Responsabilité sur les 94 morts : les graves accusations de Cellou

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DIALLO_Cellou_Dalein_42_01Le chef de file de l'opposition républicaine Cellou Dalein Diallo a dans cet entretien accordé à nos confrères de la radio espace, accusé le gouvernement de vouloir banaliser la mort des 94 militants de l'opposition assassinés lors des manifestations de rue depuis 2011, en faisant porter le chapeau de ces meurtre à l'UFDG. C'est ainsi que selon Dalein, le ministre Rachid N'Diaye et le directeur national adjoint du Budget, Thierno Madiou Sow auraient été dépêchés au près des autorités françaises, pour charger son parti de ces crimes.


Bonjour, un certain « Grenade » serait dans la main de la justice guinéenne, accusé de participer selon le procureur de la République aux assassinats parmi les militants, il aurait été arrêté avec les armes, et n'a même pas vu sur les réseaux sociaux avec les images prises avec des personnalités très proches du parti que vous dirigez, notamment vous et hadja Halimatou Dalein et autres que vous dirigez. Qu'en-dites-vous ce matin ?

Oui ! Aboubacar Grenade Diallo est un militant de l'UFDG qui n'a pas de responsabilité dans le parti, mais qui fait partie des jeunes qu'on appelle de l'axe, il a été kidnappé, ici à un moment donné. On lui a dit, il faut qu'il aide à coopérer pour incriminer la haute direction de l'UFDG. Disons par rapport à ça depuis 2011, nous sommes en train de réclamer des enquêtes pour identifier les auteurs et les commanditaires de ces crimes commis lors des manifestations. Le gouvernement n'a pas bougé jusqu'à présent le petit doigt, malgré tous les accords politiques.


Parlons de ce « Grenade » parce que c'est gravissime ?

Si on kidnappe quelqu'un, on lui dit il faut aider à salir. Et puis on le photographie avec les armes dans les locaux de la gendarmerie et tout ça.


Au-delà de ça, il y a une interview réalisée par Antoine Kourouma, un autre jeune qui a milité près de votre parti qui vous incrimine et qui incrimine le parti, votre épouse, qui incrimine dangereusement ce Grenade, il dit pas mal des choses, on voit les images qui attestent bien sûr que ce jeune garçon du côté du Maroc a connu Grenade, et il a partagé son quotidien, cela aussi est un montage d'après vous ?

Il faut qu'il prouve, qu'il apporte des preuves que ce qu'il a dit est vrai, ce que nous, nous avons donné à nos propres militants parce que c'est la tendance. Aujourd'hui le pouvoir a envoyé à Paris le ministre de Communication et un directeur national adjoint du budget qui seraient promotionnaires du président Macron, qui sont allés le voir avec ces images, ces photos et ces vidéos pour essayer d'accréditer l'idée au niveau de la presse française et des autorités de ce pays, que c'est l'UFDG qui tuait ses propres militants, parce qu'il est embarrassé face à 94 morts, sans que jamais l'État n'ait daigné ouvrir une enquête, prononcé une sanction administrative à quelque niveau que ce soit. Malgré toutes ces réclamations faites par l'opposition lors des dialogues et tous les acteurs politiques, vérifiez. Celui de 2014-2015-1016 l'un des premiers points c'est l'ouverture des enquêtes et l'indemnisation des victimes, il n'a rien fait jusqu'à maintenant.


Maintenant, il est embarrassé, il faut qu'il trouve quelqu'un qu'il faut instrumentaliser pour dire, ce n'est pas les forces de défense de sécurité, c'est l'UFDG qui tue ses propres militants. Mais comment peut-on tuer nos propres militants ? Je vous dis, la délégation est partie sur Paris, hier (dimanche 25 Mars) pour aller avec les photos de Grenade, et vidéo, l'arme en main, en train de manipuler pour essayer d'accréditer auprès des autorités et de la presse française que c'est l'UFDG qui tue. Et aujourd'hui face à la publicité faite sur ce crime-là, l'indifférence et laxisme de l'État, le refus de l'État de mener des enquêtes et de continuer d'accorder l'impunité aux gens, l'État a cette responsabilité. II fait la parade pour dire que c'est l'UFDG qui tue, pourquoi il n'a pas cherché à prouver ça depuis 2011 ?


