme je vous ai dit. Le complot peulh est passé par là , donc tout ceux qui étaient élèves, étudiants, cadres etc, sont interdits de bourse, c'est des orientations arbitraires, stigmatisation. Tout ça en a rajouté à l'état d'esprit des gens qui prévalaient. Donc, j'ai eu son accord de principe, je me suis organisé, passé par les frontières en montant dans un camion, en m'habillant comme un apprenti, en faisant le tour par-ci par-là , passer par la Sierra Leone, passer par le Libéria et puis atterrir en Côte d'Ivoire. Et après aller rejoindre mon grand frère qui était déjà à Bruxelles.
Dans les faits quotidiens vous vous rendez compte qu'il y a des personnes qui ont nostalgie de Sékou Touré, pour telle raison ou pour une autre. Pourquoi alors cette nostalgique ne s'exprime pas lors des élections mais s'exprime dans les causeries ?
Parce que c'est une idéologie qui malheureusement n'a pas évolué qui est largement minoritaire. Donc peu des gens ne peuvent faire beaucoup de bruit, vous savez ce qui se passe. Surtout ceux qui ont vécu cette période, effectivement il y a certains qui en sont nostalgiques.
Moi, je rappelle deux choses, voyez comment le PDG-RDA a chuté en avril 84. Une semaine, jour pour jour après la mort de Sékou Touré, il y a le coup d'État. Vous savez qu'à l'époque le système de PDG avait maillé tout le pays, du quartier qui correspondait au PRL, en passant par la sous-préfecture qui correspondait à l'arrondissement, en passant par la région qui est la préfecture donc vous avez des structures à tous ces échelons. Et vous avez le sentiment que tout le pays est maillé par le système de PDG, et qu'il suffisait de claquement de doigt pour que tout le monde se lève.
Et puis vous avez à côté une armée moribonde parce qu'elle a été remplacée par ce qu'on appelait la milice populaire. Alors comment pouvez-vous explique qu'en quelques fractions de secondes, l'annonce de coup d'état par Faciné Touré à la Radio. Cette explosion de joie ‘' vive la liberté, vive la liberté'' on se demandait d'ailleurs de quelle liberté, il parle. Qui crie liberté, ça veut dire quelque part il n'était pas libre. Donc aucune machine en face n'a pu résister en quelque sorte à cet évènement-là , donc ça veut dire que ça ne corresponde pas à la réalité.
Alors, le passif et l'actif de 26 ans de règne de Sékou Touré ?
Je voulais quand même aussi selon un certains nombres de mythe, parce que tout ça est battu au tour de mythe, en parlant de bilan. Prenons l'indépendance. Vous, vous souviendrez qu'on lui attribue tout le mérite de l'indépendance, les historiens sont là pour le démontrer. Le président Alpha Condé l'à d'ailleurs dit à l'occasion de lancement de la journée sur la commission « vérité et réconciliation » il y a un an ou deux. Il disait qu'à attention, le mérite revient à certains nombres de leaders politiques de l'époque qui ont accepté de faire un consensus pour que l'indépendance soit acquise. Et l'indépendance a été acquise comment ? Il faut le savoir, c'est par un referendum, c'est un bulletin que les gens ont déposé dans une urne. Ce n'est pas comme en Algérie où les gens ont pris les armes, ce n'est pas comme en Indochine, où les gens ont pris les armes.
C'est encore moins, au Cameroun ici a côté où les gens ont pris les armes pour pouvoir éventuellement combattre. Donc le phénomène de la Guinée, c'est qu'on a permis à la Guinée de choisir librement, en ce moment, il y avait plusieurs partis politiques. Il y avait plusieurs partis d'opinions. Ils ont tous décidé de voter ‘'NON'' en grande majorité, c'est ce qui a envoyé l'indépendance. Il faut quand même aussi l'accordé ce mérite-là .
Parmi eux vous pouvez citer ?
