Guinée : on n’est pas sorti de l’auberge

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altLa Guinée va mal, elle vit mal au moins depuis 2003 après que le Général Conté décida de briguer un mandant illégitime en organisant un référendum frauduleux pour modifier la constitution de l'époque. On se rappelle d’ailleurs que c'est avec ceux-là même qui ont aidé le Général dans cette entreprise qui participent encore aujourd'hui à aider le Président Alpha Condé dans sa volonté inavouée de violer la nouvelle constitution pourtant accouchée dans la douleur et au prix de plus de 150 morts et plusieurs dizaines de femmes violées.


La Guinée va mal, elle va mal par la faute de ses enfants, souvent par la faute de ceux et celles sur lesquels elle fondait le plus d’espoir. Ceux-là qui sont allé à l'école ou ceux qui nous sermonnent de morale à longueur de journée par des versets coraniques ou par des passages de la bible.


Elle va mal parce que certains de ses enfants qu’elle croyait les plus valeureux se taisent devant l’injustice et l’arbitraire que subissent leurs compatriotes, les autres parce qu’ils profitent des crises politiques ou sociales pour se « rendre utiles » et gagner leurs pains en espérant toujours que celles-ci reprennent au plus vite. Pourtant, nous le savons tous qu’aussi longtemps que les problèmes dû aux violations de la loi par les uns et les autres seront résolus par des salamalec ou des accords à la place du respect des lois, nous continueront à tourner en rond.


La Guinée va mal, elle va mal par la faute de ceux qui incarnent l'Etat, et qui sont pourtant sensé nous rassembler.

Ces maux de la Guinée date du 2 octobre 1958 mais se sont exacerbés depuis l'arrivée du RPG au pouvoir, on peut même dire par la faute des responsables du RPG. Certains par égoïsme et manque d'éthique, parce que le malheur des uns faisant leur bonheur, d'autres par manque de courage et de foi et par peur de perdre leur poste. Pourtant, le RPG, victime d'hier aurait pu changer le cours de l'histoire, en réunissant tous les fils du pays, en ne discriminant personne surtout pas à cause de son appartenance ethnique ou politique.

Autour de la Guinée, nous avons vu le drame dans lequel cela peut mener. Plus loin au Rwanda, plus d'un million de morts en seulement six semaines parce que les uns avaient appelé à la haine des autres.


Depuis bientôt dix ans, nous vivons sous le régime du RPG et traversons une période terrible marquée par un degré de violences jamais égalé. Cette situation a vu naitre des réflexes de repli entre-soi, en familles, en communautés, par peur des autres. L’histoire nous apprend pourtant qu’à chaque fois que ces reflexes ont dominé l’intelligence des hommes, ils se sont tournés vers ceux qui les divisent et cela a toujours fini mal. J'imagine que personne ne souhaite le pire dans ce pays. Pourtant, tous les jours nous filons vers la catastrophe. La Guinée et les guinéens ne sont pas plus bénis que tous les peuples du monde. Si on continue à faire ce qu’ont fait les pays qui ont subi la guerre, je ne sais par quel miracle, nous l’éviterons. C'est pourquoi les guinéens dans leur ensemble, doivent avoir le courage de dénoncer la politique de ce pouvoir qui nous a plus divisé qu'on ne l'était avant.


L'administration qui est par essence l'endroit où tout le monde doit se retrouver autour de projets communs, œuvrant pour le progrès du pays est devenue depuis 2010 l'endroit où les gouvernants déversent leur haine sur tout ce qui est supposé être de l'opposition et ceux qui sont de la même ethnie que son principal opposant. Quelqu'un pourrait peut-être justifier cela, c’est son droit mais qui pourrait vraiment nier cet état de fait et se regarder dans le miroir ?


Depuis 7 ans, dans l’administration publiques, du jour au lendemain, des chefs de services deviennent de simples collaborateurs et leurs subordonnées d'hier deviennent leur chef de service. Les bénéficiaires des missions de formation sont triés non pas par nécessité de service mais purement par des considérations subjectives. Qui pourrait nier cela ?

L'ethnocentrisme c'est n'est pas le fait dénoncer l'arbitraire et l'injustice, mais se taire est par contre la pire lâcheté contre son propre pays et son peuple. Qui se tait devant l’injustice et l’arbitraire aura choisi son camp.


En ce qui me concerne, je ne cesserai de dénoncer ce pouvoir aussi longtemps qu’il banalisera les violations de nos lois et continuera à stigmatiser les communautés ou cautionner les massacres de nos compatriotes. Et croyez-moi, nous sommes nombreux et le serons à chaque fois qu'un guinéen subira l'arbitraire. Ce combat n’est pas celui de la vengeance, ni celui de la haine, mais celui qui fera en sorte que tous les guinéens soient égaux devant les lois de la République.