Si Grenade fait des déclarations, vous allez dire c'est manipulé, je ne prends pas du tout parti, on a vu le procès-verbal de la gendarmerie, c'est assez grave
.
Il faut voir dans quelle circonstance ses avis ont été obtenus (,…) Il ne suffit pas de prendre un jeune sous l'effet de la corruption et de la torture, pour dire ça et ça, il faut essayer de coopérer. Il faut qu'on discrédite Cellou Dalein vis-à-vis de sa base, il faut qu'on puisse lui créer un problème judiciaire. Mais tout ça il faut que les preuves existent, vous croyez que moi ou mon épouse peuvent donner des armes à quelqu'un pour qu'il aille tuer nos militants ? C'est incroyable ! Quand même ! Il y a des gens dévoués pour le parti qui prennent tous les risques pour nous. Comment les tuer ? A quelle fin ?


Comment peut-on garder une personne dangereuse, on sait de quoi la personne est capable ?

Est-ce que nous, on a la preuve qu'elle est dangereuse ? C'est l'État qui l'a récupéré pour dire qu'il a tué. Mais si c'est avéré qu'il a tué, ils n'ont qu'à fournir les preuves, s'il prétend qu'on lui a donné des armes, il va donner les preuves qu'on lui a donné des armes et qu'il a tué des militants. Il faut des preuves quand même. Le jour où Koula est décédé, le lendemain une commission d'enquête sérieuse a été mise en place. Nous tous, on est allé témoigner. La dernière fois, il y a moins d'une semaine le commandant Sylla de Eco 5, il a fait un carnage avec ses hommes. On a enterré les 4 victimes, aucune commission d'enquête.

Comment ça ?
Alors qu'un de ses assistants qui était là, qui n'était même pas incorporé, qui avait des armes, qui tirait sur tout ce qui bouge, personne ne dit mot sur ça. Aujourd'hui on veut dire que toutes ces tueries là que Cellou qui est en train de tuer ses militants, mais qu'on arrête, il faut qu'on nous donne les preuves.


M. Diallo, Grenade signale qu'il est sorti de la Guinée avec la complicité de certains agents de l'armée qui l'ont escorté jusqu'à Dakar, alors qu'il avait été touché par une balle. Que savez-vous de cette blessure de Grenade ? Et au même moment il signale que certains de vos agents de sécurité ont des armes à un moment ou à un autre, est-ce que vous vous intéressez à la question pour savoir si oui il détient des armes ?

La gendarmerie écrit et fait signer, vous voulez considérez ça comme (…). Je ne peux pas répondre à la question. Je ne jamais fais fuir quelqu'un de ce pays.


Nous croyons savoir qu'il y a des consultations en cours depuis que vous exigez qu'on « vous rende vos voix ». Aujourd'hui la question demeure, elle est entière. Est-ce qu'il y a un début de réponse à cette réclamation que vous faites depuis un certain moment, depuis que la médiation est en cours ?

Je ne peux pas révéler tout ce qui s'est dit, les échanges qu'on a eus avec les différents médiateurs et les bonnes volontés qui essayent de rapprocher. Ceci dit comme vous le savez à l'issue des premiers entretiens qu'on avait eu avec la présidence. Le président avait dit que si nos revendications s'avèrent fondées, il allait trouver une solution fondée sur les réalités pour sortir de la crise. Vous savez, c'est dans ce cadre qu'il avait demandé à la CENI de nous recevoir et d'examiner en toute indépendance les pièces qu'on détenait. Finalement ce processus s'est arrêté, on a repris nos manifestations, jusqu'à présent il y a pas encore de solution. Mais je dis que le contact n'est pas coupé, il y a beaucoup de bonnes volontés qui s'investissent.


Donc peut-on s'attendre avec le président Alpha Condé ces 2 jours M. Diallo ?

Je ne l'exclue pas, je souhaite que si je dois le rencontrer, ce soit vraiment pour sortir de la crise.


A vous entendre ce matin, c'est comme si vous êtes fatigué de toutes ces manifestations ?

Non, pas du tout, on a décliné le programme des manifestations, dès la semaine qui commence aujourd'hui, demain il y a une ville morte. Mercredi il y a les femmes qui font une marche blanche vers le ministère de la Justice et jeudi, il y a les marches pacifiques dans chaque commune, les militants de chaque commune, les citoyens de chaque commune vont marcher pour exiger la restitution des suffrages qui ont été volés au niveau des CACV.


Comment expliquez M. le président de l'UFDG que les stratégies restent les mêmes les rencontres avec le président se sont multipliés depuis ce dernier temps, vous allez encore en faire. Mais au finish, on revient toujours au point de départ ?