Oui ! Parmi eux, il y avait Barry Diawadou, il y avait Barry III, il y avait les Membassano, ils étaient dans le groupement qu'on appelle le PRLA, le parallèle du « RDA ». C'était les deux grands regroupements au niveau africain, tous sont appelés à voter pour le « NON ». Il vous souviendra, il y a eu un cas similaire au Niger où le parti « SAWABA » était majoritaire. C'est de Djibo Bakary, je crois était largement majoritaire mais les Français après avoir analysé le sol et le sous-sol, ont compris qu'il y avait de l'uranium. Qui est capable de fabriquer la bombe Atomique, ils ont considéré qu'il n'est pas question de laisser ce pays aller dans un autre juron. Donc ils ont soutenu malgré le fait, il était minoritaire et finalement, c'est le « OUI » qui l'a remporté. A ce moment-là , c'était une administration coloniale, qui contrôlait l'armée, qui contrôlait les finances, donc elle était capable de faire ou de défaire n'importe quel leader de l'époque, ou qui n'avait que peut être les populations. Mais vous savez que dans ces conditions-là , ils ne s'encombraient de fioriture, s'ils veulent quelque chose, ils sont capable de massacrer pour ça.
Parlant toujours de ce passif, beaucoup d'observateurs et les thuriféraires de Sékou disent que s'il se transformer en tyran ou dictateur, c'est parce qu'il y avait de vrai ou faux complot. Qu'en dites-vous ?
Je vois, aussi toujours en me référant au livre de Gomez, il en a dénombré 25 semble-t-il. Eux, ils parlent de 52. Mais encore une fois, vous voyez la nature de complot, c'est-à -dire dès qu'il y a le moindre mouvement social, il y a une personne qui émerge d'un lot, à Faranah par exemple, c'est une histoire d'élection fédérale de parti lui-même qui était très populaire. Pour une raison ou pour une autre, on a dit que ce n'est pas lui que le parti veut, on l'a affaibli d'un complot. En réalité tous ces complots étaient fictifs, Parce que pour démontrer la réalité d'un complot, il faut partir d'un élément précis.
Quand on arrêtait les gens, on extorquait les aveux, on les faisait signer n'importe quoi, après la torture et puis après on les condamnait, comme je vous les dis en dehors d'eux, en dehors d'avocat et puis on les exécutait, tout ça de manière clandestine. Ils avaient des exécutions mêmes assez atroces, pour vous dire l'inhumanité du système, vous imaginez pendre des gens. Ce n'est même pas dans nos cultures et ce n'est même pas une sanction prévu par nos propres lois.
Chaque préfecture avait eu son pendu ?
Bien sûr ! Au moins un ou deux pendus ont été affectés par préfecture.
Pourquoi on avait fait recours à ces moyens ?
C'était pour terroriser la population, on déclenchait un machine qui allait broyait les intellectuels, des personnes accusées à tort. C'était la période la plus noire où il y a eu les dégâts les plus importants. A partir du 25 Janvier, on a commencé par les pendaisons puis les arrestations massives dans tous les corps sociaux professionnels et puis des exécutions extrajudiciaires en nombre. Pendre des gens ou encore les privés des nourritures jusqu'à ce que mort s'en suive. Ou encore les enterrés vivants. On a même vu de camps où on a héliporté quelqu'un. Une personnalité comme Bangoura Karim je crois. Des personnalités de premier plan, on l'a largué à Fatala. Vous imaginez un peu jusqu'où le régime était quand même inhumain ? A la limite on dit, on doit éliminer et on élimine, parce que tout simplement on ne veut pas de toi, ou tu commences à être encombrant. Bon sang de Dieu !
Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
- Une petite suggestion : relisez-vous d'abord 3 fois et ensuite faite relire par une personne qui parle le français avant de publier - sinon votre carrière de journaliste n'ira pas plu loin que le bout de votre doigt...