Même s’il est fréquent de constater que ceux qui ne sont pas victimes ou qui pensent n'être pas victimes ne veulent pas entendre ceux qui s'estiment victimes dénoncer des faits pourtant factuels. Pourtant, à voir bien clair, tout le monde est victime des différents régimes et plus encore aujourd’hui de celui-ci même si c’est à des échelles différentes.


Sinon, qui vit bien les tonnes d’ordures dans nos rues ? Qui vit bien le manque de courant chez lui ? Qui vit bien le manque d’eau potable à son robinet ? Qui vit bien le manque d’entretien de nos routes ? Qui vit bien de voir son parent mourir parce qu’il n’a pas pu l’amener à Dakar, à Rabah ou à Paris ? Qui vit bien tout cela ? Celui-là, il n’est pas victime. Le reste, vous êtes comme moi, vous êtes victime jusqu’à la moelle. Celui qui pense que parce qu’il n’est pas victime des massacres, il est du bon côté, il se trompe.


Si seulement, les guinéens lisaient un peu ne serait-ce que leur histoire, ils retiendraient la leçon du premier régime d’après l’indépendance. Celle-ci nous rappelle que la dictature se nourrissant que de haine et de sang du peuple, trouvera toujours des victimes pour sa survie. Autrement dit quand il n’y aura plus d’adversaire, les dictatures sont très douées pour trouver dans leurs propres rangs les futures victimes. Parce que la machine de la dictature a besoin de sang humain pour huiler ses moteurs et terroriser les éventuels adversaires.

C’est ainsi que Emile Cissé et Fodéba Keita1 ont fini par périr dans les geôles du PDG-RDA. Ils sont morts dans les lieux où ils rivalisaient du nombre de dénoncer et de victimes. Plusieurs Guinéens y sont morts par leur faute avant d’y périr à leur tour. Rappelons-nous de ceci :

Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 dans son livre intitulé : Dans la Guinée de Sékou Touré dans son livre : Cela a bien eu lieu.

Il disait ceci : Si Sékou est le crime, Emile Cissé est le fils du crime, comme Ismaël Touré est le frère jumeau du crime, comme Siaka Touré est le cousin germain du crime.

Dans un autre passage, il raconte ceci : Fodéba Keita s’adressant à Diawandou alors que chacun creusait sa propre tombe dit ceci : Dianwadou () Ce qui est passé est passé. Tu étais du BAG et moi du RDA. C'est de la politique. Toi et moi sommes maintenant devant Dieu, c'est-à-dire devant la mort ; nous devons nous pardonner nos erreurs d'hier.(…)

Tout ça pour dire à ceux qui participent à ces massacres et à leurs familles, qu’ils pourraient être victimes de leurs amis d’aujourd’hui.


Le tableau dépeint est sombre je le sais, mais si nous nous levons et nous nous engageons résolument contre toute forme d’injustice de violation de nos lois et contre tous les massacres d’Etat auxquels on assiste, on peut encore redresser la pente de l’avenir. Cet avenir qu’on souhaite radieux résidera dans la cohésion entre tous les enfants de Guinée, mais aussi longtemps que l’injustice, les violences gratuites contre des adversaires politiques continueront, et aussi longtemps que les enfants du Manding et du Foutah continuerons à se haïr, et aussi longtemps que ce pouvoir continuera à massacrer une communauté ciblée, nous continuerons à tourner en rond.

Cela dit, nous savons donc ce qu’il nous reste à faire pour que ce pays sorte de l’auberge.

Wassalam.


Madiou DIALLO


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Commentaires  

 
+7 #2 Madiou 26-03-2018 20:00

Citation en provenance du commentaire précédent de Traore:
Aucun mot sur les crimes de sang organise par le regime de Lansana conte quel haine. Conte a tuer 123 militaires malinkes le 4 juillet 85..

Mon cher Traoré, il n'y a pas de haine dans mes écrits encore moins dans mon coeur. Je n'ai parlé du régime du PDG que pour illustrer le fait que chacun doit faire attention en exécutant certaines choses. Mon souci est le présent et le futur. Tu peux écrire sur le 4 juillet, je serai le premier à té féliciter. D'où qu'elles viennent les violences, je les condamne.
Arrêter de croire que critiquer un pouvoir est synonyme de haine, ça nous aidera tous.
Merci
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0 #1 Traore 25-03-2018 11:29

Aucun mot sur les crimes de sang organise par le regime de Lansana conte quel haine. Conte a tuer 123 militaires malinkes le 4 juillet 85..
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