D'abord, lorsqu'on se rencontre, que ce soit dans le cadre du dialogue que ce soit au niveau bilatéral, ce que nous décidons n'est jamais appliqué et on continue de violer les lois, de violer la constitution et à ne pas appliquer les dispositions des accords politiques. C'est-à-dire que le dialogue débouche sur un accord politique ou les partis s'engagent à mettre en œuvre un certain nombre d'actions, mais que la mouvance bloque, le président lui-même bloque. Et finalement, si vous regardez les différents accords celui de 2013, celui de 2014, 2015, 2016, c'est la répétition des mêmes dispositions qui n'ont jamais été appliquées. Si vous regardez du côté de droits humains, c'est-à-dire l'engagement du gouvernement d'ouvrir des enquêtes pour identifier les auteurs et commanditaires des crimes, ça n'a jamais eu lieu, il n'y a jamais eu d'enquête par rapport à ceux qui sont morts lors des manifestations politiques.


Si vous regardez les élections locales depuis 2013, on est en train de fixer des échéances qui n'ont jamais été tenues, la dernière fois c'est grâce aux manifestations que ces élections locales ont pu se tenir. Lorsque vous parlez de Haute Cour de justice, elle n'est pas encore mise en place, la réforme de la CENI non plus, l'audit du fichier non plus. Alors, chaque fois qu'on se retrouve, on se met d'accord mais les décisions restent lettres mortes, elles ne sont jamais appliquées.


Par rapport à ces élections, on a 342 circonscriptions, il n'y a que 7 qui sont mises en cause. Alors votre approche de solution ?

Si on a retenu 7 ou 9 circonscriptions, c'est pour ne pas reprendre ces élections.


C'est là où les vols ont été plus flagrant
s ?

Je vous donne un exemple, au niveau de la commune urbaine de Dubreka, vous prenez Kirikéran, le RPG a eu dans le bureau de vote 224 voix et à la CACV, on a transformé ça à 1 731. A Bondabon, le RPG a eu 128, on a transformé ça à la CACV à 610. A Kagbélen plateau le RPG a eu 417 voix, on a transformé ça à 1 977voix. A Kénéndé, il a eu 273voix, on a transformé ça à 1 211. A Ensoumania plateau, le RPG a eu 137 on a transformé ça à 885. Si bien que dans ces 6 quartiers que je viens de citer, on a attribué indûment au RPG lors de la centralisation 5 875voix de plus.


On a les PV, on a les chiffres qui ont été comptabilisés à la centralisation les différences sont là. Alors, nous l'UFDG on a maintenu dans ces 6 quartiers là, nos scores issus des bureaux de vote, et pour le RPG on a multiplié par 5. Ce n'est pas acceptable, on peut le prouver. Comme je l'ai dit, à l'intérieur on n'avait pas les délégués, aussi pointus, aussi vigilants, donc on ne peut pas démontrer mais on sait qu'il y a eu de fraude massive. Mais en ce qui concerne Conakry et ses environs, on a toutes les pièces prouvant qu'au niveau de CACV, il y a eu transformation, manipulation des résultats issus des urnes. Il faut revenir à la vérité des urnes.


Alors quand vous dites qu'il y a eu des fraudes massives, ça veut dire aussi qu'à côté de l'opposition, elle a fraudé aussi El hadj ?

Moi, si on peut le prouver, il n'y a pas de problème. Mais on sait bien que sous l'effet de l'intimidation et de la corruption, les magistrats qui ont présidé les CACV et leurs adjoints qui étaient les représentants du ministère de l'Administration et du territoire, se sont livrés à ces manipulations dont on met en évidence les détails.


M. le président depuis 2010 que nous vous suivons dans cette marche politique, il y a une phrase que vous avez prononcé que tout le monde a retenue, et finalement mémorisé. Cette fois-ci, on ne laisserait pas Alpha Condé nous volez nos voix. Vous l'avez dit en 2010, vous l'avez dit en 2013, en 2015, cette fois encore, on l'a entendu lors des élections locales. Et c'est la même ritournelle, il y a des manifestations pour réclamer des choses, sur la CENI, sur le fichier électoral, sur plus de transparences, sur l'implication de l'administration. M. le président, rien n'a changé. Dites-nous après avoir décliné l'agenda des manifestations de cette semaine, qu'est-ce qui va faire que les choses vont changer cette fois-ci, est-ce que vous nous garantissez qu'il y aura gain de cause à partir ces manifestations ? Par quel mécanisme conforme à la loi, pensez-vous qu'on peut vous remettre dans vos droits, pendant que la loi a été dite ?

D'abord ce qui s'est passé lorsque nos représentants ont rencontré le président de la CENI, après que le président lui ait donné l'instruction de recevoir nos griefs et d'évaluer la pertinence et de lui rendre compte. Lorsque nous avons rencontré le président de la CENI, il n'avait pas très bien compris sa mission, il a appelé à la présidence, on lui a dit qu'il est consulté en tant qu'expert électoral de recevoir les réclamations de l'opposition, de s'assurer de la réalité de la pertinence de ses réclamations et de faire un rapport au président, on lui a pas dit de modifier le résultat. Mais comme nous, on insistait, on disposait des pièces à convictions pour montrer que les résultats issus des urnes. Et ceux proclamés par les CACV étaient tous différents, on est prêt à le prouver, on a les documents, on des PV dûment signés par les personnes habilitées. Et on a aussi les résultats publiés par les CACV. Donc le mandat qui était donné au président de la CENI, c'est en tant qu'expert électoral de vérifier le bien fondé sur les documents qu'on allait lui fournir, et faire un rapport pour le président de la République, qui allait essayer de trouver une solution qu'on peut appeler politique, mais fondée sur la réalité des urnes, ça c'est un.


Deuxièmement, c'est la première fois qu'on manifeste pour réclamer la restitution des suffrages qui nous ont été volés. En 2010 lorsque les résultats ont été proclamés dans les conditions que vous savez, finalement on s'est incliné pour préserver la paix. En 2013, on a critiqué mais on a jamais manifesté pour exiger que soit reconnu la vérité des urnes.


En 2015, lors du coup chaos, on n'a pas manifesté après la proclamation des résultats. Mais cette fois-ci, il faut qu'on mette fin à cette fraude. On a des preuves éloquentes, irréfutables de la fraude qui a été organisée au niveau des CACV. On a dit que c'est 9 circonscriptions, voilà les PV sortis des urnes. Ce n'est pas nous qui avons désigné les bureaux de vote ni les assesseurs dûment signés. Et voilà les résultats qui ont été comptabilisés au niveau des CACV notamment en faveur du RPG. Nous voulons qu'on revienne à la vérité des urnes parce qu'il n'est pas dans les prérogatives des CACV de changer les suffrages des citoyens. Or, c'est ce qui s'est passé. Donc voilà un peu la situation. Nous voulons quelle que soit la solution, quelle que soit la qualification, qu'on peut donner à la solution, qu'on revienne à la vérité des urnes. Notre démocratie, c'est pour demain, ce n'est pas seulement les sièges qu'on va récupérer ou les quartiers qui va tomber sous notre contrôle ; c'est aussi pour l'avenir de la démocratie dans notre pays qu'on se bat.


Sinon, si les citoyens se dépensent, ils font la campagne, ils votent, sécurisent, ils ont les PV issus des urnes, on dit que ça c'est faux comme je vous ai lu tout à l'heure ce qui s'est passé par exemple à Kagbélén plateau où le RPG à 417, on lui donne 1977 voix à la centralisation pour le faire gagner, ce n'est pas acceptable.


Le vendredi dernier l'archevêque de Conakry Monseigneur Koulibaly a demandé à l'opposition de faire une trêve pour la fête de Pâques. Comment vous réagissez à cela ?

Effectivement, je suis peiné qu'il y ait cette coïncidence entre les manifestations de l'opposition et ces journées de dévotion de nos compatriotes chrétiens. Effectivement, on a reçu cette doléance, on va l'examiner mais pour le moment, nous maintenons nos manifestations jusqu'à ce que l'opposition examine cette doléance-là. Parce qu'aujourd'hui, nous sommes dans un processus, c'est très, très difficile d'arrêter comme ça, vous connaissez les conséquences, parce que c'est sous la pression. Tout ce qu'on a obtenu ici contrairement à ce qu'un de vous a dit. C'est par la rue. Les élections législatives, c'est par la rue, 57 jeunes ont été tués. Sans les manifestations de l'année dernière, il n'y aurait pas eu de communales, Alpha ne voulait pas les organiser. Donc le coup est élevé nous déplorons, mais le coup est élevé parce que aussi nos agents de défense et de sécurité ne sont pas disciplinés, ils font usage de leurs armes à feu contre les manifestants, ce qui est illégale.


Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo

L’Indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+1 #1 Gandhi 13-04-2018 19:50

Il ne faut rien attendre d'AC, et si les enquêtes n'ont pas lieu, il faut les faire faire ailleurs. Quelle passivité !!!
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